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Décès de Demoitié : le peloton sous le choc veut du changement

Antoine Demoitié

Antoine Demoitié - AFP

La terrible nouvelle de dimanche soir a profondément bouleversé le peloton. Après avoir été percuté par une moto lors de Gand-Wevelgem, Antoine Demoitié est mort hier soir suite à ses blessures. Un décès qui fait vivement réagir les coureurs ce lundi, qui veulent un changement immédiat. Pour plus de sécurité.

Alors qu’ils étaient répartis sur plusieurs courses ce week-end (Gand-Welvegem, Critérium international, Tour de Catalogne), l’ensemble des cyclistes professionnels se sont réveillés lundi matin avec l’horrible sentiment d’avoir perdu l’un des leurs. Une peine immense, la plupart du temps accompagnée par d’une colère énorme et de mesures à prendre, vis-à-vis des circonstances du décès d’Antoine Demoitié, percuté par une moto lors de Gand-Welvegem.

De nombreuses propositions

L’Irlandais de l’équipe Etixx Dan Martin a été l’un des premiers à exprimer son ras-le-bol sur Twitter : « Les motos sont nécessaires à notre sport pour des raisons de sécurité et de couverture médiatique. C’est leur conduite et leur règlement qui a besoin de gouvernance. Dépasser le peloton en pleine descente et durant les moments cruciaux de la course, lorsque la vitesse est élevée et que les coureurs sont à la lutte, ce n’est pas du tout possible ». Son coéquipier Carlos Verona lui a immédiatement répondu. « Je suis d’accord. Il faut moins de motos, des règles claires et des anciens cyclistes pour conduire ces motos, après avoir passés des examens », a-t-il proposé. Le Français Warren Barguil (Giant-Alpecin) a pris part à l’échange en demandant « une vitesse limite quand les motos dépassent ».

Limiter la vitesse et le nombre de motos

Benat Intxausti (Sky) a lui aussi listé des propositions : « Professionnaliser les conducteurs de motos du peloton, limiter la vitesse, des amendes et même la radiation pour ceux qui ne respectent pas un minimum de sécurité et les distances obligatoires ». « Est-ce qu’une règle limitant la vitesse de dépassement à 15/20 km/h de plus que le groupe de coureurs ne résoudrait pas les incidents moto/vélo ? Cela augmenterait le temps de réaction lorsque l’inattendu se produit », avançait quant à lui le vétéran Michael Rogers (Tinkoff, 36 ans). Professionnel dans les années 2000, Walter Bénéteau s’exprimait quant à lui pour une limitation drastique du nombre de motos : « Une moto de commissaire, une moto télé et une moto photographe, avec alternance si besoin… ».

L’appel à une grande table ronde

La plupart veulent un changement le plus rapidement possible, pour éviter un nouveau drame. « A quand une réunion UCI, commissaires, organisateurs, motards, équipes, coureurs. Pour comprendre les attentes des uns envers les autres en course », s’interrogeait William Bonnet (FDJ). L’ancien rouleur espagnol José Ivan Guttierez enrageait de la situation : « De nombreux motards de courses n’ont aucune expérience. L’UCI est coupable. Il faut créer des cours de pilotages dans le peloton. Cela fait dix ans que je le demande ». « Comme d’habitude, pour résoudre les problèmes il faut toujours attendre qu’une vie soit en jeu », regrettait Daniele Bennati (Tinkoff). « Nous sommes de la chair à canon, c’est dur à dire mais c’est la vérité », abondait Fabio Sabatini (Etixx). « Le cyclisme est en train d’aller dans une direction trop dangereuse depuis des années. Antoine l’a payé plus que les autres » résumait Moreno Moser (Cannondale).

Même les cadors du peloton ont réagi, pour demander une réforme. « Il faut plus de cohérence dans la course et pas seulement » a expliqué le vainqueur du Tour de France 2014 Vincenzo Nibali. « Un contrôle des motos en course est nécessaire, maintenant ! » a lâché Aberto Contador. Retiré du peloton en 2013, Anthony Charteau ne doute pas de la nécessité d’une réunion. « J’espère que les coureurs seront consultés pour réformer la sécurité en course », prévenait-il.

Une photo pour symbole du ras-le bol

Une photo a notamment servi à illustrer le problème voire l’embouteillage de motos lors des courses. Un cliché représentant le Russe Vladimir Kusnetzov (Katusha) isolé au milieu d’une douzaine de motos. «Un peu trop de véhicules motorisés à mon sens pour une course cycliste » commentait de manière lapidaire Francis Mourey (Fortuneo). « Cette tragique nouvelle va-t-elle marquer un changement ? » interrogeait Michael Rogers, pour illustrer cette même image. A l’UCI d’en décider.

Nathan Gourdol