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Tour de France 2024: "J'assume les Grands Départs à l'étranger", lance Prudhomme après le choix de l'Italie

Le départ du Tour de France 2024 aura bien lieu à Florence. C’est la première fois de l’histoire que la Grande Boucle partira d’Italie, 100 ans pile après qu’Ottavio Bottecchia fut le premier coureur transalpin à inscrire son nom au palmarès du Tour. Christian Prudhomme, le patron de la course a répondu aux questions de RMC Sport et explique son choix.  

Christian, le Tour de France 2024 partira, pour la première fois de l’histoire d’Italie, racontez-nous…

Depuis 1954, le Tour de France est très souvent parti de l’étranger, ce sera le 26e Grand Départ de l’étranger mais en effet, jamais d’Italie, ce qui peut ressembler à une anomalie. La ville de Florence était candidate il y a une douzaine d’années déjà, nous avions été tout près de dire oui. Et en 2012, Bradley Wiggins devient le premier Anglais vainqueur du Tour de France, il y avait aussi une candidature de l’Ecosse et du Yorkshire et nous avons choisi de faire un Grand Départ au plus près de la première victoire d’un coureur anglais. On avait essayé de déplacer Florence à l’année suivante mais ça n’avait pas marché. Et puis pendant la pandémie, fin mars 2020, j’ai reçu un message du maire de Florence accompagné d’une photo de la ville, écrivant 'Florence belle et déserte, je rêve toujours du Tour. Quand la pandémie sera finie, parlons-nous", et c’est reparti comme ça. Avec l’aide de la région d’à côté, l’Emilie Romagne dont le président avait sauvé les championnats du Monde de cyclisme 2020 qui devaient se dérouler en Suisse. Voilà comme ça s’est fait.  

3 étapes en Italie, d’au moins 200 km, elles sont destinées à quels profils de coureurs ?  

Il y en aura pour tous les gouts, départ de Florence le 29 juin 2024. L’une des plus belles villes d’Italie, du monde, au patrimoine très riche. Ce sera une étape de moyenne montagne, voire de montagne, rarissime pour une première étape du Tour de France. 3700 mètres de dénivelé, on n’a pas cherché à durcir, c’est simplement parce qu’on passe par la chaine des Apennins pour aller jusqu’à l’Adriatique, jusqu’à Rimini en passant par un nouvel état, où le Tour de France n’était jamais passé: petit état Saint Marin. Une étape de 206km avec 7 ascensions où le peloton n’arrivera assurément pas groupé. Le lendemain, départ de Cesenatico, la commune de Marco Pantani, jusqu’à Bologne avec une étape tipée pour les puncheurs, avec le franchissement à 2 reprises du mur de San Luca, comparable au Mur de Huy en Belgique, à 15, 17, 18%, où l’on verra clairement les favoris du Tour de France épaule contre épaule. Pour la 3e étape, on quittera l’Emilie Romagne, qu’on va donc traverser d’est en ouest, pour passer dans la région du Piémont et une étape de plaine à Turin, souvenirs récents de champions mais dans le domaine du foot.  

Le passage par Cesenatico et Rimini, c’est un hommage nécessaire à Marco Pantani, mort en 2004 ?  

Il y a un hommage à tous les champions qui ont fait la grandeur du cyclisme italien et du Tour de France. D’Ottavio Bottecchia, premier italien vainqueur du Tour, jusqu’à Vincenzo Nibali qui a gagné en 2014, en passant par le "le campionissimo" Fausto Coppi, par Gino Bartali, Gino le Pieux, juste parmi les nations pour tout ce qu’il a fait pour sauver les juifs pendant la guerre et en passant aussi par le village de Marco Pantani. Quelques soient les dérives qui ont pu exister, il fait partie de cette histoire-là et est toujours adulé par de nombreuses personnes, donc on n’a pas voulu faire comme si rien n’avait existé. C’est l’histoire du cyclisme transalpin et du Tour de France.  

Comment on construit un Tour de France au départ de Florence, avec une arrivée à Nice, tout en satisfaisant le Grand-Ouest absent du circuit depuis 2 ans?

En 2019, pour le centenaire du maillot jaune, on était partis de Bruxelles pour rendre hommage au plus grand champion du cyclisme, à ce jour encore Eddy Merckx et on n’était pas allés en ligne directe de Bruxelles à Paris, ça aurait été encore plus court que Florence – Nice. Je vous confirme qu’on va bien faire une épreuve de 3 semaines, on va rentrer en France après les 3 premières journées en Italie. On ne ressortira sans doute pas de France. Mais le parcours du Tour, vous le découvrirez comme chaque année fin Octobre, lors d’une présentation au Palais des congrès à Paris.  

Que répondez-vous aux critiques concernant le 3e départ consécutif depuis l’étranger ?

Je réponds 3 choses. D’abord, j’assume et je revendique les Grands Départs à l’étranger. C’est l’intérêt du Tour, c’est l’intérêt de la France, il n’y a qu’à voir le succès populaire absolument phénoménal de Copenhague l’année dernière. Ces critiques-là existent avant que le Grand Départ ne débute, et quand ça a commencé et qu’on voit le succès, les gens arrêtent. Ensuite, il ne vous a pas échappé que 2024, ce sont les Jeux à Paris, les forces de l’ordre et les services de l’Etat auront une tache très importante à accomplir, seront énormément sollicités. On a besoin d’eux absolument, donc qu’on soit un peu moins longtemps en France est plutôt un gage de réussite. Enfin, ce n’était pas le calendrier initial puisque la Bretagne et le Danemark ont été inversés à cause de la pandémie. Mais j’assume et je revendique les Grands Départs à l’étranger dès lors qu’il y a ces grandes villes étrangères mais aussi des petites communes, Castelnau-Magnoac, chez Antoine Dupont le capitaine du XV de France l’été dernier par exemple. Pour moi c’est ça le Tour de France. Etre sur la carte du Tour, c’est ça qui donne de la fierté.  

A l’avenir, êtes-vous ouvert à des départs plus lointains ?  

Le dogme c’est qu’il n’y en a pas. Je dis souvent que si un pays comme la Belgique, cœur du cyclisme, était à 20 000km de Paris et qu’un moyen de transport pouvait y arriver en 2 heures, il ne faudrait pas hésiter. Maintenant, il faut qu’il y ait une raison sportive, des champions, des courses qui nous font rêver depuis des dizaines d’années. J’aime trop le Tour pour considérer qu’il a commencé il y a 15 ans. On essaye de faire des choses nouvelles mais avec le respect des anciens.  

Maria Azé