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Jouanno : « Nicolas Sarkozy était très favorable au Qatar »

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno - -

Ministre de la Jeunesse et des Sports au moment de l’attribution de la Coupe du monde du monde de football 2022, Chantal Jouanno est revenue sur les supposées pressions de la France pour permettre au Qatar d’accueillir la prestigieuse compétition.

Le président de la FIFA, Sepp Blatter a déclaré que la France et l'Allemagne avaient fait pression pour que la Coupe du Monde 2022 soit attribuée au Qatar. A l'époque (fin 2010, ndlr), vous étiez ministre de la Jeunesse et des Sports. Confirmez-vous l

Très honnêtement je ne peux pas la confirmer. Je n’ai pas été dans ces sphères d’influence. Je sais que le président (Nicolas Sarkozy, ndlr) y était favorable car il estimait que le football était justement un moyen d’ouverture et qu’il n’y avait pas de raison pour qu’il soit tout le temps cantonné dans les pays du nord ou dans certaines zones de la planète. Mais sorti de cela, très honnêtement, je n’en sais pas plus. Moi je n’étais pas très favorable à ce que le Qatar accueille la Coupe du Monde de foot. Je dois donc avouer que je n’étais de toute façon pas dans la confidence.

Il ne s'agit pas de pression, mais plutôt d'une préférence du président Sarkozy ?

De toute façon je ne vois pas trop comment nous aurions vraiment pu faire pression. Mais ce qui est certain c’est que le président Nicolas Sarkozy y était très favorable. Il l’avait d’ailleurs très clairement dit dans la mesure où, pour lui, on avait souvent une vision du football qui ne pouvait être joué que dans des pays historiquement amateurs et pratiquants de football et que justement il fallait dans l’esprit du sport sortir des frontières de ces pays.

Les médias, dont France Football qui a révélé l

On a très souvent entendu parler de cette réunion, notamment par la presse. Moi, en tant que ministre des Sports, je n’y étais pas et je n’en ai pas du tout été informé. Mais connaissant mes réserves sur ces sujets, ce n’était pas très étonnant que je ne sois pas dans la boucle.

« La FIFA est un monde qui vit complètement part »

Quel en serait ensuite pour nous le retour ? Honnêtement, on fait toujours des procès d’intention aux uns et aux autres… Le Qatar accueille la Coupe du monde de football, très bien. Quel est le retour pour la France ? C’est toujours un peu tiré par les cheveux ces affaires. On cherche toujours la petite bête partout. Dès qu’on soutient un autre pays, on est suspecté d’avoir des intentions malveillantes.

Ces déclarations de Sepp Blatter sont tout de même surprenantes puisqu'il sous-entend que la FIFA, l'institution qu'il dirige, n'est pas totalement indépendante. L'avez-vous ressenti ?

Je n’avais pas tellement de relation avec la FIFA. C’est un monde qui vit complètement à part. Et effectivement, la FIFA comme le reste du monde du sport, affirme toujours être totalement exempt de toute influence et notamment d’influence économique. Par contre, j’ai travaillé avec le comité international olympique (CIO) qui a des règles déontologiques très strictes. Pourtant, à chaque fois qu’il y a des attributions de Jeux Olympiques, il y a toujours un doute. L’attribution des Jeux Olympiques à la Corée (les JO d’hiver de Pyeongchang en 2018) avait créé beaucoup de doutes.

Sepp Blatter aurait donc dit ce que tout le monde pense tout bas ?

Dans le monde du sport en général, dès lors qu’il y a des grands événements, il y a de l’argent qui circule. Il peut donc y avoir des pressions. Maintenant je ne vois pas comment la France aurait vraiment pu mettre une pression économique. Le Qatar peut vivre sans la France, le Qatar n’a pas besoin de la France. On peut ensuite essayer d’élucubrer assez longuement, mais que le monde du sport soit sensible, voire pourri par l’argent, c’est une évidence et tout particulièrement dans le monde du foot.

Propos recueillis par Pierre Fesnien