RMC Sport

Deschamps : « Le ciel ne m’est pas tombé sur la tête non plus »

Didier Deschamps

Didier Deschamps - -

Conscient de la jeunesse et de l’inexpérience de son groupe, après le forfait de Franck Ribéry, le sélectionneur français assure avoir les éléments pour remplacer le Munichois. Et jouer un peu différemment.

Didier, l’équipe de France a une moyenne d’âge de 26 ans environ. On dit souvent que les équipes jeunes ne vont pas très loin en Coupe du monde. Qu’en pensez-vous ?

L’expérience est évidemment une donnée importante sur un tournoi final. Après, la jeunesse a aussi ses qualités : l’enthousiasme, la générosité, voire un peu de folie. L’Espagne, l’Allemagne et le Brésil vont démarrer la compétition avec l’objectif de la gagner. Nous, on peut avoir ça dans un coin de la tête. On perd un joueur de classe mondiale, bien évidemment, ce n’est pas la même chose. Mais dès le départ, il y avait beaucoup de jeunes joueurs. Mais il est aussi question de potentiel et d’occasion de leur fournir de l’expérience. Il faut un juste équilibre aussi. Ces grandes nations sont toutes favorites mais elles ont les compteurs avec plus de 50 sélections, voire 100. Ce sont des joueurs qui sont là depuis 6-8 ans. Quand j’ai commencé, lors des qualifications, certains étaient entre 0 et 15. Les compteurs sont encore assez faibles sur la plupart des joueurs.

Est-ce que l’absence de Grenier et de Ribéry peut vous pousser à chercher autre chose ? A Nice contre le Paraguay (1-1), vous aviez fini en 4-2-3-1 avec Grenier dans l’axe…

Ce sont des options, je ne suis pas figé. On a une option, un schéma préférentiel mais à tous moments, on peut être amenés à changer. Selon le score et l’adversaire, je peux faire du poste pour poste sans que ce soit la même chose. Mais oui, évidemment je peux changer en cours de match. Je peux ne pas changer de système mais le profil des joueurs change forcément l’animation. Si on prend l’exemple de Griezmann ou Rémy, ce ne sont pas les mêmes qualités. En termes d’organisation, je peux avoir un peu plus de présence offensive… Il y a différentes options.

Karim Benzema revient de blessure. Y a-t-il encore des doutes à son sujet ?

Aujourd’hui, il n’y en a aucun. Il a fait des entraînements comme les autres, libéré et sans retenue. Son problème de blessure est réglé. Son match de Ligue des champions était il y a quinze jours. Aujourd’hui, il ne l’a plus. 

« Cela ne sert à rien que j’en demande plus à Benzema »

La bonne forme d’Olivier Giroud ne vous incite-t-elle pas à l’associer à Karim Benzema ?
Vous verrez demain (dimanche lors du dernier match de préparation contre la Jamaïque, ndlr). Evidemment que, dans ma réflexion, sur l’animation qu’on a eue sur les deux premiers matches, avec des joueurs différents dans le profil, ce qu’a fait Olivier est très intéressant. Mais ce n’est pas au détriment de Karim. Après, l’idée est d’associer ces qualités-là, sans trop en donner à l’un et tout donner à l’autre. Ils peuvent aussi alterner. J’ai le choix.

Avez-vous eu besoin, hier (vendredi, ndlr), de remobiliser le groupe après les forfaits de Grenier et Ribéry ?

Les joueurs, je les vois toute la journée. Je peux programmer une réunion comme je veux. Mais je passe par le vestiaire à chaque séance d’entrainement, donc je leur parle. Je n’ai pas eu besoin d’attendre hier soir. Le groupe a un objectif, on va faire sans eux. Deux autres nous ont rejoints pour le même objectif.

Ribéry forfait, allez-vous en attendre plus de la part de Karim Benzema ?

