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Tour de Suisse: "Des équipes ont relâché la pression" à propos du Covid, avoue Cédric Vasseur

Après le retrait des équipes Emirates, Bahrain-Victorious et Alpecin-Fenix du Tour de Suisse en raison de plusieurs cas positifs au Covid-19, Cédric Vasseur, le manager général de la Cofidis, tire la sonnette d'alarme et assure que certaines équipes ont relâché la pression sur le protocole sanitaire.

Quelle est votre réaction après l’hécatombe du jour au départ du Tour de Suisse ?

C'est foudroyant. Avoir autant de coureurs positifs sur les routes du Tour de Suisse, ça laisse aussi penser qu'il y a des membres du staff des équipes qui sont aussi potentiellement positives et qui peuvent contaminer. Et on sait très bien qu’être en contact avec le virus du covid aujourd'hui, ça peut malheureusement inclure un test PCR positif pendant des semaines, parfois trois semaines. Donc un coureur qui aujourd'hui est positif, je prends le cas par exemple de Vlasov, et bien il est possible que dans quinze jours, au moment où il va devoir présenter à l'UCI un test PCR négatif de moins de 72 ou 48h, il soit positif alors que lui n'a même plus de symptômes. Mais selon la réglementation, si tu as un test positif, tu ne peux pas prendre le départ du Tour. Et là, c'est la vraie inquiétude.

Il y a danger pour le Tour de France ?

A partir de maintenant, tous ceux qui sont au contact du Covid sont potentiellement des profils à risque pour être exclus du départ du Tour de France. Bien sûr, je pense qu'aujourd'hui, là où on est le plus en sécurité, c'est sur une course cycliste. On sait que toutes les personnes qui prennent le départ, donc les coureurs et tout le staff qui les accompagnent, sont négatifs. Donc c'est quand même un premier filtre très important. Après, évidemment, on est au contact de personnes dans les hôtels, on est au contact de personnes sur les zones de départs, de temps en temps sur les zones d'arrivées. Et ça, on ne peut rien faire. Ou alors il faut vivre dans une bulle. Parce que se retirer aujourd'hui du Tour de Suisse sous prétexte de dire c'est pour protéger mes coureurs de ne pas être positif ce n’est pas une solution. Il suffit qu'un coureur rentre chez lui, que sa femme au travail était au contact d'une personne positive et il peut l'attraper. Il y a beaucoup de coureurs qui ont aussi des enfants qui sont toujours scolarisés. Et ces enfants ils peuvent transmettre à leurs parents. La vraie mauvaise nouvelle dans tout ça, c'est tout simplement qu'il y a une reprise des cas positifs qui se sont manifestés quand même déjà dans la population normale. Et immanquablement, ça a un impact dans le peloton cycliste.

Quelles sont les mesures à prendre selon-vous ?

A partir du moment où on est tous vaccinés, on est tous aujourd'hui mieux armés pour lutter contre les cas graves. Mais la première des mesures c'est de tester. Et il y a beaucoup d'équipes qui ont relâché la pression cette saison parce que ça coûte cher, parce qu'ils se sont dit ce n'est plus nécessaire. On est vaccinés, donc on va sur les courses sans tester. La seule obligation aujourd'hui des équipes, c'est de faire un test PCR quand on est sur une course UCI World Tour de plus de sept jours. Ça veut dire que tu peux prendre le départ d'une classique Liège-Bastogne-Liège, Paris-Roubaix ou Milan-San Remo sans avoir un test et il y a des équipes qui l'ont fait, évidemment. Et donc je pense que s'il y a un premier filtre qui est fait avant d'arriver sur le lieu de compétition, c'est une sécurité. Parce que si on a un nombre important de cas positifs dans le peloton, ça veut forcément dire que le covid vient du peloton.

A l’image de la société, le milieu du vélo a pensé que l’épidémie était derrière nous ?

Je pense qu'on ne doit pas jeter la pierre ni aux organisateurs, ni à l'UCI, ni à personne. On a vu qu'autour de nous, tout le monde a un peu levé la garde au niveau des masques, au niveau des tests, au niveau des gestes barrières. En ce qui nous concerne, on doit essayer de mettre un peu plus de filtres. Parce que si à la première journée de repos du Tour de France à Morzine, on a 35 coureurs positifs, c'est une catastrophe. Aujourd'hui, on peut avoir un mec en maillot jaune à Morzine, dont le tour s'arrête. Et là, je vous laisse imaginer l'explosion parce que c'est le Tour de France et une caisse de résonance qui est largement supérieure au Tour de Suisse.

ASO doit resserrer la vis ?

Je pense que la situation sanitaire actuelle sur le Tour de Suisse va obliger ASO, l'organisateur du Tour de France, à probablement revoir sa copie et peut être à augmenter le niveau de vigilance. Maintenant, peut être que simplement l'obligation de porter un masque est suffisant. C'est aux spécialistes de se positionner.

Votre équipe va également relever le niveau de vigilance ?

On avait une réunion prévue mardi et je pense qu'on va peut-être l'avancer. On va voir un peu l'état de la situation. On est quand même sur trois fronts actuellement, en Belgique, en Occitanie et en Suisse. Pour l'instant je touche du bois mais on ne peut pas se dire voilà, nous on teste et donc on ne sera jamais positif. S’il suffisait uniquement de tester pour ne pas être positif, ça se saurait et on l'obligerait. Il va falloir pour le bien des coureurs essayer de remettre en place des mesures assez rigides et strictes pour limiter au maximum le risque de contamination à une semaine du Tour de France. On ne peut pas dire à un coureur ne dormez plus avec votre épouse et allez dormir à l'hôtel.

Mais on peut conseiller quand même aux coureurs de faire des autotests de toutes les personnes qui sont dans leur entourage. Et si jamais une personne était positive de lui demander vraiment de mettre un masque pour ne pas contaminer. C'est notre département médical qui va prendre la décision. J'ai une réunion avec eux, on va voir quelles stratégies on met en place.

Propos recueillis par Pierre-Yves Leroux