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Euroligue : le retour de Limoges en cinq questions

Léo Westermann (Limoges CSP)

Léo Westermann (Limoges CSP) - AFP

Dix-sept ans après sa dernière participation, le Limoges CSP retrouve l’Euroligue ce jeudi (20h05) sur le parquet du tenant du titre, le Maccabi Tel Aviv. Un énorme défi pour des Limougeauds, champions d’Europe en 1993, qui ressemblent beaucoup plus à David qu’à Goliath.

Quelle expérience ?

Champion de France pour la 10e fois de son histoire au printemps dernier, le Limoges CSP n’est plus apparu sur la plus grande scène européenne depuis la saison 1997-1998, avec un certain Jacques Monclar sur le banc. Une éternité. Depuis, le champion d’Europe 1993 (1er sacre continental du sport collectif français) a évolué très loin de cette sphère (Nationale 1, Pro B) et a dû recruter cet été plusieurs joueurs ayant connu la compétition pour l’appréhender un peu mieux.

Le meneur français Léo Westermann (ex-Partizan Belgrade), ainsi que les arrières américains Jamar Smith (ex-Bamberg) et Ramel Curry (ex-Panathinaïkos), seront les principaux guides dès ce jeudi à Tel Aviv, alors que l’effectif a été largement renouvelé par rapport à la saison dernière (seuls Adrien Moerman, Nobel Boungou Colo et Fréjus Zerbo sont restés). Face au Maccabi, tenant du titre, le CSP, vainqueur de ses trois premiers matchs en Pro A, risque d’être vite fixé sur l’écart qui le sépare des meilleurs en Euroligue. « J’ai hâte, explique Nobel Boungou Colo. C’est de la bonne peur. On ne part pas du tout en tant que favoris. Et commencer à Tel Aviv, ça nous met dans le bain directement. » 

Quel soutien ?

Le retour du CSP en Euroligue s’accompagne d’une grande excitation pour tous ses supporters, qu’ils aient connu les voyages épiques à Padoue, Athènes, ou qu’ils leur aient été contés, transmis, par leurs aînés. Beaublanc sera plein à craquer la semaine prochaine, à l’occasion de la réception du Cedevita Zagreb, avec 15 000 demandes pour… 5 500 places. Et les Limougeauds seront encore plus « chauds » pour les venues du CSKA Moscou (14 novembre), du Maccabi (20 novembre) et de Malaga (4 décembre), de très grands clubs du Vieux Continent qui n’étaient qu’un lointain rêve quand le CSP se débattait au Portel ou à Quimper en Pro B il n’y a pas si longtemps.

« Les gens avaient envie de voir revenir ici des noms comme le CSKA, le Maccabi », sait parfaitement le coach limougeaud, Jean-Marc Dupraz. L’ambiance, qui s’annonce brûlante, fera-t-elle chavirer certains visiteurs ? « Beaublanc est capable de mettre une pression très, très forte sur l’adversaire, prévient Thierry, l’emblématique ‘‘capo’’ des Ultras Green, l’un des trois groupes de supporters du CSP. Je pense qu’on va en faire tomber quelques-uns ici. »

Quels moyens ?

Officiellement, la Ligue Nationale de Basket indique que le budget du CSP est de 7,2 millions d’euros (40% de partenariats privés, 40% de subventions publiques et 20% de billetterie), auquel il faut ajouter la deuxième partie de la manne des droits TV de l’Euroligue qui aurait pu revenir à l’ASVEL ou Strasbourg si l’une de ces deux équipes s’était qualifiée. Le CSP sera donc plus proche des 7,5-8 M€ à la fin de la saison. Suffisant pour être le plus gros budget en Pro A (x1,6 par rapport à 2013-2014). Mais largement insuffisant sur la scène européenne.

