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Roland-Garros: pourquoi le tennis italien est plein de promesses

A l'image de Lorenzo Musetti, qualifié pour les 8es de finale de Roland-Garros, le tennis italien est en pleine forme. Le fruit de profonds changements ces dernières années.

Zéro Français au troisième tour de Roland-Garros, une triste première dans l’ère Open... Les Italiens, eux, en avaient cinq dont deux très jeunes: Jannik Sinner, 19 ans et 19e mondial, et Lorenzo Musetti, 18 ans. La formation italienne a été totalement revue, explique Ubaldo Scanagatta, journaliste pour Ubitennis: "Tout a changé il y a cinq ou six ans quand la Fédération italienne a arrêté sa guerre contre les structures privées. Elle a compris que c’était avec des coachs déterminés et passionnés, qui mettaient d’abord de la passion et demandaient du travail, que l’on pouvait obtenir des résultats".

Avant cela, la Fédération avait misé sur son centre national, près de Pise, mais qui n’a rien prouvé selon Ubaldo Scanagatta: "Il y a eu une centaine de joueurs, sélectionnés par la Fédération et coachés par des entraîneurs fédéraux. Et seulement un joueur en est sorti et a été capable d’être dans les 100 mondiaux". Depuis, tous les jeunes joueurs, Matteo Berrettini (24 ans), Jannik Sinner (19 ans) ou encore Lorenzo Musetti (18 ans), ne sont pas des purs produits fédéraux. Ils ont misé sur leur propre équipe et les résultats sont payants.

Une longévité entre les joueurs et entraîneurs

Lorenzo Musetti est entraîné depuis ses sept ans par Simone Tartarini. Un coach qui a cru en lui dès le début. Et il ne s’est pas trompé. Le 76e mondial, vainqueur de l’Open d’Australie juniors 2019, réalise son meilleur Grand Chelem à Paris. En écartant son compatriote Marco Cecchinato (demi-finaliste à Roland-Garros en 2018), en cinq sets dans un match incroyable, le jeune Italien s'est qualifié pour les 8es de finale ce samedi et a montré qu'il était encore plein de ressources. Ce lien au long terme entre joueurs et entraîneurs n’est pas un cas isolé. Jannik Sinner est aux côtés de l’ancienne légende Ricardo Piatti, dans son académie à quelques kilomètres de Monaco.

Matteo Berrettini, n°1 italien, est lui aussi coaché depuis dix ans par Vincenzo Santopadre. Et justement, l’ancien joueur, devenu entraîneur, remarque les bienfaits du travail sur le long terme avec un seul et même joueur: "Quand ils sont jeunes, ils veulent tout de suite des résultats mais ça ne marche pas comme ça. Il faut du temps et si à chaque match que tu perds, tu changes d'entraîneur, ce n’est pas bon. On cherche toujours à mettre la faute sur quelqu’un mais pour moi, la solution est de résoudre le problème et de travailler". Ubaldo Scanagatta suit ces duos depuis des années et a noté une chose: "L'entraîneur est comme un second père pour le joueur". De forts liens, une grande complicité et aujourd’hui de très bons résultats.

Beaucoup de tournois en Italie

Grâce à des joueurs comme Fabio Fognini, Andreas Seppi ou encore Marco Checchinato, les "anciens" inspirent les jeunes. "Quand ils voient leurs résultats, ils se disent qu’ils peuvent le faire aussi", précise l'entraîneur de Berrettini. Tous se tirent vers le haut. Mais une autre raison qui a permis l’éclosion ces dernières années de ces joueurs de tennis est la pratique. Le nombre de tournois a considérablement augmenté. Le journaliste italien en est témoin: "En 1980, il y avait huit tournois ATP et la fédération les a fait disparaître sans lutter. On s’est retrouvé, il y a six, sept ans avec seulement le Masters 1000 de Rome et un tournoi féminin à Palerme. Ça a été critiqué car on n’avait pas de résultats. Et la fédération a compris que c’était nécessaire d’organiser des challengers. Et ça a beaucoup aidé".

Vincenzo Santopadre l’a constaté, un choix étendu de compétitions, permet de progresser et entrer sur le circuit ATP: "Chaque semaine, il y a des tournois où ils peuvent jouer et avoir des wild card. C’est très important et sur ça, maintenant, les Italiens sont avantagés. S’il y en a peu, tu as très peu de chances de jouer à un niveau international." Au final, les décisions prises ces dernières années par la Fédération portent leurs fruits. L’Italie n’avait pas connu une génération aussi dorée. Le dernier vainqueur italien d’un Grand Chelem remonte à 1976, avec Adriano Panatta à Roland-Garros. Au milieu de cette cuvée, le prochain pourrait, peut-être, ne pas trop tarder.

Léna Marjak