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Disparition de Peng Shuai: un phénomène "assez courant" selon un spécialiste de la Chine

Peng Shuai

Peng Shuai - Icon Sport

La tenniswoman chinoise Peng Shuai (35 ans) n'est plus apparue publiquement depuis début novembre, après qu'elle a accusé un ancien haut responsable communiste de viol. Selon le chercheur Marc Julienne, spécialiste des questions chinoises, cette "disparition" répond à un procédé relativement courant lorsque le parti au pouvoir est ciblé. Mais les victimes réapparaissent généralement, en présentant des excuses.

Où est Peng Shuai? C'est la question que le monde du tennis - et pas seulement - se pose depuis début novembre, et la disparition de la joueuse chinoise de 35 ans, juste après avoir accusé sur un réseau social l’ancien vice-Premier ministre, Zhang Gaoli, de viol. Si ce lundi, la WTA et l'ATP ont indiqué avoir reçu "l'assurance" que Peng Shuai est "en sécurité", personne n'a pu parler à la spécialiste de double, et celle-ci n'est toujours pas réapparue en public.

Selon le chercheur Marc Julienne, responsable des activités Chine à l’Institut français des relations internationales (IFRI), cette pratique est toutefois "courante" lorsque le parti communiste chinois est ciblé. Et Peng Shuai pourrait prochainement ressurgir... en présentant des excuses.

Est-ce que la disparition de Peng Shuai est surprenante ?

MARC JULIENNE. Non, ce n’est pas du tout surprenant au vu des accusations qu’elle a portées et qui mettent en cause directement l'un des plus hauts responsables du parti communiste chinois. Il n’est plus en fonction depuis 2017, mais il est au côté des actuels dirigeants chinois. Elle n’a pas "disparu" au sens propre du terme. On ne sait pas où elle est. On ne sait pas si elle est chez elle en résidence surveillée, si elle est en prison, ou dans une prison secrète du parti. Elle ne donne plus de nouvelles et elle ne donne plus de signe de vie sur les réseaux sociaux. Mais c’est une pratique qui est assez courante au sein du parti communiste.

Quelles sont les personnes généralement visées ?

Ce sont des cas assez différents. Il y a des personnalités publiques qui ont disparu comme l’actrice de renommée mondiale Fan Bingbing il y a quelques années, ou plus récemment Jack Ma, le fondateur d’Alibaba. Ces disparitions s’inscrivent dans un mouvement actuel du parti communiste de lutte contre les influenceurs trop ostentatoires, ou bien contre les grandes richesses chinoises qui ont une importance grandissante et qui pourrait être concurrente au parti.

Ce qui s’est passé avec Peng Shuai, c’est différent. Elle a accusé de viol et d’agression sexuelle Zhang Gaoli, l’ancien vice-Premier ministre chinois. En portant ces accusations, c’est d’une certaine façon le parti directement qu’elle incrimine et c’est pour cela que ça pose problème. Les autorités chinoises considèrent que c’est une atteinte à la stabilité du parti, à l’ordre public.

Que risque-t-elle ?

Je pense qu’elle savait qu’il y aurait des conséquences. Pour l’instant, elle a juste disparu de la scène médiatique, elle devrait réémerger. Il y a des chances qu’elle soit chez elle le temps que la polémique ne désenfle. Il va être difficile de porter une condamnation contre elle car c’est elle la victime. Le parti communiste l’a mise de côté et a censuré toute cette affaire sur tous les réseaux et l’internet chinois pour éviter toute instabilité. Peut-être que Peng Shuai va ressurgir et faire des excuses publiquement. Elle va répéter une ligne officielle qu’on lui aura donnée. A voir si elle pourra continuer sa carrière dans le tennis. Mais le parti communiste chinois devrait la laisser tranquille ensuite.

Propos recueillis par Sarah Griffon