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Après les malaises de Lopes et d'Ospina, l'avertissement d’un neurologue sur les commotions cérébrales

Anthony Lopes est sorti sonné contre le Barça, après être d'abord revenu sur le terrain lors de ce huitième de finale retour de Ligue des champions.

Anthony Lopes est sorti sonné contre le Barça, après être d'abord revenu sur le terrain lors de ce huitième de finale retour de Ligue des champions. - AFP

Après la gestion étonnante des malaises d’Anthony Lopes (avec Lyon contre le Barça) et de David Ospina (avec Naples contre Udinese), restés sur le terrain malgré un choc frontal à la tête, le neurologue Jean-François Chermann, expert auprès de la Ligue 1, alerte sur la nécessité d’interdire le retour au jeu après de tels chocs. Pour mieux prévenir les commotions cérébrales.

Pourriez-vous définir une commotion cérébrale?

La commotion est l’altération des fonctions neurologiques (équilibre, mémoire...) à la suite d’un impact transmis au cerveau. C’est aussi simple que ça. Cela peut entraîner une perte de connaissance mais c'est relativement rare. Le KO que tout le monde connaît n’est pas quelque chose de très fréquent, donc il faut penser qu’il y a d’autres manifestations de la commotion. Et, dans ces cas-là, il faut faire très attention, car ce n’est pas parce qu’il y a perte de connaissance que c’est plus grave, c’est ça qu’il faut comprendre.

En plein match, que faire quand le joueur a envie de revenir sur le terrain après un choc?

C’est normal qu'ils en aient envie, car ils ont une perturbation du lobe frontal (la partie du cerveau au niveau du front). Donc ils n’ont pas envie de sortir, ils méconnaissent ce qu’ils ont comme problème et donc ils s’opposent à la sortie, mais ce n’est pas à eux de décider. C’est au médecin de prendre la décision qu’il sorte. Il n’a pas à demander au joueur s’il a envie de sortir. Il sort, point, c’est tout, c’est comme ça. Il n’y a pas à discuter, le joueur doit sortir.

Une fois hors du terrain, comment se déroule le suivi d’un joueur commotionné?

On fait des tests de mémoire, des tests d’équilibre et, avec ces tests-là, on voit comment suivre le patient. Le neurologue voit le commotionné 48 heures après le choc pour voir s’il pourra jouer ou non le week-end suivant. La première question est là. Soit il reste des signes et il n’est pas question qu’il pense pouvoir rejouer, soit il va très bien, les signes n’ont duré que quelques heures, et il va recommencer le protocole de la reprise par paliers. On le revoit alors pour être sûr que tout va bien six jours plus tard.

Quelles dispositions ont été prises à l’échelle de la Ligue 1?

On a mis en place un symposium (réunion d'experts) avec Emmanuel Ohrant, le médecin technique de la FFF, dans lequel on forme des neurologues ou des neurochirurgiens qui sont des chefs de service de différents hôpitaux français. Car, le but du jeu, c'est que ces gens qui sont intéressés par le football puissent recevoir des joueurs 48 heures après la blessure.

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C’est la première année qu’on a mis en place ces choses-là, on a commencé depuis le début de la saison. En juin 2018, on a mis en place un symposium et on va en refaire un pour continuer à former d’autres experts régionaux. Pour mettre en place une consultation avec quelqu’un d’indépendant du club, qui sera un neurologue. Je ne voulais pas du tout que ce soit le médecin du club qui puisse prendre la décision. Je pense que c’est très mauvais parce que le médecin du club a la pression du joueur, la pression de l’entraîneur et donc il n’est pas indépendant.

Quelle est l'orientation principale de votre mission aujourd’hui?

Je pense qu’il faut continuer à bien sensibiliser les clubs sur les commotions. Le problème de la commotion, c’est quand on reste sur le terrain (ce qui a été le cas pour Anthony Lopes avec Lyon contre le Barça, et de David Ospina avec le Napoli contre Udinese). La commotion en soi n’est pas grave. Ce qui est grave c’est quand un joueur a fait une commotion et qu’il reste sur le terrain et qu’il peut prendre un second impact.

Pour plusieurs raisons, soit parce qu’il est jeune et qu'il peut alors avoir un syndrome de second impact, heureusement rarissime. Ce syndrome peut provoquer la mort ou des séquelles présentes à vie. L’autre chose, c’est que si on reprend une nouvelle commotion rapidement, on va avoir un syndrome commotionnel prolongé. Au lieu d’avoir mal à la tête 24 heures ou 48 heures, on va avoir mal à la tête pendant deux ou trois semaines, donc il faut surtout sortir. Il faut absolument sensibiliser les coachs, les médecins et les joueurs afin de leur expliquer que, quand on a une commotion, il faut surtout sortir.

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Dernière chose, si on reste sur le terrain et qu’on continue à jouer, à ce moment-là, on a un risque très augmenté d’une blessure qui n’a rien à voir avec la commotion: un croisé ou une fracture. On augmente le risque de blessure quand on a encore des stigmates de la commotion. Parce qu’on est moins rapide, on n’a pas les mêmes réflexes, on ne se place pas de la même manière et on n’a pas les mêmes repères. Alors que si on sort tout de suite, ça va être beaucoup mieux. Je pense que le message principal est là. Ce n’est pas tant la prévention primaire mais la prévention secondaire. Vous avez une commotion, vous sortez tout de suite.

Florian Perrier