RMC Sport

NBA: Aux origines du phénomène Zion Williamson, lycéen superstar... et poète

Nouvelle star annoncée de la NBA, Zion Williamson devrait faire ses tant attendus débuts avec les New Orleans Pelicans dans les prochains jours. Pour mieux comprendre le phénomène, RMC Sport a été à la rencontre de ceux qui ont vu son étoile grandir au lycée. Coach, professeur d’écriture, vidéaste qui a déménagé pour lui: ils nous racontent l’explosion d’un lycéen basketteur devenu sensation virale.

Le sourire dans la voix dessine le souvenir de l’irréel. Au téléphone, Lee Sartor raconte un dunk de son ancien protégé, Zion Williamson. "Je n’avais vu personne faire ça avant, même des joueurs pros, se souvient pour RMC Sport celui qui dirige l’équipe universitaire du Erskine College. Il a volé la balle et il devait passer deux défenseurs qui l’attendaient au milieu de terrain. Il a fait une feinte de changement de main en dribblant dans le dos pour les passer, la balle s'est échappée et il l'a récupérée au niveau de la ligne des trois points. On aurait pu penser qu’il allait faire un marcher ou devoir s’arrêter avant le panier pour tirer. Mais il a pris la balle, fait deux pas et s’est élevé pour dunker." L’anecdote pourrait être commune pour un spécialiste du massacre de cercles. Mais il y a un truc en plus. 

"Faire ça à cet âge-là..."

Le dunk relaté par Lee Sartor, qui a entraîné pendant quatre ans au lycée de la Spartanburg Day School celui qui devrait faire ses (tant attendus) débuts en NBA dans les prochains jours avec les New Orleans Pelicans, date de son année de 9th grade, équivalent de la troisième, classe intégrée au lycée dans le système scolaire américain. Quand le garçon avait quatorze ans. "Faire ça à cet âge-là...", souffle-t-il. La phrase se perd mais on a tout compris.

Pour saisir comment la légende de Zion Williamson est née à l’âge où on révise son prochain contrôle, il faut se rendre en Caroline du Sud, là où il a grandi. Zion Williamson naît en juillet 2000 à Salsbury, en Caroline du Nord, cadre du campus du Livingstone College où sa mère, Sharonda Sampson, quatre fois championne d’Etat au sprint au lycée (également très bonne en saut en hauteur) et athlète universitaire, et son père, Lateef Williamson, qui a joué au football américain à la fac, se sont rencontrés. 

Contre des joueurs de neuf ans... à cinq ans

A deux ans, celui qui doit son prénom à une référence biblique et au Mount Zion (à Jérusalem) déménage avec ses parents à Florence (Caroline du Sud) pour se rapprocher des deux familles. Les géniteurs du futur numéro 1 de la draft divorcent peu après. Mais une autre histoire d’amour va débuter, avec le basket. Elle permet à sa mère de rencontrer Lee Anderson, son futur beau-père, ancien joueur universitaire qui supervise un programme de basket pour les jeunes l’été à Florence dans lequel elle enrôle son fiston.

Lequel, malgré ses cinq ans, ne cache pas ses ambitions à Anderson: "Je veux jouer à l’université et devenir l’un des meilleurs joueurs du pays". Il cite notamment Duke, où il évoluera quelques années plus tard pour une saison avant le saut vers la NBA. Mais avant, il y a un chemin à parcourir. Ancien meneur, Anderson place Zion aux commandes du jeu, lui apprend à diriger une attaque, à maîtriser l’art de la passe et à être un leader sur le parquet, qualités qu’on retrouve chez lui aujourd’hui.

Zion Williamson lorsqu'il était en terminale
Zion Williamson lorsqu'il était en terminale © AFP

Il lui offre aussi des challenges, comme évoluer avec et contre des joueurs de neuf-dix ans l’été sur le circuit AAU dans l’équipe des Sumter Falcons alors qu’il n’a que cinq-six ans. A neuf ans, la future star se lève tous les matins à cinq heures pour aller courir et faire des séances de tirs. "Il est tombé amoureux de ce jeu très jeune, constate Lee Sartor. Il voulait juste progresser dans ce sport qu’il adorait donc il a continué de travailler dessus." 

