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Transat Jacques-Vabre: Le Cléac'h-Escoffier, le duo des naufragés

Armel Le Cléac'h et Kevin Escoffier

Armel Le Cléac'h et Kevin Escoffier - AFP

Armel Le Cléac'h et Kevin Escoffier prendront ensemble le départ de la Transat Jacques-Vabre au Havre, dimanche à 13h27, à la barre du nouvel Ultime Banque Populaire. Les deux marins ont chaviré et perdu leur bateau lors de leurs dernières grandes courses. Une épreuve à laquelle ils ne pensent plus, mais qui les rapproche.

Il y a une chose dont on peut déjà être sûr: Armel Le Cléac'h et Kevin Escoffier n'aimeront pas le titre de cet article. "Le duo des naufragés? Je ne crois pas que le choix de l'équipage se soit fait là-dessus", sourit Kevin Escoffier. "Non, je te confirme, embraie Armel Le Cléac'h. Moi je n'ai pas choisi Kevin parce qu'il avait eu ce naufrage sur le dernier Vendée Globe. J'ai choisi Kevin parce que c'est un très bon marin qui connait très bien le bateau, qui a travaillé à sa conception. C'était le choix numéro un. Mais oui, bien sûr, c'est vrai qu'on a une histoire comparable."

Pour Escoffier, c'était le 30 novembre 2020. Il y a presque un an. Alors qu'il naviguait dans l'Atlantique Sud, au sud-ouest de l'Afrique du Sud, le troisième au classement virtuel du Vendée Globe, après 22 jours de course, déclenchait sa balise de détresse quelques secondes après avoir eu le temps d'envoyer un message à son équipe technique à terre: "Je coule. Ce n'est pas une blague. MAYDAY". A peine monté dans son radeau de survie, le skipper voyait son IMOCA couler au fond de l'océan. S'en suivront une douzaine d'heures d'intense stress et de recherches, avant que Jean Le Cam, qui s'était dérouté sur zone pour porter assistance, n'arrive à récupérer le marin. Ce sauvetage, qui a tenu en haleine tout le pays et au-delà, est entré dans la légende de la course.

"Nos chavirages sont aujourd'hui anecdotiques pour nous"

Armel Le Cléac'h, lui, a chaviré lors de la dernière Route du Rhum le 6 novembre 2018 au large des Açores, après deux jours de course. En sécurité dans son bateau retourné, il avait été secouru par un bateau de pêche quelques heures plus tard, mais son maxi-trimaran - mis à l'eau depuis seulement un an - sera détruit par une tempête lors de son remorquage vers les côtes.

A l'époque, Le Cléac'h avait pu compter sur le soutien de Kevin Escoffier. "Kevin était venu me chercher à Vigo quand le bateau de pêche m'avait ramené à terre. Il faisait partie de l'équipe, se remémore-t-il. Après son sauvetage sur le Vendée, on s'était vu à son retour en France. On a parlé, bien sûr, de ce qu'on a vécu. Le retour d'expérience était important. Pour essayer de comprendre ce qui s'était passé."

Escoffier comme Le Cléac'h ne sont pas traumatisés. Les infortunes de mer font partie de la vie d'un marin. "Je n'y pense plus, sauf quand on me pose des questions et je comprends qu'on m'en parle", avoue le premier. Armel Le Cléac'h appuie: "Si on navigue sur un bateau comme le nôtre aujourd'hui, c'est qu'on a envie d'aller de l'avant. Nos chavirages sont aujourd'hui anecdotiques pour nous."

Un nouveau trimaran plus solide, plus lourd, et truffé de capteurs

"Quand je pense à Armel, je ne pense pas à celui qui a cassé un bateau mais je pense au marin qui a gagné beaucoup de courses, à son palmarès en solitaire et à notre travail avant ensemble", assure Escoffier. Leurs mésaventures amènent au moins une motivation supplémentaire. "Oui, on a très envie de finir la course et d'y être performant en poussant le curseur où il faut pour ne pas risquer d'abîmer le bateau", ajoute-t-il.

Un bateau dernière génération, mis à l'eau en avril dernier, qu'Armel Le Cléac'h décrit comme plus simple à manier, qui va vite facilement et qui est aussi plus lourd et plus solide. Un bateau truffé de technologie avec des capteurs partout dans les flotteurs, le mât, les appendices (foils, safrans, dérive...) qui radiographient en temps réel la pression subie par le maxi-trimaran. Pour lever éventuellement le pied quand il le faut. Et pour cette fois tourner définitivement la page en arrivant à bon port à Fort-de-France. Pourquoi pas, même, en vainqueurs?

Xavier Grimault