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Mondiaux sur piste : Baugé, les dangers de l’arrogance

Décevant lors de la quatrième place des Bleus en vitesse par équipes mercredi, Grégory Baugé visera samedi un cinquième titre mondial en vitesse individuelle. D’une arrogance sans égale, le pistard de 31 ans avait échoué dans sa quête olympique sur cette même piste en 2012. Mais garde une assurance sans nom.

« Vrai champion » : voilà comment il se définit sur son compte Twitter. Le quadruple champion du monde de vitesse individuelle a conscience de ses forces, les assume et surtout les affiche. Pas une déclaration qui ne sente ne serait-ce qu’un peu de modestie. « Je suis le meilleur du monde, le meilleur Français aussi donc il n’y a pas de problème, lâche-t-il en forme de slogan. Je me lève tous les jours, je m’entraîne tous les jours, je me fais mal… c’est pour quoi ? Pour rester le meilleur. Pas pour être le meilleur, pour rester le meilleur. »

Le cycliste de 31 ans n’a qu’une seule obsession : gagner. Coûte que coûte. Et dans n’importe quelle activité. « J’ai grandi comme ça aussi : si je joue aux jeux vidéo avec mes cousins, il faut que je gagne, explique-t-il. Même pour un simple jeu, un Monopoly, il faut que je gagne ! Il faut ! Si je ne gagne pas, je ne suis pas content et c’est comme ça. » Le Tigre en est à quatre titres mondiaux en individuel, cinq par équipe, et s’estime intouchable, au sein de l’équipe de France comme dans le monde des pistards.

Jacquet : « Il n’a toujours pas la médaille olympique »

Les Jeux Olympiques de Rio ? Une formalité ! « Je me vois déjà danser la samba donc il n’y a pas de problème ! », répète-t-il. Sauf que ce manque d’humilité a le don d’agacer. Surtout venant d’un coureur associé à la perte du titre en vitesse par équipes mercredi, épreuve durant laquelle la France a terminé quatrième. Vincent Jacquet, directeur technique national, a rappelé que personne n’était « indiscutable » pour disputer les épreuves par équipe. « Ce que je remarque, c’est que Grégory Baugé n’a toujours pas la médaille olympique », a-t-il ajouté. Cinglant.

2006, la remise en question

Mais cette assurance à toute épreuve affichée par le coureur ressemble fort à une carapace. Car entre les « je suis fait pour gagner » ou les « je suis le meilleur du monde », pointe une petite faille. Celle qui fait dire qu’une arrogance extrême cache peut-être un gros manque de confiance en soi. 2006, année du déclic. Sacré en équipe, il n’a désormais qu’une chose en tête : gagner en individuel. « Il y a beaucoup de choses qui sont arrivées quand il a fallu me relever d’un de mes premiers échecs après Bordeaux 2006. J’ai aussi travaillé avec une psychologue. Je me suis servi aussi de sports comme la boxe, que j’aime, l’athlétisme… Dans le sport de haut niveau, tu peux t’entrainer tous les jours, je ne sais pas combien d’heures, si mentalement, quand tu arrives en compétition, tu n’es pas là… »

Là, il a justement failli ne pas l’être. En 2012, sur la piste olympique de Londres et alors que le titre lui semblait promis, il doit se contenter de l’argent, battu par un Jason Kenny contre lequel il avait jusque-là toujours triomphé. La confiance en a pris un coup auquel s’est ajouté celui du départ de son mentor Florian Rousseau. Après deux ans de pause, il ré-enfourche finalement son vélo. Ce vendredi, le natif de Maisons-Laffitte a retrouvé la piste de ses malheurs et s'est qualifié pour les quarts de finale de vitesse individuelle. Il visera un nouveau titre ce samedi. Histoire de conjurer le sort.

A.Bo avec G.Q à Londres