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Tour de France 2020: le col de la Loze, nouveau pari du parcours

Le col de la Loze au parcours du Tour de France 2020

Le col de la Loze au parcours du Tour de France 2020 - DR

Le tracé du Tour de France 2020 sera officiellement présenté ce mardi en fin de matinée à Paris. Parmi les nouveautés, le col de la Loze marquera en deuxième partie de Tour l’arrivée inédite d’une étape alpestre au-dessus de Méribel. Futur toit du Tour avec ses 2.304 mètres d’altitude, sa route, strictement réservée aux piétons et aux vélos, a été inaugurée juste avant l’été. Elle promet sept kilomètres d’un spectacle atypique et étonnant.

"Voilà. C’est le cadeau qu’on n'a jamais osé demander au Père Noël et qui arrive au pied du sapin de Méribel." On peut avoir 58 ans et croire encore aux histoires. En matière de contes vélocipédiques, Christian Prudhomme semble être resté un grand enfant. Sourire jusqu’aux oreilles, le directeur du Tour de France paraît sincèrement émerveillé par la dernière trouvaille de ses équipes. 

Nous sommes au début du mois d’octobre, dans la fraîcheur presque féerique d’une après-midi d’automne, les rayons du soleil irisent les prairies tantôt rougies, tantôt jaunies par un été étouffant, offrant aux yeux une carte postale comme on en reçoit rarement dans la boîte aux lettres.

Comme de coutume, Christian Prudhomme, accompagné du premier édile local, a invité une poignée de journalistes à humer un échantillon de ce que sera la "France de juillet" de l’année d’après. Et comme de coutume, la balade dans cet endroit, tenu secret jusqu'au bout, fait son petit effet.

Sept nouveaux kilomètres pour compléter les quatorze premiers déjà empruntés

"On était à peu près certains que cela plairait au Tour", avance fièrement Thierry Monin, le maire des Allues, la commune en contrebas. On avait déjà fait plusieurs demandes pour une arrivée à la station de Méribel, mais la montée traditionnelle est plutôt insipide. Alors que là, on a proposé quelque chose de totalement nouveau, avec un panorama exceptionnel."

Cette nouveauté, c’est un final de sept kilomètres pour le moins surprenant. Une route construite au printemps et qui relie désormais les stations de Méribel et Courchevel via le col de la Loze. Un axe entièrement réservé aux piétons et aux vélos l’été, qui viendra compléter le jour de l’étape en 2020, les quatorze premiers kilomètres d’ascension, déjà existants, et empruntés triomphalement par Bernard Thévenet lors du Tour 1973.

Le col de la Loze
Le col de la Loze © DR

"Le goudron a juste été posé sur le sol, ce qui donne ces ruptures de pentes incessantes"

Une voie verte en altitude? Rien d’exceptionnel, rétorquera-t-on. Sauf que le bitume a été posé à même un chemin forestier à la topographie irréelle, laissant la sensation étrange de se trouver au beau milieu d’un parc d’attraction, sur une piste de karting un peu délirante, un toboggan géant ou des montagnes russes.

Et c’est là toute l’originalité de ce serpent d’asphalte titubant dans la montagne. "Si cette route avait été créée pour accueillir des voitures, des bus ou des camions, jamais elle n’aurait été tracée comme ça. Tout aurait été limé et terrassé pour avoir une pente régulière à 8, 10 ou 12%, analyse avec enthousiasme Christian Prudhomme. Or là, le goudron a juste été posé sur le sol, ce qui donne ces ruptures de pentes incessantes. Même si les pourcentages moyens sont autour de 10%, vous avez parfois 300 mètres d’un petit faux plat puis d’un coup un mur à 20%, et c’est comme ça sans arrêt sur les sept derniers kilomètres d’ascension. J’ai envie de dire: c’est du jamais-vu." 

Presque une surprise à chaque virage, tant la visibilité derrière les bosses est parfois réduite à néant. Et avec en clou du spectacle un ultime raidard, façon mur de Huy, qui saura à n’en pas douter laisser un souvenir indélébile aux coureurs. 

Le coup de fil de Bernard Hinault

Pour la petite histoire, cette route n’était peut-être pas vouée à accueillir si tôt le Tour de France. Très au fait de toutes les nouveautés, les organisateurs l’avaient bien sûr dans le viseur. En juillet, lors de la dernière Grande Boucle, au soir de l’étape raccourcie de Val Thorens qui sella la victoire au classement général du Colombien Egan Bernal, Christian Prudhomme avait rencontré Thierry Monin au cours d’un dîner. Le patron du Tour avait alors susurré au maire des Allues, que la candidature de Méribel l’intéressait. "D’habitude, elle était toujours retoquée. Pour le coup, je me suis douté de quelque chose", avoue l’édile, sans en savoir plus sur le moment.

Mais un coup de fil va précipiter les choses. Quelques semaines après, au mois d’août, la route est empruntée par le peloton du Tour de l’Avenir, sorte de mini Tour de France des moins de 23 ans. Dans le cortège officiel, un ancien quintuple vainqueur de la Grande Boucle, Bernard Hinault, est manifestement éberlué par le spectacle sous ses yeux. "Il ne me téléphone jamais pour me parler du tracé du Tour, raconte Christian Prudhomme. Là, il l’a fait en me disant, il faut à tout prix que tu viennes voir ça. Du coup, on est venus. J’imaginais que ce serait très bien, mais ça a été encore mieux que ce que je pensais et ça nous a définitivement conforté dans cette idée. Il n’y a pas eu besoin de nous convaincre davantage."

Tout le monde va dire: "C’est génial"

Cette nouveauté s’inscrit dans la lignée du grand travail de dépoussiérage entrepris depuis de nombreuses année par les organisateurs de l’épreuve. La liste est longue. 2012, introduction du col jurassien du Grand Colombier, qui sera encore au menu en 2020, en guise d’arrivée de la 15e étape. La même année: première arrivée à la Planche des Belles Filles, qui selon la rumeur pourrait accueillir l’été prochain un contre-la-montre individuel la veille de l’arrivée du Tour. 2015, les Lacets de Montvernier. 2018, passage sur le très rocailleux plateau des Glières, haut lieu de la résistance autrefois, et devenu paradis pour vététistes. 2019, arrivée inédite au Prat d’Albis, au-dessus de Foix… 

"Il y’a la volonté de respecter les mythes qui ont fait la légende du Tour, comme le Galibier, le Tourmalet, mais aussi d’aller dans des endroits qui seront demain des incontournables, professe Christian Prudhomme. Je ne sais pas si le col de la Loze manquait au vélo, mais la certitude, c’est qu’une fois l’étape passée tout le monde va dire: c’est génial. Vous avez là une sorte de trésor. Il n’y a pas d’autres cols comme ça. On va attendre juillet prochain, mais ça a tout pour devenir un grand rendez-vous du Tour dans les décennies à venir."

Les coureurs, eux, auront tout intérêt à venir au printemps reconnaître cette arrivée inédite. Car même sous l’œil bienveillant du Mont-Blanc, ils devront parfaitement gérer leurs efforts pour arriver en haut en entier. "Même les coureurs du Tour de l’Avenir rappelaient cet été que c’était quelque chose qu’on ne connait pas", conclut Christian Prudhomme.

Arnaud Souque