Les progrès sont rapides. Au YMCA, un centre pour la jeunesse, sa domination dans les matches de la ligue locale (où il est coaché par sa mère) force à instaurer une règle: chaque joueur doit passer au moins un quart-temps sur le banc! Le gamin croisé pour la première fois par Sartor, ami de son beau-père, est déjà spécial. "Je l’ai rencontré quand il était au 5th grade (CM2, ndlr), se remémore son ancien coach. Il avait dix-onze ans. A cet âge, les gamins continuent de grandir, d’apprendre à courir ou à sauter. Mais on pouvait voir que Zion était au-dessus en termes de QI basket. Il comprenait déjà vraiment comment jouer."

Un MVP qui pense aux autres

Avec une personnalité plutôt unique pour son âge. La couverture à lui? Tout l’inverse. "Sa mère lui a appris à être humble, respectueux et à se soucier des autres, explique Lee Sartor. Je me souviens de la première fois qu’il a remporté un trophée de MVP (meilleur joueur, ndlr) dans un tournoi. Il avait donné le trophée qu’il avait gagné, et mérité, à un de ses coéquipiers. J’ai demandé à ses parents pourquoi il avait fait ça et ils m’avaient répondu: 'Ce coéquipier avait marqué son premier panier de la saison'. Il était au 6th ou 7th grade (sixième ou cinquième, ndlr)! Il a toujours cherché à s’assurer que ses coéquipiers étaient impliqués. Le monde serait meilleur si on avait tous cette mentalité. Depuis tout jeune, Zion sait cela. Et c’est la façon dont il joue. Même s’il est exceptionnel, il joue pour rendre ses coéquipiers meilleurs." 

Cadre idéal

A l’équivalent du collège, c’est sa mère qui continue de façonner celui qui a également tâté du football et du football américain dans sa jeunesse. Prof d’éducation physique, elle entraîne son équipe pendant deux ans, les 7th et 8th grades (cinquième et quatrième), à la Johnakin Middle School. Où ses troupes ne perdent que trois fois sur la période derrière un Zion à 20 points par match mais avant tout meneur-passeur. Et déjà mature dans le jeu.

En quatrième, les joueurs de la Hartsville Middle School tentent de lui appliquer le gros pressing qui a fait leur réputation pour le faire paniquer balle en main. Résultat? Il trouve des coéquipiers démarqués, les envoie à 10-0 et l’adversaire ne peut que constater les dégâts et repasser en zone. L’été arrive et il faut faire un choix de lycée. La famille déménage de Florence à Spartanburg où la Spartanburg Day School, petit établissement qui va du jardin d’enfants à la terminale plus connu pour son côté académique que pour le sport, offre un cadre idéal avec un certain Lee Sartor en coach et l’assurance d’une école où ses études seront plus privilégiées que dans les programmes plus tournés basket qui le courtisaient. 

Zion Williamson au lycée sous le maillot de la Spartanburg Day School
Zion Williamson au lycée sous le maillot de la Spartanburg Day School © DR/Spartanburg Day School

Il ne fera pas face au meilleur niveau d’opposition possible, certes, mais ce cadre à taille humaine, où tout le monde connaît tout le monde, sied à la personnalité pieds sur terre de celui qui va rendre son lycée célèbre. "Je connaissais ses parents et ils me faisaient confiance pour l’aider à continuer à être le meilleur basketteur possible mais la chose essentielle était de s’assurer qu’il ait la meilleure fondation éducative, raconte Sartor. Quand on regarde ça avec du recul, c’est un endroit où il a pu être éduqué, élevé, où on lui a permis de grandir tout en lui faisant relever des challenges sportifs et scolaires. Il aurait pu aller dans un endroit 'trop gros' où un gamin avec le talent de Zion peut se perdre ou dans un endroit 'trop petit' où on ne l’aurait pas assez poussé à s’améliorer tous les jours."

