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Roland-Garros: musique, surf... Harmony Tan, une joueuse à part

Avec son succès face à Alizé Cornet au premier tour, Harmony Tan (23 ans) a remporté le premier match de sa carrière à Roland-Garros. Une belle récompense pour la Française, au jeu atypique, qui réalise la meilleure saison de sa carrière. Portrait. 

"La plus belle victoire de ma carrière"

A 23 ans, après deux échecs au premier tour et une élimination au dernier tour des qualifications, Harmony Tan a gagné le premier match de sa carrière à Roland-Garros, "la plus belle" pour la jeune française: "C’est toujours quelque chose de gagner à Roland-Garros, le faire en France c’est quelque chose d’incroyable". C’est aussi la continuité de sa saison où elle s’est hissée en demi-finale du tournoi de Bogota, de l’Open de Saint-Malo, et a remporté un tournoi ITF (60 000 $). A la sortie de ce Roland-Garros elle atteindra le meilleur classement de sa carrière (minimum 131e).  

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Un jeu atypique, et une évolution pas comme les autres  

Par contrainte économique, elle décide de zapper l’étape du circuit 'Junior’, n’ayant pas les moyens de se financer. Elle se lance alors dans le grand bain à tout juste 14 ans. Grâce à sa palette de coups peu commune, Harmony Tan gagne des matches mais stagne. "Elle avait des coups que les autres n’avaient pas, c’est une joueuse qui sait un peu tout faire. Elle propose beaucoup de changements de rythme, manie bien l’amortie. Mais elle n’était pas prête. Elle n’avait pas le niveau de jeu pour rester à ce niveau. Elle a commencé à perdre, et la mauvaise dynamique s’est installée. Elle entendait qu’elle n’avait pas de physique. Effectivement c’était peut-être vrai quand elle était jeune. Elle a pris un préparateur physique et elle se donne les moyens", confie Nathalie Tauziat son entraîneur depuis trois ans. « Je ne joue pas comme toutes les joueuses en frappant toutes les balles. J’essaie de varier le plus possible avec les effets, les prises de balle. J’utilise beaucoup le slice et surtout l’amortie. C’est vrai que cela dérange certaines joueuses aujourd’hui", détaille Harmony Tan.  

Il a fallu aussi travailler l’aspect mental. "Elle prend son temps, mais elle manque de confiance en elle. Le chemin à parcourir est long. D’abord on n’a pas tellement cru en elle. Sa famille et quelques personnes croient en elle. Petit à petit cela vient à force de lui donner les moyens de faire plus de choses: elle attaque plus, elle fait plus de choses avec la balle, elle a amélioré son service. Je la pousse à monter au filet. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’elle va serrer les poings et sauter en l’air", confie Nathalie Tauziat. Sa joueuse abonde: "J’ai beaucoup évolué ces derniers temps, j’ai pris confiance en moi, dans mon jeu. Je sais comment jouer aujourd’hui avec l’évolution de mon physique et mon évolution mentale". Mais pour l’anecdote, Tan est par exemple encore étonnée que de plus en plus de bonnes joueuses lui proposent de s’entraîner avec elle.

Passionnée de musique et de surf  

Passée par le conservatoire pendant huit ans (piano), Harmony Tan a beaucoup joué de musique classique (Mozart, Beethoven), et se plaît à jouer désormais du Ed Sheeran. Son autre passion quand elle n’est pas sur le court: le surf. Grande habituée du Sud-Ouest, elle passe le plus de temps possible sur la planche depuis une quinzaine d’années. Pour profiter un peu cet après-midi de cette première victoire Porte d’Auteuil elle écoutera peut-être quelques morceaux, puis Harmony Tan va se remettre dans sa bulle pour préparer son deuxième tour face à la finaliste de l’édition 2019 Marketa Vondrousova (tête de série 20).  

Anthony Rech