« A l’échelon national, ça semble important, mais le CSKA Moscou va présenter un budget à 50 M€, le Barça et le Real à 30 M€, le Maccabi à plus de 25 M€, explique Stéphane Ostrowski, l’ancien joueur devenu directeur marketing du CSP. Le talent, ça se paye. Ils peuvent prendre des joueurs d’une valeur bien supérieure. Mais sur le parquet, on commence à 0-0. » Vainqueur de cinq coupes d’Europe (une C1, une C2, trois C3), le CSP ne paraît pas moins bien armé que Nanterre la saison dernière, qui avait réussi l’exploit de gagner à Barcelone. 

Quel objectif ?

Que le plus grand rival hexagonal, Pau-Orthez, ne soit plus le dernier club français à s’être qualifié pour le Top 16. C’était en 2007. Il faudra accrocher l’une des quatre premières places du groupe B, dans lequel le CSP a été placé avec le CSKA Moscou, le Maccabi et Malaga, qui devraient logiquement prendre trois tickets, mais aussi l’ALBA Berlin et le Cedevita Zagreb, plus accessibles. Une lutte à trois, en somme, pour la quatrième place.

« On a la responsabilité de porter les espoirs du basket français en Euroligue, la meilleure compétition après la NBA, confie le président Frédéric Forte. Il faut essayer de faire bonne figure, de se qualifier pour le Top 16. Mark Twain disait : ‘‘Ils l’ont fait parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible.’’ Nous, c’est à peu près notre devise. Mais je vais vous donner un scoop : on ne sera pas champions d’Europe cette année. » Le Top 16 serait déjà une grande réussite. « La barre est assez haute, mais je pense qu’on peut l’atteindre, estime Jean-Marc Dupraz. On va tout faire pour. »

Quel avenir ?

Rêver cette saison, sur la lancée de l’euphorie générée par le titre de champion de France. Mais à moyen terme, quelle place pourra avoir Limoges sur l’échiquier européen ? Une agglomération d’environ 150 000 habitants, un tissu économique restreint… Même s’il mise sur l’apport d’un bassin plus grand avec le sud-ouest de la France, le CSP pourrait vite avoir la sensation de toucher ses limites, alors que l’Euroligue aime les grandes villes (Lyon avec l’ASVEL, Strasbourg, peut-être Paris avec les Qataris) et qu’elle ne qualifiera sans doute bientôt plus automatiquement le champion national. L’avenir limougeaud passe donc par la quête, très difficile, d’un sponsor national. Et par la construction d’une nouvelle salle.

« J’ai une envie, un rêve, explique le nouveau maire, Emile Roger-Lombertie (UMP-UDI), abonné depuis de nombreuses années à Beaublanc. C’est de voir un jour le CSP accrocher le deuxième fanion de champion d’Europe au Palais des Sports. C’est pour ça aussi que nous réfléchissons à l’idée d’une enceinte qui soit digne de l’Euroligue, c’est-à-dire de 10 à 12 000 places. » Le projet n’est pas encore réellement lancé, mais il est d’ores et déjà vital. « Il faut qu’on arrive à avoir une salle à 8-10 000 spectateurs, parce qu’on refuse du monde à chaque match, indique Stéphane Ostrowski. C’est un élément prépondérant dans l’évolution du club. » Beaucoup de questions se posent pour l’instant, notamment sur le financement, puisque la municipalité ne veut pas augmenter la fiscalité. 

Le retour du maillot jaune !

C’est un débat qui est parfois animé dans les travées de Beaublanc : quelles couleurs le CSP devrait-il porter ? Historiquement, il y a eu le vert et blanc, pour les premiers titres nationaux et européens, puis le jaune et grenat pour le sacre européen en 1993. Après avoir abandonné le noir et blanc de sa période de purgatoire (2004-2011), très peu apprécié par ses supporters, le CSP est revenu au vert et blanc. Et pour satisfaire le plus grand nombre, même les autres connaisseurs du basket français qui regrettaient sa disparition, le club limougeaud va ressortir le jaune de son armoire pour l’Euroligue. Jaune avec un liseré vert à Beaublanc, vert avec un liseré jaune à l’extérieur, donc dès ce jeudi à Tel Aviv. Il ne manque plus que le grenat.

LP avec OS