"Des choses qu’on n’avait jamais vu personne d’autre faire"

Le garçon vient de rentrer en troisième en connaissant une poussée de croissance, poursuivie les mois suivants (sa mère devra mettre de la glace sur ses genoux pour estomper ses douleurs), et le futur intérieur évolue toujours à la mène. "Je jouais moi-même meneur et son beau-père était arrière donc Zion a toujours été entraîné pour ces postes, indique Lee Sartor. Même s’il est puissant, ses qualités sont celles d’un joueur extérieur. Je l’ai fait jouer meneur même en dernière année, où il évoluait à ce poste sur certains systèmes. Il peut gérer la balle et dribbler aussi bien que n’importe qui, et c’est tellement un bon passeur et un joueur qui a envie de faire de bonnes passes qu’il va prendre la bonne décision." Le staff des Griffins comprend tout de suite l’ampleur du talent qu’il a sous la main. "On a commencé à être témoins de choses qu’on n’avait jamais vu personne d’autre faire", sourit son ancien entraîneur.

Il fait déménager un vidéaste!

Ni une ni deux, Sartor balance des vidéos du phénomène qui vient de commencer à dunker à la chaîne ESPN. Bingo. "La première vidéo que j’ai envoyée est entrée dans le top 10 de leurs highlights du jour, à la septième position il me semble. C’était dingue." L'explosion définitive a lieu moins de deux ans plus tard, juste après avoir mené Spartanburg Day au premier championnat d’Etat de l’histoire du lycée (deux autres suivront lors de ses deux dernières années).

Lors d’un tournoi du circuit Amateur Athletic Union (AAU) en Géorgie, Zion récupère la passe lobée d’un coéquipier et écrase un dunk surpuissant à deux mains sur la tête d’un adversaire projeté au sol. A quinze ans. Comme un homme au milieu des enfants, expression souvent utilisée pour lui au lycée. Dans le petit gymnase, la foule oscille entre excitation et choc. Devant YouTube, Donnie Bui hallucine. Ce jeune vidéaste qui travaille pour le site Ballislife.com spécialisé dans les jeunes talents, où il s’occupe de la région "sud-est" des Etats-Unis, envoie un texto à ses patrons pour leur expliquer qu’il faut couvrir ce jeune talent.

Et après l’avoir vu à l’œuvre de ses yeux pour la première fois lors du match Under Armour Elite 24 à Brooklyn en août 2016 ("Je savais qu’il était bon mais le voir en personne était encore autre chose..."), où il avait notamment gagné le concours de dunks, le changement de vie s’impose de lui-même. "On a décidé de me faire déménager de Raleigh à Charlotte (située à environ une heure de Spartanburg, ndlr) pour les deux saisons lycéennes suivantes", raconte Donnie Bui à RMC Sport.

Son travail va être déterminant. Alors que les matches de Williamson et Spartanburg n’attirent pas encore de foules démesurées, même au sein de sa propre école, la multiplication des dunks et contres stratosphériques publiés par Bui, Ballislife et d’autres va changer la donne. "Notre plateforme a joué un rôle dans son explosion, confirme le vidéaste. A part les locaux, très peu de médias s’intéressaient à lui avant que je ne commence à venir. Une fois qu’on a diffusé des premiers extraits, ça a décollé. D’autres médias sont venus et le reste appartient à l’histoire."

Drake porte son maillot

En quelques mois, alors qu’il effectue sa troisième année de lycée et affole les observateurs avec ses performances à l’image de ses 53 points contre l’espoir Jalek Felton et Gray Collegiate au tournoi Chick-fil-A Classic en décembre 2016, plus de dix millions de personnes voient ses actions sur la toile. Le comédien Famouslos, dont il appréciait le travail, fait une vidéo où il blague sur la véracité de son certificat de naissance tant son physique de déménageur impressionne pour son âge.

