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Ribéry : « Certains voulaient m’abattre… »

Franck Ribéry

Franck Ribéry - -

Invité exceptionnel ce mardi de Luis Attaque sur RMC, Franck Ribéry est revenu sur son aventure au Bayern, ses objectifs avec le club bavarois mais aussi avec l’équipe de France, qui occupe une place à part. Sans langue de bois, il évoque également Knysna, Nasri, Gourcuff et la jeune génération.

Le Bayern Munich
« Je pense de plus en plus finir ma carrière ici. J’ai presque 30 ans, trois enfants, les cheveux gris qui commencent… (rires) Il y a 3 ans, j’avais tous les clubs qui étaient intéressés : Manchester, le Real, Chelsea. Ca flatte, mais avec le recul, je suis très content d’être resté. C’est un très grand club, Rummenigge, Hoeness sont des grands messieurs. Ils m’ont toujours soutenu, même dans les moments difficiles. Quand je suis arrivé, j’ai fait deux bonnes années. Avec Van Gaal, ça a été très compliqué. Ils ont toujours été derrière moi. Au fond d’eux, ils sont contents parce que je suis revenu à mon meilleur niveau. Je suis quelqu’un d’affectif. J’ai besoin de me sentir soutenu. Quand il y a la confiance, je fais le maximum. Je suis loin (sic), je me sens léger, libéré. Je m’éclate, en fait. Quand je tire un corner ou un coup franc, j’entends les supporteurs qui chantent mon nom, c’est exceptionnel. J’ai été élu meilleur joueur de la phase aller. Ils me connaissent très bien, ça fait six ans maintenant. Pendant deux ans, ça a été très dur de ne rien gagner pour le club. Cette année, on a bien démarré. Il faut gagner ce titre absolument parce qu’on en a besoin. »

La Ligue des champions
« En Ligue des champions, on a eu un tirage pas facile face à Arsenal, parce que même s’ils sont en difficulté en championnat, ça reste une bonne équipe qui joue très bien au ballon. Je suis très content de voir l’arrivée de Pep Guardiola. Il dégage quelque chose. C’est une bonne personne, j’en ai discuté avec Eric Abidal. C’est un très grand entraineur, on a vu ce qu’il a fait à Barcelone, même s’il avait de grands joueurs. On en est conscient aussi. S’il vient ici, ça prouve que le Bayern est un grand club et c’est pour réussir à faire quelque chose de bien, avec d’autres joueurs. Je pense qu’on peut faire quelque chose avec lui. Il connait le club. Il était venu avec l’équipe s’entrainer, il avait visité les installations. Les gens savent que le Bayern peut faire venir n’importe qui. »

L’Allemagne
« Je me débrouille en allemand, et j’aime bien. C’est devenu naturel. Quand je suis arrivé, il y avait Luca Toni et le kiné, un Italien, on était trois à prendre des cours, mais ce n’était pas des cours, c’était un bordel ! Ça a duré deux mois. Quatre ans plus tard Luca, il ne savait pas dire un mot. C’est un pays qui m’a adopté. Mais contre l’Allemagne (le 6 février à 21h au Stade de France, ndlr), je joue pour la France, je joue pour ce maillot bleu. Je vais avoir le petit Lahm sur le côté, mais il va « goûter » ! On est à la maison, on va se faire respecter (rires). Non, mais ça joue très bien dans cette équipe d’Allemagne. Ils se connaissent très bien, c’est souvent les mêmes joueurs. C’est une grande nation qui va toujours loin dans les grandes compétitions. C’est une équipe qui aime le ballon, mais qui laisse aussi beaucoup d’espaces. On peut les prendre en contre. En championnat, même les équipes qui jouent le maintien, elles vont attaquer même si elles vont en prendre quatre ou cinq. J’apprécie chaque week-end, c’est comme une fête. Il n’y a que des beaux stades. Quand je les ai battus (2-1, en amical le 29 février 2012, ndlr), ils ne m’ont rien dit. Ils n’aiment pas perdre. Je suis allé manger avec eux. J’avais l’impression qu’ils voulaient me dégager de la table (rires). Mais je n’ai jamais eu de remarques négatives, au contraire. Je m’entends bien avec tout le monde. Sur le terrain, on se comprend rapidement avec Kroos. Celui qui m’impressionne le plus, c’est Neuer. Au Mondial 2006, c’est là qu’Uli Hoeness m’a voulu absolument. Il me connaissait déjà de Marseille parce qu’il était proche de M. Dreyfus. C’est à ce moment-là qu’il se passe un truc avec l’Allemagne. »

