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Coupe du monde (qualifs): pourquoi le Luxembourg ne fait plus de complexe

Le but de Sébastien Thill face au Real Madrid la semaine dernière en Ligue des champions a mis un coup de projecteur sur le Luxembourg, opposé à la Serbie ce samedi, au projet de jeu en pleine évolution.

Une reprise du gauche dans la lucarne de Thibaut Courtois à Bernabeu. Sébastien Thill, milieu de terrain du Sheriff Tiraspol, a signé l’un des buts de l’année en Ligue des champions pour un exploit tout aussi retentissant la semaine dernière face au Real Madrid (1-2). Sans complexe, un peu à l’image de sa sélection. Longtemps réduits au rôle de faire-valoir du football européen, les Roud Léiwen (surnom de la sélection) affichent de nets progrès ces dernières saisons. L’équipe de France s’en souvient bien puisqu’elle avait concédé le match nul à Toulouse (0-0), en 2017, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2018.

Un "exploit" qui n’est pas resté sans lendemain. Hormis une fâcheuse défaite en Serbie (4-1), le 4 septembre dernier - adversaire qu'il retrouve ce samedi (20h45) lors des qualifications pour la Coupe du monde 2022 - le Luxembourg signe une année 2021 consistante avec un exploit en Irlande (1-0) et une première mi-temps parfaite face au Portugal (1-0 à la pause), avant de céder face à la bande à Cristiano Ronaldo dans le deuxième acte (1-3). Le tout agrémenté de défaites avec les honneurs en amical contre la Norvège et l’Ecosse (0-1). Un homme se charge de cette évolution: Luc Holtz, le sélectionneur en poste depuis nommé en 2010.

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"On a de l’ambition, on veut aller de l’avant"

"J’ai changé notre philosophie de jeu à 180 degrés, nous confiait-il en mars dernier. Certains m’ont pris pour un fou il y a quelques années. Défendre plus haut, faire un pressing plus haut. Si on trouve un bon équilibre tactique, on peut emmerder pas mal de monde. C’est ce qu’on a fait ces dernières années. Nos objectifs ne vont pas s’amoindrir dans les mois à venir. On a de l’ambition, on veut aller de l’avant, on franchit des paliers."

Il l’a fait par à-coups et les progrès se sont matérialisés par une présence dans le Top 100 du classement Fifa ininterrompue depuis 2017 (année du meilleur classement, 83e, actuellement 98e). "Vouloir tout révolutionner tout de suite, c’est se tirer une balle dans la jambe, poursuit le technicien. J’ai dû y aller doucement parce qu’il y avait des choses en place, plus basées sur un bloc bas, un jeu de transition et ne pas encaisser de buts. J’ai repris ça au début et tout doucement, la philosophie dans la formation a été changée. On a mis beaucoup plus l’accent sur la possession et l’aspect offensif, sans vouloir négliger le côté défensif."

Yvandro Borges Sanches
Yvandro Borges Sanches © ICON Sport

Pour y parvenir, le Duché s’appuie sur quelques joueurs exilés à l’étranger et habitués pour certains au plus haut niveau européen. C’est le cas de Sébastien Thill avec Tiraspol ou de l’ancien Lyonnais Christopher Martins Pereira, lui aussi engagé en Ligue des champions avec les Young Boys Berne. Une compétition que connait également le globe-trotter Gerson Rodrigues, prêté à Troyes cette saison. Ils apportent leur expérience en sélection et inspirent quelques jeunes comme Michael Omosanya (21 ans), nouveau venu, ou le milieu Yvandro Borges Sanches (17 ans), recruté par le Borussia Mönchengladbach cet été et buteur dès sa deuxième sélection face au Qatar (1-1) en septembre dernier.

"La vision des agents a fortement changé"

"Il y a un changement de philosophie au niveau de la formation, confie Holtz. Quand les enfants ont vu que certains joueurs pouvaient s’épanouir à l’étranger, ils ont remarqué qu’il n’y avait qu’un chemin à prendre pour jouer en équipe nationale: celui du professionnalisme. La vision des joueurs luxembourgeois a fort changé ces dernières années. On a joué en Ukraine il y a trois ans. On avait perdu 1-0 mais on avait rivalisé à armes égales. Après ce match, trois joueurs sont partis en Ukraine. La vision des responsables des clubs, des agents, des scouts a fortement changé. On a pu avoir autant de joueurs professionnels, on en veut plus. Si on veut franchir des paliers, ce n’est pas encore suffisant. On sera toujours dépendants des joueurs qui évoluent à Kiev, Berne ou Mayence en Allemagne."

Au pays, un virage a aussi été pris au niveau des infrastructures avec la livraison du flambant neuf stade du Luxembourg (10.000 places) pour remplacer le vétuste stade Josy-Barthel. Promu en Ligue C de la Ligue des nations dès sa première saison, le Luxembourg n’est pas passé loin de monter en Ligue B dès la suivante (2e à 3 points du Monténégro). La marche vers une participation à une première compétition internationale semble, elle, encore trop élevée (3e du groupe A avec 6 points, à 7 longueurs du Portugal et 5 de la Serbie). La faute à un vivier forcément limité dans un Duché qui ne compte que 630.000 habitants. Mais le niveau progresse.

Christopher Martins Pereira face à Cristiano Ronaldo
Christopher Martins Pereira face à Cristiano Ronaldo © AFP

"Après nos matchs en Irlande et contre le Portugal, j’ai reçu beaucoup de messages étrangers, français, portugais, allemand, américains qui saluaient le développement du Luxembourg, confie Holtz, courtisé par certains clubs européens avant de prolonger son contrat jusqu'en 2023. C’est difficile au Luxembourg de vraiment unir tout le monde en raison du fait qu’on soit frontaliers avec l’Allemagne, la France, la Belgique, qui font partie des meilleurs pays au monde. C’est difficile d’enthousiasmer le public mais je note une nette amélioration par rapport aux messages que j’ai reçus. J’espère qu’on pourra emmener tout le monde dans cette direction. "

Nicolas Couet Journaliste RMC Sport