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US Open: Clément réclame un "règlement d'urgence" sur les "pauses pipi"

C’est LE sujet polémique de cette édition de l'US Open. Les pauses toilettes font débat depuis le coup d'envoi du Grand Chelem américain, où celles prises par le Grec Stefanos Tsitsipas sont au centre de l'attention. Une pratique qui ne plaît pas à Arnaud Clément, ancien joueur et capitaine de l’Equipe de France de Coupe Davis.

L’US Open, qui se déroule actuellement à New-York, a vu naître cette semaine une polémique: celle des "toilet breaks". Des pauses - légales - qui permettent aux joueurs du circuit d'aller aux toilettes durant les rencontres, et qui semblent parfois utilisées par certains pour récupérer. Stefanos Tsitsipas a été critiqué à ce sujet par Andy Murray et Adrian Mannarino, qui l’accusent d’en abuser. Pas tendre avec cette pratique, Arnaud Clément, ancien joueur et capitaine de l’Equipe de France de Coupe Davis, souhaite de nouvelles règles rapidement.

De quel œil voyez-vous ces "toilet breaks"?

J’ai déjà vécu ce genre de situation, je l’ai même provoquée, ça m’est arrivé. Mais il y a une différence entre la manière dont c’était utilisé avant et aujourd’hui. Ça devient quasiment systématique. Avant, les arrêts duraient deux ou trois minutes… Aujourd’hui on dépasse les huit minutes, voire dix minutes. Ça pouvait parfois être justifié quand les toilettes étaient loin sur certains terrains annexes, mais on sait bien que ce n’est pas du tout le cas et que sur les centraux, il y a des toilettes à quelques mètres. Un arrêt de huit minutes, c’est énorme, c’est très, très long.

Selon vous, des joueurs profitent de l’absence de règle précise?

Il y a une sorte de vide juridique parce que les toilettes ne sont pas toujours à la même distance, ça dépend aussi de ce qu’on a à faire, si on a envie de changer de short… Changer de short, on peut le faire en trente secondes, on est sportifs, mais on peut aussi prendre cinq minutes. Et si on fait ça, c’est qu’on est sorti pour casser le rythme, et c’est cela qu’il faut combattre aujourd’hui. On a eu quelques améliorations, je trouve, pour accélérer le jeu entre les points notamment. Mais là on a fait marche-arrière, simplement parce qu’un joueur, puis un deuxième, ont utilisé abusivement cette règle. C’est devenu pour certains la norme.

C’est vrai que quand on a des conditions de jeu chaudes, humides, qu’on a un set difficile, le fait de prendre cinq ou six minutes à la clim', à 20 degrés alors qu’il en fait 35 dehors, ça fait redescendre le corps en température. Ca fait énormément récupérer aussi, et c’est un vrai avantage pour celui qui est sorti du court. Quand on est un peu moins jeune, dans un combat intense et qu’on arrête pendant quasiment dix minutes, c’est beaucoup plus dur de relancer la machine que pour de jeunes organismes. Il ne faut pas que ça devienne la norme et la Fédération internationale va devoir en urgence, je pense, trouver une parade et un règlement.

Vous aimeriez qu’on définisse une durée maximale ?

Sur la durée, je suis désolé, je vais parler crûment: un joueur qui sort parce qu’il a la gastro, ce n’est pas la même chose qu’un joueur qui sort juste parce que son short est trempé. A la base, le règlement dit qu’on peut sortir pour aller aux toilettes une fois pour un tournoi classique, deux fois quand c’est au meilleur des cinq manches. Mais il faut qu’il y ait un motif. On ne part pas pour prendre une douche, pour aller boire un coup, pour envoyer un texto… On sort parce qu’on doit aller aux toilettes. Si on a pris une insolation, on ne sort pas pour se remettre au frais pendant cinq minutes. Ça restera, je pense, à l’appréciation de l’arbitre. Il faudra que les juges de ligne qui suivent les joueurs lors de leurs sorties soient encore plus attentifs et capables de voir ce que fait le joueur pendant cette pause. Il faudra des avertissements pour conduite anti-sportive qui tombent si on juge que ça doit être le cas.

Valentin Jamin