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Encore le président André Giraud pour mener l’athlétisme français vers les Jeux 2024 ?

André Giraud

André Giraud - ICON SPORT

L’élection à la présidence de la Fédération française d’athlétisme aura lieu lors d’une assemblée générale le 5 décembre 2020. Après quatre ans de mandat, marqué par la crise du coronavirus, les affaires de dopage Calvin et Claude-Boxberger, les Mondiaux ratés de Doha, mais aussi ceux brillants de Londres en 2017 et l’attribution des Jeux olympiques de Paris 2024, André Giraud apparaît comme le grandissime favori à sa succession. Face à lui, l’ancienne vice-championne d’Europe du 200m Marie-Christine Cazier considère que le bilan "n’est pas bon du tout".

André Giraud, vice-président de la Fédération française d’athlétisme de 2001 à 2016, et président depuis, se projette naturellement sur la saison 2021. "L’important, c’est de réussir le déconfinement. Répondre aux incertitudes des clubs sur l’hiver à venir, avoir un plan A, B, C et même D. Nous avons réussi l’été à organiser des meetings et des championnats, mais en salle ce sera plus compliqué si la crise sanitaire perdure". Il se projette car il bénéficie du soutien d’une large partie des délégués des Ligues régionales, qui voteront lors de l’élection à la présidence le 5 décembre. Pourtant, tout n’a pas été simple depuis 2016. "L’équipe de France est en perdition", attaque d’emblée Marie-Christine Cazier, son adversaire. A 57 ans, la sprinteuse de haut niveau dans les années 1980 est inquiète pour l’athlétisme français. "Les Mondiaux de Doha ont été catastrophiques (ndlr : une médaille d’argent et une en bronze), des partenaires financiers se désengagent et beaucoup de clubs sont mécontents de la gestion de la crise du coronavirus".

L’athlétisme français vraiment moins fort depuis la présidence d’André Giraud ?

Le bilan d’André Giraud est plombé, médiatiquement, par les Mondiaux 2019 au Qatar, d’où les Bleus ont ramené deux médailles, et surtout seulement six finalistes. "On a raté, c’est vrai. Mais tout ne peut pas se résumer à Doha. C’est un accident dû à une mauvaise préparation". Le président sortant rappelle volontiers le bilan des Mondiaux de Londres en 2017 (trois médailles d’Or et deux en bronze), les deux podiums de l’équipe de France aux championnats d’Europe par équipe et la position de leader mondial en trail. Son opposante Marie-Christine Cazier reste malgré tout sur Doha et pointe du doigt une équipe de France vieillissante. Il est vrai qu’un "trou générationnel" existe chez les Bleus, que Renaud Lavillenie, Yohann Diniz ou Mélina Robert-Michon sont plus proches de la fin que du début et qu’à part Kévin Mayer et Pascal Martinot-Lagarde, aucun athlète dans la vingtaine n’a vraiment performé dans la durée. Mais André Giraud insiste sur la nouvelle génération: "Nous avons récolté 17 médailles lors des championnats d’Europe espoirs 2019 en Suède, du jamais vu !".

L’épineuse question de l’encadrement des Bleus et du DTN Patrice Gergès

"Il faut à la tête de la Fédération des anciens champions, rien ne vaut l’expérience de la piste" clame haut et fort Marie-Christine Cazier, allusion évidente au professeur de mathématiques qu’était le président André Giraud. "Et le président doit choisir un réel directeur technique national qui va donner confiance aux jeunes pour arracher des médailles". Dans son viseur, le manque supposé de leadership de Patrice Gergès, nommé par André Giraud et contesté après les Mondiaux de Doha, et l’arrivée en début d’année de Florian Rousseau, ancien cycliste et nommé directeur de la très haute performance auprès des Bleus, "comme un cheveu sur la soupe". Le président actuel rétorque : "Patrice connaît parfaitement le terrain. Mais les évolutions du sport moderne et la professionnalisation des athlètes font que l’ancien système, où le DTN s’occupe de tout, ne pouvait plus fonctionner. Après Doha, j’ai choisi une nouvelle orientation". S’il est réélu, André Giraud devrait continuer avec Florian Rousseau auprès de l’équipe de France, mais le maintien en poste du DTN Patrice Gergès est beaucoup moins sûr. "Je dois voir avec lui s’il peut et veut continuer avec nous. Rien n’est encore acté", explique André Giraud.

Déjà trop tard pour une belle génération à Paris 2024 selon Marie-Christine Cazier

Marie-Christine Cazier ne veut pas dévoiler le nom de son futur DTN. Mais plus étonnant, il ne devrait de toute façon pas commencer à travailler dès la fin d’année 2020, si elle devient présidente. "Je ne crois pas du tout à la tenue des Jeux de Tokyo en 2021. En tant qu’ancienne athlète, je sais qu’il est trop compliqué de se préparer dans ces conditions". Mais s’ils devaient bien avoir lieu, celle qui brigue les rênes de la FFA ne voudrait pas casser l’équipe en place. "Je conserverai Florian Rousseau et Patrice Gergès dans mon équipe". Cela paraît pourtant hautement improbable et aucun contact n’a d’ailleurs eu lieu entre les différentes parties. Marie-Christine Cazier veut mettre en place un grand plan de formation et de professionnalisation de l’athlétisme et pense en récolter les fruits pour les Jeux… de Los Angeles 2028. André Giraud affirme que la génération 2024 est pourtant pleine de promesses: "C’est le point fort de mon programme, les Jeux de Paris 2024. Nous avons eu beaucoup de résultats en cadets, juniors, espoirs… Et la professionnalisation des athlètes, que mon adversaire estime trop faible, avance bien. Nous avons déjà multiplié par deux le nombre de pros depuis 2016 (de 28 à 62) et grâce à l’aide de fonds privés, il faut amplifier ce mouvement". L’objectif est de voir arriver à maturité des Jimmy Gressier, Alexis Miellet, Sasha Zhoya, Cyrena Samba-Mayela ou Hilary Kpatcha pour monter sur le podium au Stade de France en 2024.

Objectif commun des candidats : démocratiser l’athlé et augmenter le nombre de licenciés

C’est un des objectifs majeurs des programmes de chaque candidat. "J’annonce 500.000 licenciés en 2024": Marie-Christine Cazier connaît parfaitement la difficulté à atteindre cet objectif, pour un sport qui aujourd’hui flirte avec les 320.000 licenciés. Mais la candidate a une idée, celle d’associer l’athlétisme a de nouvelles discipline, le crossfit et le fitness. "J’ai dans ma liste le PDG du crossfit en France, ce n’est pas donné à tout le monde. Je veux un système de double licence permettant à ces sportifs, qui font parfois du sport bien être, de se rapprocher de l’athlétisme". Une initiative originale qui diffère de celle d’André Giraud. Le président actuel, qui doit déplorer une perte de 12.000 licenciés en 2020, mais une augmentation globale de 2% depuis 2016, s’appuie sur le running grand public. "Avec 10 millions de coureurs, nous sommes la discipline la plus pratiquée en France, même devant le foot. On aimerait récupérer 10% de ces coureurs via le pass « J’aime courir » pour compter donc un million d’adhérents".

André Giraud part, largement, avec les faveurs des pronostics. Marie-Christine Cazier et lui se soumettront aux votes des délégués élus des Ligues Régionales le 5 décembre prochain lors d’une assemblée générale, qui aura lieu en visioconférence.

dossier :

Paris 2024

Aurélien Tiercin