Le rappeur Drake, dont il est fan, se met à le suivre sur Instagram avant de... porter le maillot de son lycée floqué à son numéro sur le célèbre réseau social en janvier 2017. USA Today et d’autres font des articles sur lui. Les coaches les plus célèbres du basket universitaire se bousculent à Spartanburg pour le recruter. Et le magazine SLAM, bible du genre outre-Atlantique et réputé pour mettre en avant très tôt les meilleurs jeunes talents, le place en couverture en juin 2017, juste avant ses dix-sept ans, avec ce titre: "Êtes-vous prêts pour Zion Williamson?"

Porteur d'eau

Pas de quoi déstabiliser le garçon bien élevé qui voit alors sa mère lui prendre son téléphone tous les soirs et le pousser – il n’y a pas besoin de beaucoup – à ranger sa chambre et à sortir les poubelles tous les jours, ce qu’il faisait "toujours avec le sourire". "Quand il a été mis pour la première fois sur la couverture de SLAM, on avait un match de ligue d’été, se souvient Lee Sartor. Zion ne jouait pas mais il était là pour encourager ses coéquipiers. J’ai demandé un temps-mort. On est en juin, il fait très chaud dans la salle et quelqu’un donne de l’eau aux joueurs. Et là, je l’entends dire: 'Est-ce que quelqu’un d’autre a besoin d’eau?' Cet ado en couverture de SLAM donnait de l’eau à des gamins de première et deuxième année! C’est ce qui le rend si unique. Son cœur pourrait soulever mille kilos. Il fait passer les autres avant lui. Et il y a quelque chose d’extraordinaire par rapport à la folie autour de lui: c’est une personne très timide. Il n’aime vraiment pas être entouré de beaucoup de gens."

Zion Williamson en couverture du magazine SLAM à 16 ans
Zion Williamson en couverture du magazine SLAM à 16 ans © DR/SLAM

L’exemple donné par l’ancien entraîneur des Griffins dit beaucoup. "Le coach de la fac de Louisville est venu le voir lors d’un match et Zion était en train de regarder un match des filles depuis les tribunes avec ses potes. Je voulais appeler Zion pour qu’il puisse lui parler. Je lui fais signe et je dis au coach: 'Zion ne va pas marcher devant tous ces gens pour vous rejoindre'. Il a quitté les tribunes et est sorti de la salle par l’entrée principale pour pouvoir contourner tout le monde et nous rejoindre par une autre porte. On en a ri. Voilà un gamin que vous pouvez mettre sur un parquet devant des milliers de gens et qui va performer et vous montrer le plaisir qu’il prend mais qui est une personne si timide une fois en dehors du terrain." Zion explique alors aimer l’attention mais ne pas la chercher. Elle ne le changera pas: sa mère précise ne jamais avoir eu à lui rappeler de ne pas prendre la grosse tête. Pas le genre de la maison. 

"Il était très facile de lui parler, de l’approcher et d’être avec lui car il voulait être avec nous, pas au-dessus"

A dix-sept ans, après un été où il a notamment vu les Carolina Panthers (NFL) arrêter un entraînement de leur camp sur le campus du Wofford College à Spartanburg (première fac à lui offrir une bourse avant bien d'autres) pour aller observer le sien, Zion entame son 12th grade (la terminale, saison dont il sera en partie privé pour cause de blessure) dans la peau d’une star locale devenue virale à travers le pays. Mais rien ne transformera ce garçon fidèle à lui-même. "Sa vie personnelle devait être dingue mais de l’extérieur, on voyait que tout le monde l’aimait, se souvient Donnie Bui. Les autres élèves le traitaient comme n’importe quel élève et il faisait pareil avec eux. Peu importe qui vous étiez, il s’assurait toujours de prendre le temps pour vous dire au moins bonjour. Il y avait la queue pour le rencontrer après les matches mais il faisait en sorte de voir tout le monde." 

