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Roland-Garros: La folle histoire de Barty, revenue au tennis... après deux ans de cricket

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Huitième joueuse au classement WTA, Ashleigh Barty a remporté ce samedi la finale de Roland-Garros contre Marketa Vondrousova (6-1, 6-3). A 23 ans, l'Australienne disputait sa première finale d’un tournoi du Grand Chelem en simple. Personnage atypique du circuit professionnel, elle a notamment surpris tout son monde en se retirant pendant deux années afin de se consacrer... au cricket.

L’édition 2019 du tournoi de Roland-Garros a couronné une lauréate inédite ce samedi. Opposée à la Tchèque Marketa Vondrousova, Ashleigh Barty faisait presque figure de favorite et s'est imposée en deux manches sèches (6-1, 6-3). L’Australienne de 23 ans, qui offre un premier titre en 46 ans à son pays sur la terre battue parisienne, n’aurait certainement pas imaginé se retrouver à pareille fête à l’issue de la saison 2014, au moment de décider d’embrasser une autre voie: celle du cricket.

Vendredi après sa belle victoire en demi-finale, la joueuse aussie ne cachait pas sa satisfaction. "Cela a été un parcours formidable, ces trois dernières années. Ces deux dernières semaines aussi, a lancé la native d’Ipsiwch face aux médias. Je suis tellement fière de moi, de comment j'ai pu aller sur le court et gérer la situation. Quand je regarde tout, je suis dans une situation incroyable maintenant."

Sa décision de se lancer dans le cricket

Une situation bien éloignée de celle qui l’avait poussée à tourner le dos à la petite balle jaune en 2014 après des débuts compliqués sur le circuit professionnel. Présentée comme le renouveau du tennis australien chez les juniors, Ashleigh Barty a notamment remporté le tournoi de Wimbledon à 15 ans en 2011. Mais son passage chez les seniors ne s’est pas déroulé comme prévu l’année suivante. Incapable de passer le moindre tour en trois participations à l’Australian Open, elle a perdu confiance petit à petit. Ses victoires au premier tour à Roland-Garros et à l'US Open en 2013 n’ont jamais été suivies par d’autres faits d’armes retentissants.

Seul le double, avec son amie et compatriote Casey Dellacqua, lui a alors offert un peu de joie et lui a permis de disputer ses premières finales en Grand Chelem (trois défaites en 2013). Mais trop c’est trop et à la fin de l’année 2014, elle choisit de passer à autre chose. "J’aimais toujours la vie, je n’avais pas de quoi me plaindre, a raconté la principale intéressée à la presse au moment d’évoquer cette période de sa vie. Je voulais être sûre de savoir si j’étais pleinement concentrée sur le tennis ou si je n’avais pas d’intérêt à persévérer dans cette voie."

Une faculté d’adaptation incroyable

Initiée au cricket par une amie, et tombée sous le charme de ce sport après une rencontre avec les joueuses de l’équipe nationale en 2014, Ashleigh Barty a été impressionnée par la cohésion au sein du groupe. Alors âgée de 19 ans, l'Australienne a rapidement été séduite par cet esprit de camaraderie. En profitant de certains contacts auprès de la Fédération nationale, elle est parvenue à décrocher un test auprès de la province du Queensland. "Au cricket, on ne se sent jamais seule sur le terrain même dans les moments difficiles, a expliqué l’Australienne. Il y a toujours dix autres filles qui peuvent t’aider à sortir de cette mauvaise passe."

Et très vite, l’Australienne a impressionné tout son monde. Dotée d’une belle coordination œil-main, elle n’a raté presque aucune balle lors de ses tests. La force avec laquelle elle s’est montrée capable frapper la balle a achevé de convaincre les recruteurs et entraîneurs. "Ses compétences quand elle s’est emparée de la batte étaient remarquables, a même expliqué Andy Richards, l’un des coachs de la province du Queensland, auprès du Guardian en 2015. Lors de sa première séance d’essai, elle n’a pas raté une seule balle. Elle a sûrement tapé plus de balles que la plupart de nos joueuses ce jour-là. Elle frappait à plus de 120km/h."

Une saison pleine avant de se remettre au tennis

Capable de vite s’intégrer au groupe mais également de rattraper son retard aux niveaux tactique et technique, Ashleigh Barty a ainsi convaincu Andy Richards de lui donner sa chance au sein de l’équipe dont il allait prendre la direction, le Brisbane Heat. Pour son deuxième match chez les pros, l’Australienne a terminé deuxième meilleure marqueuse de sa franchise et a réussi son intégration dans le groupe.

Après une campagne honorable en première division australienne lors de la saison 2015-2016, la rookie a décidé de mettre fin à son éphémère carrière dans le cricket. En seulement 11 rencontres, la jeune joueuse a compris que son avenir passait bien par le tennis. Après cette parenthèse inattendue, l’Aussie a fait son retour sur les courts et dans le classement WTA en 2016. Dès le début de la saison 2017, elle franchit un cap en se qualifiant pour le troisième tour de l’Open d’Australie. Au mois de février suivant, elle remporte son premier titre en simple à Kuala Lumpur (Malaisie) avant d’offrir une belle résistance au troisième tour de l’US Open face Sloane Stephens, futur lauréate de l'épreuve.

Et voilà qu’un peu plus de deux ans après son retour sur le circuit WTA, Ashleigh Barty faisait briller son drapeau en remportant le premier Majeur de sa carrière. "J’avais sans doute besoin d’un pas de côté pour réaliser à quel point j’aime ce sport, avouait-elle après sa victoire au tournoi de Miami en mars. Je suis revenue au tennis avec une nouvelle vision des choses et une équipe formidable qui me pousse à exploiter au maximum mon potentiel." Clin d’œil de l’histoire, le Brisbane Heat a remporté en janvier dernier le championnat national de cricket. 

JG Lebreton