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Malgré le coronavirus, Paris-Nice se poursuit comme si de rien n'était

Paris-Nice trace sa route à travers la France depuis dimanche. Malgré la crise liée au coronavirus, et en attendant l’allocution du président Emmanuel Macron ce jeudi soir, les coureurs de "la Course au soleil" font presque comme si de rien n’était..

Un détail, presque un seul mercredi, pouvait trahir une situation un peu inhabituelle sur le contre-la-montre de Saint-Amand-Montrond remporté par le Danois Soren Kragh Andersen lors de la quatrième étape de Paris-Nice. Sur son promontoire et comme à son habitude, le speaker officiel de la course parlait, parlait et parlait encore, notamment quand Julian Alaphilippe, local de l’étape, en terminait. "Avec l’enfant du pays, vainqueur du contre-la-montre du dernier Tour de France à Pau. Il va en finir dans quelques instants, et il ne sera pas premier aujourd’hui", lançait-il. Le son de sa voix porté par un micro et une grosse sono se perdait dans la torpeur de la petite ville du Cher. Car il s’égosillait dans le vide. D’habitude, il y a en face de lui des spectateurs, par dizaines, par centaines même parfois. Là, des barrières en ferraille, le bitume d'un trottoir en dégradé de gris, et un mur couleur parpaings. Pas d’âme qui vive, en raison de mesures de précaution prises face au coronavirus.

A bien observer la scène, il y avait quelque chose de cocasse, de loufoque. Une situation ubuesque depuis que dimanche soir, le gouvernement a interdit les rassemblements de plus de 1.000 personnes en France. Le lendemain matin, peu après le départ de la deuxième étape de Paris Nice, RMC Sport annonçait que la direction de "la Course au soleil" avait décidé de fermer les accès aux spectateurs dans les zones de départ et d’arrivée des étapes. "A regret tant on sait que le cyclisme est un sport où la proximité entre public et coureurs est une chose fondamentale", expliquait alors le directeur de course François Lemarchand.

Les spectateurs loin des zones d'arrivée

Mais là où l’étrange atteignait son paroxysme, c'est que les spectateurs, persona non grata donc dans les zones d'arrivée et à 300 mètres en gros autour du podium, avaient ce mercredi, presque comme d'habitude, la possibilité de venir applaudir et encourager les coureurs autour du paddock, lieu sacré aux départs et arrivées des courses où les équipes ont leurs bus, sorte de vestiaire itinérant pour les coureurs.

Résultat, dans sa ville natale, Julian Alaphilippe était acclamé à son retour au bus. Plusieurs dizaines de spectateurs étaient présents. Des anonymes, des enfants venus du club cycliste de Montluçon, là où Julian a commencé le vélo, et la famille du champion français, dont le frère Bryan, coureur professionnel dans une équipe de troisième division et venu applaudir son ainé. "Nous on est nés, ici, un contre-la-montre à Saint Amand ça va pas arriver tout le temps, donc il fallait venir l'encourager" expliquait-il, balayant au passage d'un revers toute inquiétude liée au coronavirus.

Pas de selfies, pas d'autographes

Par sécurité malgré tout, et sans aucun doute à contre cœur, Julian Alaphilippe ne venait pas saluer Bryan, ou sa maman Catherine présente dans la foule, bloquée derrière les barrières. Pas de selfies non plus, pas d'autographes, pas de petit mot qui fait d'habitude autant plaisir à la foule de fans. Même situation rocambolesque ce jeudi matin au départ de la cinquième étape à Gannat dans l’Allier. Face au podium de présentation des coureurs une place vide, des barrières, avec quelques badauds agglutinés. L’espace VIP, situé lui juste en dessous du podium. Les chanceux sont nombreux à venir y déguster un café accompagné de quelques madeleines. On y discute comme si de rien n’était. Sur le podium, le speaker procède comme tous les matins pendant une bonne heure à la présentation des 133 coureurs encore en course. Les équipes défilent une à une.

D’habitude, il interviewe une poignée de coureurs triés sur le volet et pour le plus grand bonheur des fans. Mais il rappelle à l’adresse des quelques dizaines de personnes présentes au moment de la venue de Romain Bardet avec sa formation AG2R La Mondiale: "Avec le Covid-19 nous n’avons pas le droit depuis le début de ce Paris-Nice, de tendre le micro aux coureurs pour recueillir leur réaction, nous en sommes désolé." Quelques secondes plus tard, Romain Bardet répond pourtant aux questions d’une poignée de journalistes. Cinq minutes après c’est carrément un attroupement de caméras qui se masse autour de Thibaut Pinot, notamment pour recueillir sa réaction après la qualification de son équipe de football de cœur, le PSG, pour les quarts de finales de la Ligue des champions.

Prudhomme convaincu que la course ira à son terme

Dix minutes avant, c’était Julian Alaphilippe encore lui sur lequel se ruaient les journalistes, tendant des micros, à quelques centimètres de sa bouche, sans que cela ne l’émeuve le moins du monde. Et les exemples un peu étranges comme celui-ci sont légion. Alors, presque comme si de rien n’était, le peloton continue de tracer sa route à travers la France. "Seule la guerre a fait annuler Paris-Nice dans l’histoire", rappelait Christian Prudhomme avant le début de la course le week-end dernier dans les Yvelines. Le patron du Tour de France, qui a repris la parole mercredi auprès de la presse, expliquant notamment dans les colonnes du Parisien, qu’il était sûr "à 100%" que la course irait à son terme, dimanche sur la Côte d’Azur.

La méthode Coué peut être. Mais un optimisme nécessaire dans cette période de crise. "La course est tellement belle qu’on en oublie presque le reste", confiait ainsi ce matin au micro de RMC Sport l’ancien champion cycliste et désormais sélectionneur de l’équipe de France masculine sur route Thomas Voeckler. Un sentiment partagé par beaucoup d'observateurs et de coureurs, même si Guillaume Martin, grimpeur de Cofidis, reconnaissait au départ de la troisième étape mardi que l’ambiance était bizarre: "Sur le podium, on plaisantait justement avec Anthony Perez en se disant qu’on avait un peu l’impression d’être au départ d’une course junior ou amateur sans aucun public. On en parle un petit peu mais je pense que si vous suivez la course vous vous rendez compte qu’on a d’autres choses à penser aussi."

Arnaud Souque