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Jakobsen raconte sa joie et sa peur de reprendre après son terrible crash

Gravement blessé au visage et à la bouche en août 2020 après un vilain accident sur le Tour de Pologne, le coureur néerlandais Fabio Jakobsen (Deceuninck-Quick Step) va reprendre dimanche la compétition en Turquie. Avec une certaine hâte, mais aussi quelques craintes.

Les cicatrices sont bien visibles, sur le nez, le menton, et autour de la bouche. L'élocution est un peu gênée par une absence de dents, qui devra être corrigée par de nouvelles opérations. Mais l'envie est là, et c'est l'essentiel. Huit mois après son horrible accident lors d'un sprint massif sur le Tour de Pologne, le coureur néerlandais Fabio Jakobsen (24 ans) fera dimanche son retour à la compétition sur le Tour de Turquie (11-18 avril). A cette occasion, il s'est exprimé dans un entretien face caméra avec son équipe Deceuninck-Quick Step.

"Je vais plutôt bien, dit-il, je suis en train de me reconstruire une condition physique. Ça fait du bien d’être sur un vélo et de vraiment vivre de nouveau comme un cycliste professionnel. Mon rapport avec la plupart de mes équipiers s’est renforcé, j’ai vraiment pu ressentir cette connexion entre nous. On dit toujours qu’on est le Wolf Pack (la meute, ndlr) et qu'on prend soin les uns des autres comme si on était une famille. Mais c’est vraiment quand quelque chose comme ça arrive à l’un d’entre nous, que l’on peut ressentir que ça nous rapproche tous. Tout le monde m’a soutenu durant mon long chemin pour revenir. L’équipe est ma deuxième famille."

Même si elle ne remplacera par le cercle intime, essentiel dans son processus de guérison. "Ma famille a vraiment constitué mon pilier à la maison, souffle Jakobsen, un brin ému. Quand j'ai été rapatrié de Pologne, je n’étais pas capable de m’occuper de moi. Ma famille l’a fait pour moi. Ils représentent tout à mes yeux. Alors que c’était compliqué pour eux de voir leur fils ou leur frère revenir dans cet état. Ils m’ont vraiment accordé beaucoup de leur temps. Je leur en serai éternellement reconnaissant."

"Tout le monde traverse des périodes compliquées"

S'il a passé énormément de temps hors du peloton, le Néerlandais dit avoir continué de suivre les performances de ses équipiers et rivaux. "Je crois que j’ai regardé toutes les courses, sourit-il. C’était vraiment cool de voir l’équipe être performante. Ça m’a vraiment motivé à tout faire pour revenir avec eux. À chaque fois que l’un d’entre eux gagnait, j’envoyais un petit message et j’avais une réponse en retour: 'Un jour on gagnera de nouveau ensemble'. Je disais 'Oui, j’ai vraiment hâte que ça soit possible'."

S'il reconnait des moments "difficiles", un euphémisme, le champion des Pays-Bas 2019 ne veut pas s'apitoyer sur son sort. "Tout le monde traverse des périodes compliquées, poursuit-il. Parfois c’est une maladie, pour moi c’était un accident. (…) Mais maintenant je peux courir de nouveau… C’est vraiment incroyable et j’ai hâte."

"J’ai atteint un objectif en revenant à la course, le prochain sera de lever à nouveau les bras"

Peur, aussi? "Je suis également un peu stressé, souffle Jakobsen. Ça sera la première fois que je serai de retour dans le groupe. C’est aussi la première fois que je vais sortir du pays et voyager. Ce qui n’est pas rien pour moi. Mais c’est vrai que j’ai hâte de recommencer à courir, même si ça me fait un petit peu peur. Je veux juste faire ce que j’aime: courir à vélo."

Pour les résultats, il faudra sans doute se montrer patient. "J’ai atteint un objectif en revenant à la course, le prochain sera de lever à nouveau les bras et remporter une course, prévient-il. (...) Peut-être que je n’atteindrai pas le niveau que j’avais avant l’accident cette année, mais alors je l’attendrai en 2022 ou 2023. (…) Je ne crois pas que j’arrive sur ce Tour de Turquie avec l’étiquette d’un favori pour la gagne au sprint, ça prendra du temps. Je veux juste finir ces huit jours de course, et m’améliorer encore."

C.C.