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Qatar : les chantiers de l’enfer

Protestations à Londres contre les conditions de travail au Qatar

Protestations à Londres contre les conditions de travail au Qatar - -

Les conditions de vie et de travail des ouvriers sur les sites du Mondial 2022 au Qatar, dénoncées par le Guardian, ont bouleversé la planète foot, qui les condamne et attend désormais une réaction du futur pays hôte.

Les révélations du Guardian ne sont pas passées inaperçues. Elles ont même fait grand bruit, à l’heure où le Qatar cristallise déjà de nombreuses critiques, autant pour le choix de la tenue de son Mondial en plein été que pour les conditions dans lesquelles la Coupe du monde 2022 lui a été attribuée. Ce jeudi, le quotidien britannique dénonçait l’esclavagisme dont sont victimes les ouvriers népalais, impayés, maltraités et aux passeports confisqués, sur les chantiers de construction des sites de la compétition. La même source relatait aussi la mort de 44 d’entre eux, entre le 4 juin et le 8 août, provoquée par des accidents du travail ou des crises cardiaques, conséquences des fortes chaleurs sur les chantiers. Si les autorités locales ont amorcé une enquête, si le Comité suprême Qatar 2022 a confié « considérer la question avec le plus grand sérieux » et si la FIFA a annoncé vouloir « entrer en contact avec les autorités du Qatar », le monde du ballon rond n’a pas tardé à monter au créneau.

Pour s’insurger. « C’est sûr que si les Droits de l’Homme étaient un critère, la Coupe du monde n’aurait pas lieu au Qatar, lâche l’entraîneur de Lorient, Christian Gourcuff. J'ai été au Qatar (2002-2003), je ne suis pas surpris des conditions de travail des travailleurs pakistanais ou népalais. Je les ai vus travailler dans des conditions extrêmes, avec des droits très particuliers. » « Ces droits particuliers » découlent de la Kafala, « un système de parrainage qui régit l’ensemble des pays du Golfe en ce qui concerne l’importation de main d’œuvre étrangère », explique à RMC Sport Nabil Ennasri, auteur du livre « L’énigme du Qatar », dans lequel il raconte et dénonce les conditions de vie des ouvriers immigrés.

« Ces ouvriers, quand ils viennent au Qatar, se voient retirés leurs passeports, explique l’écrivain. Puisque les passeports sont confisqués, on peut avoir des journées de travail à rallonge avec des mauvais traitements qui sont connus depuis longtemps et qui avaient déjà été mis en évidence par un certain nombre d’OGN internationales. » Avant de poursuivre : « Le Qatar a le taux d’étrangers le plus important au niveau mondial. C’est plus de 85 % de la population qui est étrangère. Ce système permet au pays d’importer de la main d’œuvre dans des conditions très dures. Il y a un certain nombre d’efforts qui sont réalisés, mais ils sont modestes vu l’ampleur de la situation et les conditions qui restent jusqu’à aujourd’hui déplorables. »

Ouaddou : « La Coupe du monde de la honte»

Le Qatar, c’est même une « prison à ciel ouvert » pour Abdeslam Ouaddou. Ancien joueur de Rennes et de Nancy, il a joué en 2010 pour le club qatari de Lekhwiya, propriété du Cheikh Al Thani, émir du Qatar et propriétaire du PSG. « C’est de l’esclavage moderne, un scandale humanitaire, dénonce l’ex-international marocain, après avoir vécu un véritable cauchemar là-bas. Il y a des travailleurs qui vont mourir en construisant les stades. Il va y avoir plus de morts que de joueurs qui fouleront les pelouses pour cette fameuse Coupe du monde, que moi je qualifierais de Coupe du monde de la honte, Coupe du monde de l’esclavagisme ou du non-respect des Droits de l’Homme. » Si la FIFA a décidé de réagir, indiquant qu’elle discuterait de cette question « lors de la réunion du comité exécutif les 3 et 4 octobre 2013 à Zurich », le Qatar, lui, se doit de changer rapidement les choses.

« Le Qatar a aujourd’hui un impératif : améliorer son image mais surtout améliorer les conditions misérables de ces ouvriers étrangers, affirme Ennasri. On le voit avec la presse internationale, qui rend de plus en plus compte de ces conditions inacceptables. En termes d’image, le Qatar a beaucoup à perdre. Ce qui est sûr, c’est depuis trois mois et la présence du nouvel émir, le pays semble se réorienter sur un certain nombre de préoccupations intérieures et délaisser sa philosophie d’engagement. On espère désormais que le Qatar s’engagera de manière beaucoup plus résolue dans un assouplissement de ces conditions, pour pouvoir être conforme aux standards internationaux. » Mais rien n’effacera cet été 2013 terriblement meurtrier.

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A.D. avec J.Ri.