RMC Sport

"On ne peut pas faire envie si on ne montre pas le sport féminin", estime la vice-présidente de la fédération française de cyclisme

-

- - -

Actuelle vice-présidente de la fédération française de cyclisme, Marie-Françoise Potereau est en charge du plan de féminisation et des athlètes de haut niveau. Aussi présidente de l'association FEMIX'Sports qui vise à une meilleure représentativité des femmes dans le milieu sportif, la dirigeante revient sur son parcours et l'évolution du sport féminin en France à l'occasion de la 3e édition de l'action “Sport Féminin Toujours”.

Ancienne adversaire de Jeannie Longo sur le vélo, Marie-Françoise Potereau occupe aujourd'hui le poste de vice-présidente de la fédération française de cyclisme. Première femme cadre technique à la FFC, elle est l'une des rares dirigeantes dans le paysage du sport français, où la seule Isabelle Lamour dirige une fédération olympique avec l'escrime. Mais preuve d'une sur-représentation historique des hommes dans les instances sportives, celle qui est également aujourd'hui présidente de l'association FEMIX'Sports avait dû attendre plus de 4 ans et 1996 pour passer et obtenir son diplôme d'état, tardivement ouvert aux femmes. 

"Les femmes ont les compétences, il faut oser s'affirmer" 

"Au début lorsque j'arrivais sur les courses, on me demandait si j'étais la kiné ou la femme du président de la fédération... Je répondais que j'étais entraîneur, rappelle Marie-Françoise Potereau. Je dis toujours à mes collègues qu'il faut pénétrer la meute! La force vient de cette meute mais parfois en tant que femme, on ne se sent pas intégrée dans les fédérations. Les compétences on les a, mais il faut oser prendre la parole en public, oser s’affirmer."

Depuis août 2014 et la loi pour l'égalité réelle entre les hommes et les femmes, les fédérations où les femmes représentent un quart des licences ou plus doivent avoir 40% au moins des sièges des instances dirigeantes pour les femmes. “Cela n’a pas été simple, retrace Potereau. Je suis là grâce à cette loi. Dans d’autres fédérations, on a aussi ce problème de la prise d’accès pour les dirigeantes". Selon le ministère, 8 des 113 fédérations sportives ne sont toujours pas en conformité avec la loi en vigueur. Mais le chiffre progresse toutefois: entre 2013 et 2017, la proportion de femmes dans les instances dirigeantes est passée de 26,5 à 34,8%, malgré parfois quelques clichés tenaces. "On ne va pas mesurer la compétence chez les hommes. J’ai eu la chance de faire un parcours au ministère des sports et d’avoir un parcours de haut-niveau dans le cyclisme. Il faut travailler avec elles pour prendre ces postes-là, quelque part il faut gagner sa légitimité, avance l'ancienne directrice technique nationale (DTN) de la fédération française de cyclisme. Mais pour demain, il faudra chercher à l'extérieur de nos familles."

"Tout ce qui n'est pas vu n'existe pas" 

Ce samedi et ce dimanche, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et le ministère des Sports lancent la 3e édition de l’opération "Sport Féminin Toujours", qui a pour mission de promouvoir le sport féminin dans les médias. “Tout ce qui n’est pas vu n’existe pas, tranche la dirigeante. Si on ne montre ou ne parle pas du sport féminin dans les médias, on ne peut pas faire envie. Il faut que les jeunes femmes s’identifient à des sportives inspirantes pour qu’elles puissent pratiquer. Il y a encore toute une conquête à faire pour séduire, promouvoir et faire aimer les pratiques sportives féminines.”

En cyclisme, ces jeunes femmes s'appellent aujourd'hui Pauline Ferrand-Prévot ou Mathilde Gros. La première est l'actuelle double championne du monde de VTT (elle l'a été également sur route) et la seconde est une spécialiste de la piste, double championne d'Europe du keirin, une épreuve olympique. Ces deux athlètes s'avanceront à Tokyo en 2020 avec l'objectif de ramener la médaille d'or. "On a vécu très longtemps sur l'image de Jeannie Longo. On a la chance d'avoir ces athlètes aujourd'hui, se réjouit Potereau. Il faut se servir de ces jeunes femmes inspirantes".

"Il y aurait moins de soucis avec plus de femmes dans les instances dirigeantes" 

Malgré plusieurs bonnes nouvelles et avancées ces dernières années, le combat pour cette égalité subit parfois quelques revers. Ces derniers jours, le monde du sport a été secoué par les révélations de Sarah Abitbol, ancienne championne de patinage artistique, qui a accusé son ancien entraîneur de l'avoir violé à l'âge de 15 ans, au début des années 1990. L'athlète en a profité pour dénoncer l'omerta et la loi du silence dans une fédération alors essentiellement masculine. "Quand vous commencez à avoir des femmes dans les conseils d'administration, vous avez une sensibilité sur ces sujets-là, explique Potereau sur cet enjeu sociétal qui dépasse bien au-delà le simple cadre du sport. Il y a forcément une prise de conscience. A la fédération française de cyclisme, nous sommes sur une politique de prévention. Il y aurait moins de soucis comme au patinage s'il y avait plus de femmes dans les instances dirigeantes. Il faut éviter l'entre-soi des hommes". 

Créée en 1999 par l'ancienne ministre des sports Mario-George Buffet, l'association FEMIX'Sports a formé 614 femmes depuis 4 ans. "On apprend à travailler son identité avant de savoir faire un PV de réunion administratif, indique Potereau, qui apparaît comme un exemple à suivre pour d'autres femmes dirigeantes. J'ai été considérée comme une emmerdeuse, on peut le dire. Mais aussi pour une femme qui ne lâche rien. Je suis contente et je dis victoire. Il y a des jours où je suis fatiguée car j'ai toujours l'impression d'en redemander mais aussi ravie car il y a des déclics qui se font.". 

Des politiques incitatrices pour le sport féminin 

Si la FFC est aujourd'hui un peu un "cas d'école" avec un sport à la base très masculin, la pratique féminine s'impose peu à peu avec une hausse relative mais progressive du nombre de licenciées ces dernières années. Mais des combats et des actions restent encore à mener. “Il y a encore trop peu de disciplines sportives féminines qui ont des secteurs professionnels avec tout ce que cela comporte, notamment vis-à-vis des sponsors etc. Le modèle du sport français aujourd'hui ne permet pas de traiter le sport féminin de façon égalitaire. Malgré la dernière Coupe du monde de foot, c’est encore trop peu. On a encore en France un souci avec le spectacle sportif féminin. Il n’y a pas une attirance particulière. On a pu le voir récemment aussi avec le handball. Elles ont eu des résultats, on a rempli des stades mais pas suffisamment."

Faut-il changer la société donc pour parvenir à plus d'égalité dans le monde du sport? “Depuis 4 ans, je décline le plan de féminisation de la fédération avec des mesures incitatrices pour arriver à davantage de pratique. Ce sont des initiatives en plus du ministère du sport. Depuis 2012, il y a une politique volontaire avec des moyens financiers derrière pour faire évoluer cette cause. Pour le cyclisme par exemple, il faut déjà pouvoir faire du vélo avant de faire de la compétition." Dans son bureau où elle reçoit, Marie-Françoise Potereau imprime un courrier reçu en 1992, l'empêchant de passer le concours d'état. Comme un symbole, 28 ans plus tard, l'ancienne cycliste de haut-niveau mène en première ligne la cause de l'égalité entre les hommes et les femmes dans le sport. 

Guillaume Lepère avec Julien Richard