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Vendée Globe: sous la couette avec Charlie Dalin

Enjeu majeur dans la performance sur la course autour du monde, le sommeil est de plus en plus difficile à obtenir dans ces bateaux qui peuvent aller à 35 nœuds. Nous avons suivi Charlie Dalin (Apivia) dans sa quête du dodo parfait.

Avant de prendre le départ du Vendée Globe dimanche, Jean Le Cam (Yes We Cam) n’a plus que quelques petites choses à grimper à bord de son bateau. Les plus importantes: deux oreillers. Comme ses confrères marins, le doyen de des skippers est attaché aux outils du confort de ses nuits. Moins expérimenté que "Le Roi Jean", Charlie Dalin travaille depuis un an à avoir un sommeil Vendée Globe-compatible.

Lors du Défi Azimut en septembre, il a emporté autour du doigt une bague connectée. Fréquence cardiaque, température cutanée... Ces données et d’autres ont permis au docteur François Duforez, médecin du sport spécialiste du sommeil, d’identifier les phases de sommeil du navigateur en période de course.

Ce jour de septembre, le vainqueur de la dernière Route du Rhum fait analyser ses données par le médecin. Le docteur Duforez détaille: "Le sommeil du navigateur en général est polyphasique. On est sur des gens qui savent dormir de manière fractionné. Ici, on est dans l’optimisation car les bateaux ont changé. Il y a 85 décibels en moyenne."

Bouchons d’oreilles spéciaux 

Le skipper sortira avec une liste bien remplie, à un peu plus d’un mois du départ aux Sables d’Olonne. Une liste de courses. Charlie Dalin a aussi passé une nuit à l’Hôtel-Dieu, le corps constellé de capteurs pour découvrir les secrets de son sommeil normal. Face aux bruits du bateau, il faut pouvoir dormir, mais surtout ne pas se couper de la respiration de son navire: "Ce qui préoccupe le plus, c’est d’arriver à dormir malgré des vitesses élevées et des chocs importants. Avoir de la qualité de sommeil dans cet inconfort, c’est difficile à obtenir."

Pour dormir sur ses deux oreilles, Charlie Dalin est équipé jusqu’au plus profond des oreilles: casque avec rééducation active de bruits, des bouchons d’oreilles moulés sur mesure avec des filtres pour les sons de la navigation. Pour s’allonger, certains ont choisi des poufs XXL à l’image d’Arnaud Boissières (La Mie Câline – Artisans Artipôle). Charlie Dalin a opté pour des matelas à gonfler.

Dormir deux heures d’affilée, c’est une faute professionnelle. L’objectif est de découper ses siestes mais le docteur Duforez insiste: "Il faut une routine". Essayer de dormir aux mêmes heures. Une gageure, quand la vie d’un marin du Vendée ne ressemble pas à un pointage: "Il faut agir sur le bruit mais aussi la température, la nourriture, comment je me connecte avec l’extérieur et comment je trouve des plages pour dormir au milieu de obligations. Je conseille de manger avant de dormir et de dormir dès que l’on peut. C’est une individualisation du sommeil qui va dépendre du couple entre le navigateur et son bateau."

Charlie Dalin avoue rêver parfois. Et c’est bon signe. Comme l’impression d’avoir été transporté hors de la course. "À ce niveau de sommeil, on se rapproche de celui des mammifères marins", conclut le docteur. D’ici dimanche et le départ, les skippers s’échinent à dormir un maximum. Faire gonfler au maximum leur capital dodo avant de creuser leur dette pendant plus de deux mois.

dossier :

Vendée Globe

M.M. aux Sables d’Olonne