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Rumilly-Monaco: "La Coupe de France ne nous retournera pas la tête", promet le président du GFA

Rumilly-Vallières (National 2) poursuit son rêve en Coupe de France, ce jeudi (21h15) avec une demi-finale de prestige face à Monaco. Luc Chabert, l’un des quatre présidents du GFA, estime que la destinée du club n'est pas de changer de statut.

Vous avez cinq contrats fédéraux, dans votre groupe, mais tous les autres ont un travail et sont de "vrais" amateurs. Pourquoi?

C’est important que les joueurs vivent "normalement" à côté. Et nous n’allons surtout pas changer cela. Nous sommes avant tout un club amateur qui entend le rester. C‘est un équilibre à avoir. Notre devoir, c’est aussi d’un club comme le nôtre, de faire la transition et les préparer dans les meilleures conditions.

La manne à venir de la Coupe de France (587 500 euros de dotations déjà encaissées pour un budget annuel en saison normale de 850 000 euros) va-t-elle vous faire changer de monde?

Nous ne sommes pas voués à foncer vers le professionnalisme. Et ce n’est pas avec l’argent de cette Coupe de France que nous allons changer de philosophie. Nous allons d’abord, refaire nos fonds propres. La National 2 doit aussi trouver son équilibre dans tout cela. Nous sommes des privilégiés. Et la Coupe de France ne nous retournera pas la tête: nous allons gérer en bon père de famille. C’est la gestion de l’argent, des hommes, de l’engouement et par le monde professionnel qui n’est pas loin. Il faut qu’on garde l’état d’esprit. Nous venons d’arriver en National 2. L’idée, c’est d’investir progressivement dans les jeunes, les éducateurs et l’école de foot. Nous devons aussi avoir une équipe "fanion", qui est la vitrine que nous allons un peu consolider. Nous sommes un club jeune aussi, il ne faut pas l’oublier et cet argent va nous permettre de conforter quelques postes dans la structure pour préparer l’avenir.

Fatsah Amghar, votre entraîneur parle d’un privilège "sportif" à jouer en cette année de pandémie et une saison qui s’est arrêtée en octobre pour les clubs de votre niveau. Pour les dirigeants aussi, c’est un privilège "économique" de pouvoir avoir des rentrées d’argent en cette année sans?

Oui, mais aussi humain, car nous sommes d’abord chanceux de vivre une période avec des émotions, des matches, de la magie. Il faut savourer tout cela. Le gros regret de notre aventure, ce sera aussi l’absence de partage avec le public. Il faut savourer. Et comptez sur nous, les dirigeants pour que les joueurs restent amateurs l’an prochain. Le projet, c’est de jouer avec des jeunes des deux départements savoyards. Qu’il y ait un ou deux "cadres" d’expérience, on ne se l’interdit pas.

Quelles sont les valeurs?

C’est le groupe. Nous regardons l’homme et l’humain, ce qui nous a permis de passer dans cette année d’arrêt de championnat puis de reprise puis désormais d’épopée en Coupe de France. Il ne faudra surtout pas l’abandonner.

Le maillot de Rumilly-Vallières au marché de Rungis
Le maillot de Rumilly-Vallières au marché de Rungis © DR

A Rumilly-Vallières, on semble fier car "vous avez mis le territoire sur la carte de France" entend-t-on?

Oui, il y a de la fierté. Nous avons même affiché le maillot du club au MIN (marché d’intérêt national) de Rungis il y a 10 jours. C’est un joli symbole par rapport à nos produits de montagne. Tout le monde est mobilisé.

La fusion de deux clubs dans un territoire de 17 communes fonctionne. Mais pourquoi cela marche?

C’est une histoire d’hommes qui se sont entendus en apprenant à se connaître. Il faut aller au-delà des querelles de clocher. Le poids des ans… Au début, ce n’était pas facile à faire comprendre, notamment à nos pères qui étaient aussi dirigeants des clubs en leur temps. Quand on a expliqué cela aux anciens, cela n’a pas été simple. Ils nous évoquaient l’amour du village, du maillot, du club. Volontairement, nous avons changé de nom et de couleurs! Une nouvelle ère s’ouvrait dans un territoire où les jeunes doivent être accompagnés.

Et vous préparez une demi-finale de Coupe de France…

(Il coupe) Si on m’avait dit cela un jour… Incroyable. Cela se prépare avec nos moyens et en gardant la tête sur les épaules. Il faut partager avec les supporters, malheureusement ce n’est que sur les réseaux sociaux.

La période aussi vous pousse à être un porte-drapeau du foot amateur, qui n’a aucun match, non?

Nous y tenons! C’est le cœur de notre projet, le foot amateur. Là, avec Stéphane, on est au cœur d’une fromagerie où travaille un joueur. C’est l’image de nos valeurs et nous allons défendre, cela devant Monaco. C’est cela qui nous donne ce supplément d’âme, de forces et de cœur dans les matches, je crois. Et cela nous accompagnera ce jeudi où le seul regret, c’est quand même de ne pas pouvoir partager avec nos supporters. C’est le vrai bémol de la période. Et comme le reste, cela restera gravé.

Edward Jay