Et les autres ? Il ne va pas jouer tout seul. C’est un joueur, lui aussi, de classe mondiale. Cela ne sert à rien que j’en demande plus à Karim, comme cela a pu être le cas lors du dernier Euro… Le fait de chercher à marquer à tout prix fait qu’on peut perdre un peu de naturel, et ce pour n’importe quel joueur. Il faut qu’il joue comme il sait faire et comme il le fait au Real Madrid. Vous connaissez Karim. Il marque, il est très content. Il fait marquer, il est aussi très content. Je veux juste qu’il soit lui-même. Lorsqu’il est en pleine possession de ses moyens, évidemment que c’est un joueur qui tire l’équipe vers le haut.

Comment sentez-vous le groupe avant son dernier match de préparation ?

 Je le sens bien, concentré, appliqué dans le travail. Il y aura une vérité demain. Mais la vérité vraie, c’est dimanche prochain (lors du premier match du Mondial contre le Honduras, ndlr). Je regarde les autres équipes, pas que celles qu’on va affronter. Même si je vais regarder la Suisse ce soir pour leur dernier amical. Mais ce sont des matches de préparation. Il y a toujours des enseignements, beaucoup de changements, comme j’en fais aussi pour répartir le temps de jeu.

« Vous ne connaissez pas le Honduras si bien que ça »

Vous étiez un peu abattu au moment d’annoncer les forfaits de Grenier et Ribéry. Là, on vous sent beaucoup plus souriant. Comment avez-vous fait pour évacuer ?

Je ne me voyais pas arriver et vous annoncer les forfaits de Ribéry et de Grenier avec le sourire. Vous m’auriez pris pour quoi ? Le ciel ne m’est pas tombé sur la tête non plus. C’est dur pour eux, dur pour l’équipe, dur pour moi. Mais les 23 qui sont là, je dois aussi m’en occuper. Après, les événements font que la vie reprend son cours.

Avez-vous dit « au revoir » ou « adieu » à Franck Ribéry ? Comptez-vous sur lui encore pour l’Euro 2016 et est-ce que lui aussi compte là-dessus ?
Ce n’est pas d’actualité. Si vous posez déjà 2016… moi j’ai 2014 avant. Ce que je dis aux joueurs, je n’ai pas l’habitude de vous en parler. On s’est parlé, comme je l’ai fait souvent pendant qu’il était là, comme je le fais souvent avec l’ensemble des joueurs. Même si je n’ai pas les mêmes discussions ni les mêmes mots avec tout le monde.

Qui débutera le Mondial au poste de latéral droit ? Avez-vous encore des doutes à ce poste-là ?
J’en ai onze qui vont débuter. J’ai des concurrences plus ou moins proches à certains postes. Je sais que je peux compter sur Bacary (Sagna) comme sur Mathieu (Debuchy), avec des qualités un peu différentes. Je n’ai pas de doutes mais des réflexions, comme j’en ai sur certains postes aussi.

Un mot sur la Jamaïque. Est-ce le type d’adversaire qui se rapproche le plus de vos trois rivaux en poule, comme le Honduras par exemple ?
Le Honduras, vous ne le connaissez pas si bien que ça. Il y a de la densité mais ça va vite devant : ils ont deux attaquants de pointe… Ils ne pensent pas uniquement à défendre, comme a pu le faire le Paraguay et comme le fera certainement aussi la Jamaïque. Après, s’ils ne sont amenés qu’à défendre, c’est plutôt bon signe pour nous. Ça veut dire qu’on a le ballon et qu’on les oblige à défendre. Mais il y a des joueurs avec de la qualité aussi. Demain, c’est la Jamaïque, une équipe avec pas mal d’agressivité. Mais ils ont quelques bons joueurs aussi capables de ressortir le ballon. C’est le danger quand on fait une attaque-défense : ne pas perdre de sécurité et laisser d’espaces.

Dimanche, vous procéderez encore à plusieurs changements ?
J’en ferai quand même. Pas six et certainement pas à la mi-temps. Je pourrais aussi ménager un ou deux joueurs.

A lire aussi :

>> EN IMAGES : Ribéry et la Coupe du monde, une histoire tourmentée

>> EN VIDEO : les grands absents du Mondial

>> Pourquoi Ribéry va manquer aux Bleus

dossier :

Franck Ribéry

La rédaction