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Vendée Globe: Johnny, Escoffier... accueil de rock star pour Le Cam

Arrivé quatrième du Vendée Globe jeudi soir, Jean Le Cam (Yes We Cam!) a été accueilli en héros lors de son entrée au port des Sables d'Olonne dans la nuit de jeudi à vendredi, sous les sonorités de Johnny Hallyday, le regard de nombreux médias, spectateurs et de Kevin Escoffier, qu'il a retrouvé deux mois après son sauvetage.

Il a fermé les yeux aux premières notes de Johnny Hallyday parce qu'il "sent mieux son corps" quand il danse de cette manière. Jean Le Cam a été accueilli en héros aux Sables d'Olonne dans la nuit de jeudi à vendredi, quelques heurs après avoir franchi la ligne d'arrivée du Vendée Globe. Il était le 8e à y parvenir mais il termine 4e de ce Tour du monde grâce aux 16h15 de compensations accordées suite au sauvetage de Kévin Escoffier, naufragé au large du Cap le 30 novembre dernier. 

Une manoeuvre qui a fait entrer un peu plus "Le Roi Jean" dans la légende. La présence d'un public fourni à 3 heures du matin en plein couvre-feu illustre la popularité du doyen de la flotte, accueilli donc sur la musique de Johnny, lors de son passage dans le chenal qu'il n'a pu emprunter qu'en attendant la marée haute. 

"Je trouve que c'est extraordinaire, il est 3h du matin, a-t-il confié. On a attendu que la marée monte pour rentrer le bateau, c'est lui qui m'a amené ici et c'est moi qui ai fait qu'il soit ici. On a été très soudé pendant cette course, ce pèlerinage. Je suis super content d'être là et d'avoir tous les gens qui sont là. Ils me disent merci et je leur dis merci aussi. C'est le vrai partage, ce sont les valeurs dont on a besoin."

Il s'est cassé une cote et a vécu "l'insoutenable"

Sur "Hubert", l'autre nom de son bateau, il a aussi levé un verre de vin rouge, soulagé d'être arrivé à bon port pour son cinquième Vendée Globe, le quatrième bouclé. Il a pourtant cru qu'il n'y arriverait pas en raison de gros problèmes de structures constatés au large des Iles Kerguelen. "Le fond de coque était délaminé, j'ai découpé les ballast et chaque jour, chaque vague, je me demandais si ça allait tenir", explique-t-il. Il a confié avoir pensé à abandonner au large de la Nouvelle-Zélande, puis au Cap Horn. Mais il a tenu grâce au soutien de sa femme, restée à terre. 

"Que je sois là aujourd'hui c'est un miracle", a-t-il soufflé en conférence de presse avant d'indiquer souffrir d'une côte cassée. "Quand j'ai débarqué Kevin sur le Nivôse (frégate de la Marine Nationale), j'étais dans le front chaud et le lendemain je vais voir à l'avant et le bateau était délaminé, relate-t-il. Quand t'as la coque qui bouge de cinq centimètres comme ça, que t'as la mousse qui craque, tu te dis que ça va péter d'un moment à l'autre. Et si ça pète tu coules".

Réussissant à réparer avant que "ça re-pète", il a poursuivi sa course sans rien dire, mais avec la peur au ventre. "J'ai connu pas mal de trucs assez difficiles dans ma vie mais là, j'ai connu l'insoutenable et en fait l'insoutenable, on y arrive", a-t-il soufflé, complètement épuisé. 

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A son arrivée aux Sables d'Olonne, il a aussi retrouvé Kévin Escoffier, le marin qu'il a secouru et qu'il a fait monter sur son bateau pour partager ces retrouvailles fortes. Les deux hommes ont passé une semaine ensemble sur Yes We Cam! avant qu'une frégate de la marine nationale ne récupère Escoffier.

Les belles retrouvailles avec Escoffier 

"On a une petite histoire ensemble, sourit Le Cam. Quand il est parti, c'était un peu brutal, il s'est jeté à l'eau et ciao. C'était sympa de le retrouver après tous ces mois. Lui a vécu une autre histoire à terre et moi la mienne. On se rejoint aux Sables d'Olonne, ce sont des bons moments. Je lui ai dit qu'on était content de se revoir et que chacun allait reprendre sa route de son côté. Il a regardé les petits trucs qu'il avait fait à bord, si ça avait tenu. il y a une espèce de connivence qui se crée." Il attend désormais que l'euphorie retombe pour programmer un bon repas avec son compagnon de mer. "Certainement, tranquillement, au calme", précise-t-il. 

"C'est avant tout l'arrivée de Jean, ça donne envie d'en profiter, d'être avec de lui mais tu ne veux pas perturber son arrivée, sourit Escoffier. Ce soir, on voulait juste vivre quelque chose de bien. Qu'est-ce qu'on s'est dit? Pas grand-chose. On a juste parlé de choses dont on avait discuté à bord, des manoeuvres, du naufrage, de techniques, de petits détails. On avait les mêmes discussions que celles qu'on a eu pendant cinq jours. Je suis un peu gêné, je préfère rester en retrait et qu'on ait ces discussions autour d'un repas un peu plus tard." "Il a fait un Vendée Globe magique", qualifie encore Escoffier.

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Une fois à terre, Jean Le Cam a pu se rendre compte de son statut de champion dans le regard des gens. "Je me sens sur un petit nuage, tout bouge, plane Le Cam. Tous les gens sont là, tu sens cette attention. Tu ne restes pas jusqu'à 3h du matin comme ça. Tu sens une espèce de concentration d'énergie, de bien. Il n'y a pas deux Vendée Globe qui sont pareils. Celui-là, je ne veux pas vous le raconter en cinq minutes." En attendant, il a profité, coiffé d'une couronne le consacrant comme le vrai Roi de cette folle édition 2020-2021.

dossier :

Vendée Globe

Nicolas Couet avec Maureen Lehoux aux Sables d'Olonne