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Voile: Gabart prêt à aller devant les tribunaux pour faire la route du Rhum

Les armateurs et skippers de la classe Ultim sont opposés depuis plusieurs jours après la non-homologation pour la Route du Rhum de l'embarcation de François Gabart. Le clan du Français assure être prêt à aller "devant les tribunaux".

Le conflit entre François Gabart et les autres skippers des Ultimes ne semble pas aller vers l'apaisement. Depuis vendredi dernier et la révélation dans la presse par Gabart du refus de la classe Ultim d'homologuer son maxi-trimaran SVR Lazartigue, les deux camps se répondent vertement et défendent leurs arguments. 

Hier, ce sont les autres skippers Thomas Coville (Sodebo), Armel Le Cleach (Banque Populaire) ou Charles Caudrelier (Gitana) notamment qui ont pris la parole avec des mots très forts parlant de "plusieurs règles enfreintes entrainant un non-respect de l'équité et de l'esprit sportif dans la conception du bateau". Thomas Coville poussant même la comparaison avec Novak Djokovic à l'Open d'Australie "se qualifiant en victime alors qu'il ne respectait simplement pas les règles".

En cause pour rappel, c'est la conception novatrice du trimaran de Gabart qui est pointée du doigt. Dernier né des bateaux, mis à l'eau en juillet 2021, SVR Lazartigue se distingue des autres par un cockpit non pas posé au niveau du pont mais directement dans la coque centrale. C'est là que se trouvent notamment les winchs, ces manivelles qui permettent de tirer sur les cordes pour actionner les voiles, les foils et les autres appendices.

Selon les règles internationales de la course au large, ces winchs ne peuvent pas être placés sous le pont notamment pour des raisons de sécurité et de visibilité du skipper sur l'extérieur. À l'intérieur de son cockpit, Gabart n'a de vision vers l'extérieur que lorsqu'il est à la barre par deux petites bulles surplombant le pont ou par un système de caméras.

Les réserves des skippers ne datent pas d'aujourd'hui. Dès la sortie de chantier du bateau, les oppositions sont apparues et les discussions ont débutées. François Gabart a d'abord bénéficié d'une dérogation pour participer à la Transat Jacques Vabre en novembre dernier (2ème à l'arrivée derrière Gitana) mais la classe Ultim avait prévenu le marin qu'il devrait faire des modifications pour être homologué en 2022. "Nous aurions pu nous aussi aller plus loin dans l'innovation, faire des choix plus radicaux sur nos bateaux" plaide t-on au sein de la classe Ultim. "Nous ne l'avons pas fait car nous avions édicté tous ensemble des règles en amont, François y compris sauf que nous, nous les avons respecté".

La défense de Gabart

Gabart et son écurie de course Mer Concept restent pourtant persuadés qu'ils sont dans leur bon droit. Ils s'appuient notamment sur le rapport d'un comité d'experts mis en place en janvier dernier par le collectif Ultim et la Fédération Française de voile qui dans son rapport atteste de la conformité du bateau.

Mais "en raison de l'absence d'un consensus entre les armateurs de la classe", la classe Ultim décide de saisir l'instance internationale World Sailing qui elle le 23 février juge le bateau "non-conforme". Gabart et son équipe contestent ce jugement arguant notamment que de faux-plans ont été fournis à World Sailing ce qui confirme l'architecte du bateau le chantier VPLP Yacht Design aujourd'hui dans un message posté sur les réseaux sociaux.

Gabart demande donc que l'on suive l'avis du comité d'expert de la FF Voile allant dans son sens. Les autres skippers qu'on s'en remette à celui de l'instance internationale allant dans leur sens. Les deux parties semblent à court terme irréconciliables.

Pour Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe et proche de Gabart, "un comité d'expert s'est prononcé mais comme la réponse de ce comité ne plaisait pas, on va chercher une autre réponse avec World Sailing qui cette fois leur plait avec des gens qui gravitent et sont proches de certaines équipes qui attaquent. Tout ça n'est pas très propre! Certes, ce bateau est différent des concepts actuels mais il apporte au contraire pour moi un niveau de sécurité supérieur aux autres et d'un point de vue réglementation, je ne vois pas où est le problème. On est dans l'interprétation, de l'interprétation d'une interprétation d'une règle" regrette t-il.

"Pour moi il essaie de dégager François car il a peut-être fait un bon bateau. Quelqu'un qui réussit, on a envie de lui couper la tête. La classe Ultim a du mal à grandir. Elle a autre chose à faire. Je pense et surtout j'espère que çà va se tasser, qu'ils vont comprendre qu'ils se sont énervés pour rien. En ce moment, tous les bateaux sont en chantier. Il est temps que tout le monde aille prendre l'air, retrouve l'eau, la navigation. Ce sera bien plus intéressant".

François Gabart lui a jusqu'à ce jeudi 31 mars pour valider son inscription et payer sa participation de 80 000 euros pour être au départ de la Route du Rhum dont le départ est prévu le 6 novembre 2022. Soit deux jours. Une issue positive si rapidement semble impossible. "S'il faut aller devant les tribunaux, on se battra et on fera ce qu'il faut" assène t-on dans le clan Gabart.  On s'achemine peut-être vers une bataille judiciaire qui pourrait prendre du temps.

Xavier Grimault