Les Bleus
« L’équipe de France, ça reste spécial. A chaque match, j’ai envie de faire quelque chose. J’ai envie de gagner un titre. En 2006, on devait la gagner. L’Italie n’attendait que d’aller aux penalties. C’est dommage. J’étais peut-être insouciant, pour moi le kif, c’était de jouer en équipe de France avec de grands joueurs comme Zidane. Ça reste peut-être ma meilleure compétition. Ça a été très difficile à une époque, j’étais crispé, angoissé quand j’allais en France, avant d’arriver à Clairefontaine. Je me demandais ce qui allait se dire, ce qui allait arriver. Aujourd’hui, c’est mieux, c’est rentré dans l’ordre. Je crois qu’il y a eu un déclic lors des trois matches amicaux avant l’Euro. J’ai retrouvé mon jeu, je n’étais plus crispé. Je pense que j’ai fait un Euro positif. Je comprends la déception des supporteurs. Mais à un moment donné, on a mélangé le sportif et le privé. J’ai ressenti de la méchanceté. Ça a été très dur, je ne suis pas seul. J’ai ma famille, j’ai mes parents. Ils ont souffert. Je venais, je ne pensais pas au foot. C’était comme si j’avais des comptes à rendre. Je n’ai rien dit, mais je comptais revenir. Depuis un an et demi, j’ai retrouvé mon meilleur niveau. Je n’ai plus trop la motivation pour aller chercher le Ballon d’Or comme je l’ai eue à une époque, mais j’ai retrouvé le plaisir de jouer, et d’être bien en équipe de France. »

L’amour du maillot tricolore
« C’est un bonheur que de pouvoir porter ce maillot. La France, c’est une grande nation. J’ai parfois l’impression que certains considèrent l’équipe de France comme une équipe comme une autre. Ils se disent « Je viens, je ne viens pas, c’est pareil ». Pour moi, ce n’est pas ça. Tant que je pourrai aller plus loin, tant que je peux pourrai prendre des sélections, je le ferai. J’ai toujours envie. Laurent Blanc m’a beaucoup aidé, pareil pour Jean-Louis Gasset (adjoint de Blanc, ndlr), ça a été des gens exceptionnels pour moi. Je sais que mon retour en équipe de France n’a pas été évident pour eux. Je ne l’oublierai jamais. Deschamps, je sais qu’il me donne aussi sa confiance, qu’il compte sur moi. Avec Karim Benzema, on a plus de pression, il ne faut pas qu’on se rate. On en a envie, on en discute sur le terrain ou dans la chambre à Clairefontaine. Quand on joue, il y onze joueurs, on ne pense pas qu’à nous deux. Il y a un bon groupe. On l’a vu contre l’Espagne (1-1), en deuxième période, on avait la ‘dalle’. Ensuite, on a fait un bon résultat en Italie (1-2). On peut terminer premiers du groupe. On peut battre l’Espagne. A partir du moment où on fait notre jeu, il faut les attaquer. Il ne faut pas avoir peur comme on l’a fait pendant les trente premières minutes. Si on les gagne, on ira au Brésil. On n’a pas le droit de ne pas aller à la Coupe du monde. C’est le Brésil. C’est le pays du foot. Qui ne rêve pas d’aller là-bas ? »

Ben Arfa, Nasri et la génération montante
« Hatem Ben Arfa, je ne le connais pas très bien, mais il a beaucoup de qualités. Samir Nasri est un très bon joueur, on va le revoir en équipe de France. Il a besoin de retrouver un peu la confiance. Je le connais de Marseille, c’était comme mon petit frère. Je parle avec lui, on s’appelle, il a envie d’être en équipe de France. Il connait des blessures à Manchester City, il a envie de jouer, d’être au top comme il l’était à Arsenal. J’étais dans sa situation. A un moment, il n’a plus pensé au foot, il pensait à régler ses problèmes. C’est ce qu’il s’est passé à l’Euro. Par rapport à 2006 quand je suis arrivé, les jeunes ont peut-être moins de respect. Ils se sentent faciles (sic). Il faut être bien entouré. »

Le Mondial 2010 et le fiasco de Knysna
« En 2010 à Knysna, j’aurais pu m’exprimer, mais je sortais d’une situation très difficile, j’avais mon problème privé (affaire Zahia, ndlr). Je suis allé à la Coupe du monde avec la volonté de réussir, en croyant que ça allait tout changer. On a tous fait la même erreur. Personne n’a su dire stop. On en a trop dit sur Evra, Ribéry, Anelka. L’histoire avec Gourcuff, par exemple… Knysna n’a pas été le fait de trois joueurs, tout le monde était concerné. Certains journalistes m’aiment, d’autres ne m’aiment pas. Mais là, ils voulaient m’abattre. C’était de la rage. Ils se sont dit ‘Celui-là il est fond du trou, il ne va jamais revenir’. Mais je suis là. Ce qui me rend heureux, c’est que je suis revenu à mon meilleur niveau, et que j’ai retrouvé le sourire en équipe de France. »

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