La légende raconte sa déception quand un enfant qu’il avait dû faire attendre le temps de rentrer se changer aux vestiaires avait fini par s’en aller avant son retour. "Quand des gens deviennent des stars, ça leur monte souvent à la tête et vous n’avez plus envie de traîner autour d’eux. Mais avec Zion, ce n’est jamais arrivé, appuie Lee Sartor. Il ne s’est jamais comporté comme s’il se sentait supérieur à ses copains de classe, ses coaches, ses coéquipiers ou ses professeurs. Il a gardé les pieds sur terre donc il était très facile de lui parler, de l’approcher et d’être avec lui car il voulait être avec nous, pas au-dessus de nous."

Ecriture créative et poésie

"Il était une star virale partout où il allait mais il ne s’est jamais pris pour un autre, complète Donnie Bui. Même s’il savait que les caméras étaient là pour lui, il s’assurait toujours d’impliquer ses coéquipiers dans les matches. On voit rarement un gamin dont on vante autant le talent avoir autant les pieds sur terre et être aussi loyal. C’était génial à voir." Sa personnalité à part se retrouve en classe. Alors que le basket pro lui semble déjà promis, Williamson s’inscrit à un cours facultatif quotidien d’écriture créative pour sa terminale.

Une dizaine d’élèves seulement, dont la star, et un professeur, William Pell, dit Bill, ravi de ce qu’il va découvrir avec celui qui n’en a pas besoin pour son avenir mais vient pour "ouvrir son esprit à d’autres horizons", "un testament à la personne qu’il est, à ses larges centres d’intérêt" dixit son ancien prof. "Zion était un des gamins à qui il est facile d’apprendre car il a envie, comme il est facile de le coacher", pointe Bill Pell pour RMC Sport.

Zion Williamson lorsqu'il était en terminale
Zion Williamson lorsqu'il était en terminale © AFP

A l’opposé de ce qu’on attend chez un intérieur célébré pour ses dunks surpuissants, ce passionné d’histoire – il avait demandé à rejoindre la délégation de l’école qui allait visiter le Capitole à Washington dans le cadre d’un programme d’immersion du gouvernement US lors de sa dernière année, challenge en soi car il ne pouvait alors déjà plus aller nulle part sans être dérangé – va se tourner vers la poésie après s’être essayé aux histoires courtes ou aux essais.

Pell évoque des textes remplis de "sensibilité" et devenus "de plus en plus sophistiqués au fil de l’année", "des travaux plutôt impressionnants" et toujours rendus "en temps et en heure". "Zion est un gros travailleur, un passionné qui se pousse à bien faire, peu importe dans quoi, poursuit le professeur qui a eu Williamson en élève pour sa dernière année avant la retraite. Il avait finalement décidé d’écrire une série de poèmes qui seraient liés les uns aux autres. Ils étaient bons dès le départ mais ils sont surtout devenus meilleurs."

"S’il voulait devenir écrivain, il pourrait l’être"

Statut de star ou pas, le garçon est à l’écoute et suit les conseils. Il sait prendre les critiques, aussi, qualité tout autant appréciée par ses coaches. "Il était absolument disposé à faire tout ce que je lui suggérais et il est devenu un écrivain lui-même, continue Bill Pell. A la fin de l’année, il n’avait plus tellement besoin d’être guidé. Il semblait vraiment aimer la poésie car c’est un art rigoureux, serré, compact. Il avait une forme de contrôle général sur la façon dont il était capable de digérer ses émotions pour les retranscrire dans des vers agréables à lire et remplis d’émotions. Le challenge de la poésie l’a peut-être motivé, même si je pense qu’il aurait excellé peu importe ce qu’il aurait choisi. Je lui avais dit un jour: 'Si le basket ne marche pas pour toi, tu peux peut-être devenir un poète'. Je l’avais dit en rigolant mais je ne sous-estimerai jamais sa capacité à faire quelque chose s’il s’y mettait vraiment. S’il voulait devenir écrivain, il pourrait l’être, je le crois sincèrement. Je ne dis pas qu’il serait devenu un poète célèbre, car il y en a très peu, mais il avait un potentiel très sérieux. J’ai eu quelques étudiants avec beaucoup de talent au fil des années et je le placerais parmi les meilleurs. Il aurait pu trouver sa place dans ce monde." 

Plus fort que des joueurs universitaires... en troisième

Bill Pell évoque "une des personnes les plus irrésistibles" qu’il n’a jamais rencontrées, un garçon "gentil, volontaire, chaleureux, ouvert, patient, attentif aux autres, déterminé, très intelligent", "qui s’intéresse à tout" et "ne prend rien de façon personnelle quand on le critique". Un bonheur pour prof ou coach, quoi. "Il avait en classe les caractéristiques qu’il montre sur le parquet", reprend Bill Pell. Et de résumer: "Il est génial, tout simplement". Et au diable la célébrité.

"Quand il est arrivé dans ma classe, si vous ne le saviez pas, rien ne vous aurait dit qu’il était un basketteur star à part sa taille, se souvient son ancien professeur. Il était juste un élève, pas un athlète célèbre. Il agissait comme un gamin normal. On le voyait sur le campus parler à tout le monde. Je ne l’ai jamais entendu se vanter de quoi que ce soit. Quand j’ai commencé à travailler avec lui, que je lui ai fait des suggestions sur la façon dont il devait écrire et structurer ses textes, il m’a juste remercié, sans se mettre sur la défensive. Il détruit les stéréotypes que beaucoup de gens ont à propos des athlètes. Zion m’a impressionné autant en classe, voire plus, que sur le parquet. J'avais face à moi quelqu'un prêt à apprendre."

Prêt à partager, aussi. "A Duke, un jour, il avait une ligne ouverte pour aller dunker et il a lancé le ballon sur la planche pour que R.J. Barrett puisse le récupérer et dunker lui-même. Il avait fait ça plusieurs fois quand il jouait pour nous, notamment avec Chandler Lindsey. Il veut gagner en équipe. Parfois, il était le seul à pouvoir faire la différence. Devant toute l’équipe, je disais: 'Zion ne peut pas tout faire tout seul', car comme lui je voulais impliquer tout le monde. Mais ensuite, je l’appelais sur le côté et je lui disais: 'Tu vas devoir le faire tout seul'."

Il y parvenait aussi, talent oblige. "Je coache à l’université, où j’ai avec moi de très bons joueurs de basket, mais certaines choses que j’ai vu Zion faire au 9th ou 10th grades (troisième et seconde, ndlr) étaient beaucoup plus avancées que ce que peuvent faire certains de mes joueurs actuels, lance Lee Sartor, qui reste en contact avec Williamson et sa famille. Et vous pouvez dire ça sur n’importe quelle fac aux Etats-Unis. On ne voit pas arriver beaucoup de joueurs comme Zion. Il transcende son sport."

"Ça m’a permis de tisser des liens avec des enfants avec lesquels je n’aurais pas eu de relation si je n’avais pas été dans cette école"

A sa sortie du lycée, où il a multiplié les cartons comme dans un jeu vidéo et où Donnie Bui raconte qu’il profitait toujours des matches où son équipe écrasait l’adversaire pour "travailler tous les aspects de son jeu", celui qui aime les mangas, le rap (Jay-Z est son préféré, un côté "ancienne école" raillé par ses camarades) et traîner avec ses amis rejoint Coach K (Mike Krzyzewski) et la prestigieuse fac de Duke bardé de son prénom en surnom, honneur réservé aux grands. Et sans oublier quatre années de lycée qui l’ont construit.

"Ça a aidé à façonner ma personnalité, estimait l’intéressé au printemps dernier après avoir été éliminé du tournoi NCAA avec les Blue Devils. Ça m’a permis de tisser des liens avec des enfants avec lesquels je n’aurais pas eu de relation si je n’avais pas été dans cette école. Cela m’a aidé à devenir une personne plus sociable." Cela a surtout fait de lui un phénomène.

Alexandre HERBINET (@LexaB)