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Deschamps : « Le favori, c’est la Suisse »

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EXCLU RMC SPORT. Invité de Luis Attaque sur RMC, Didier Deschamps a balayé l’actualité des Bleus à quelques mois du Mondial au Brésil. Tirage, liste, image, barrage : le sélectionneur dit tout. Morceaux choisis.

Le barrage retour contre l'Ukraine : la genèse d'un exploit

« Après l’aller, comme les joueurs, j’avais pris un bon coup sur la casquette. On a frôlé la correctionnelle et il fallait digérer ça en peu de temps. On a dû faire l’analyse et le constat, sans pitié. Au-delà du résultat, cela concernait nos insuffisances. Ce premier match, on ne l’a pas fait dans le même état d’esprit que les Ukrainiens. Eux ont fait un match pour se qualifier pour la Coupe du monde. Nous, on a fait un match tranquille, pépère. On s’était fait bouger, défoncer. On a eu peu de temps pour évacuer et reconditionner tout le monde. Je savais qu’on allait répondre présent. Mais de là à imaginer que le scénario du match se passe comme ça… Pour qu’ils se subliment, il fallait faire en sorte que, dans leur tête, ils se disent qu’on allait le faire. Des scénarios comme ça, c’est la magie du sport. Ce succès doit être fondateur. »

Après l'Ukraine, une équipe-type installée ?

« C’est l’équipe du moment. Elle a fait de très bonnes choses. Mais j’aurais pu mettre d’autres joueurs, ils étaient tous prêts à faire un grand match et à être dans les mêmes dispositions. Me dire que je sais avec qui je peux débuter un match, oui. A condition que tout le monde soit disponible. Tu peux aussi avoir une, deux ou trois hésitations selon le choix du système ou une orientation plus offensive ou défensive. Quand je dis que j’ai une bonne vingtaine de joueurs dans la tête, ça peut commencer à 17 et finir à 21 ou 22. Mais le noyau dur, à partir du moment où ils n’ont pas de souci physique, ils seront là. La hiérarchie est évolutive mais je sais sur qui je peux compter si tout le monde est disponible. Il y aura forcément des titulaires et je ne vais pas changer pour changer. Je peux amener du sang frais et des options différentes mais ceux qui débuteront le sauront. »

Cabaye, grand gagnant du barrage ?

« C’est le poste qu’il préfère. Il avait eu à y évoluer à Lille avant l’arrivée de Mavuba. A Newcastle, il évolue parfois plus haut mais ce n’est pas là où il se sent le plus à l’aise. Je n’avais pas de souci sur son interprétation du poste ou sur l’équilibre et la complémentarité avec Matuidi et Pogba. »

Un départ si les Bleus ne s'étaient pas qualifiés ?

« Vous ne le saurez pas ! Il y a un si dans cette question et ce « si » n’existe pas car on est qualifié. Il y avait un accord avec le président Le Graët : à partir du moment où il y avait qualification pour la Coupe du monde, je prolongeais jusqu’à l’Euro 2016. Et il n’y avait pas de « si » dans la réflexion car le président était convaincu, comme moi, qu’on allait se qualifier. Si on fait un bilan, sur les dix matches joués en phase de compétition où on a joué dix matches, huit en poule et deux en barrage, on a six victoires, deux défaites dont une contre l’Espagne et le match aller en Ukraine, et deux matches nuls en Espagne et en Géorgie. Seul le nul en Géorgie pose problème. Je ne peux pas effacer les matches amicaux de la tournée en Amérique du Sud. Mais pour moi, ça reste une grande parenthèse, même si ça nous a donné des indications sur la vie de groupe. »

Mondial : un tirage facile ?

« J’avais déjà entendu que c’était un bon tirage en 2010… On aurait pu tomber plus mal et on a plus de possibilités de pouvoir se qualifier en étant dans ce groupe-là. Mais il ne faut pas oublier que depuis 2002, l’équipe de France n’a été capable de gagner qu’un seul match de poule en Coupe du monde, contre le Togo en 2006. Il ne faut pas croire que c’est gagné d’avance. J’en entends même me dire : ‘‘Qui voulez-vous en huitièmes ?’’. Mais ma seule préoccupation, c’est de gagner le premier match, le 15 juin contre le Honduras, pour se placer dans une situation idéale. Mais il ne faut pas sous-estimer le Honduras. Il y a une grande majorité des joueurs qui étaient aux JO 2012 et qui ont battu l’Espagne avant de se faire éliminer 3-2 par le Brésil en quart. C’est moins glamour que l’Argentine ou le Portugal mais ils croient fermement qu’ils vont se qualifier pour les huitièmes. Et ils ont toutes leurs chances. »

Des Bleus favoris de leur groupe ?

« Non. Le favori, c’est la tête de série, la Suisse, même si ce n’est pas très parlant. Ils disent que nous sommes favoris mais Ottmar Hitzfeld (le sélectionneur suisse, ndlr) est très expérimenté et veut me donner la patate chaude. Mais ce sont eux la tête de série. Et s’ils l’étaient pour un tirage de Coupe du monde, c’est qu’ils ont accumulé de très bons résultats. Leurs joueurs évoluent dans de grands clubs européens et ça reste l’équipe favorite, mais on va se battre pour la première place. L’objectif légitime et sportif, c’est sortir des poules et se qualifier pour les huitièmes. Après le match aller en Ukraine, on n’y allait pas du tout. Et là, on nous voit finaliste. Il faut garder les pieds sur terre, ne pas passer d’un extrême à l’autre. On a de l’ambition, oui, mais il faudra démontrer sur le terrain la supériorité qu’on peut légitimement avoir sur le papier. »

Quel favori au Brésil ?

« Plusieurs équipes peuvent légitimement dire qu’elles vont jouer la gagne : le Brésil, l’Argentine, l’Espagne, l’Allemagne ou l’Italie. Il y aura certainement une surprise d’une équipe européenne. Ça peut être la France mais la Belgique aussi peut avoir quelque chose d’important à jouer. »

Ribéry, Ronaldo, Messi... Qui pour le Ballon d'Or ?

« Ribéry le mérite. Ce n’est pas parce qu’il est français que je l’apprécie beaucoup. Pour moi, il le mérite plus dans le sens où il remplit tous les critères. Individuel car il a marqué et fait marquer. Et collectif car c’est le seul qui a gagné des titres. Il a été élu meilleur joueur en Allemagne dans la meilleure équipe allemande, meilleur joueur européen dans la meilleure équipe européenne, il a gagné quatre titres, aucun autre joueur n’a réalisé cela. Ils ont changé les règles en cours de jeu, ce qui est profondément illogique. J’espère que ça ne lui sera pas préjudiciable car je suis convaincu qu’il le mérite plus. »

Les relations entre Bleus... une crainte pour le Mondial ?

« Il peut toujours y avoir des choses. Mais elles ne viennent pas forcément que des joueurs. Il y a une agressivité voire une violence dans les termes employés dans les médias. Dernièrement, un consultant a eu des mots très durs envers Dimitri Payet. Qu’il y ait de la critique sur le jeu, aucun problème. Mais on ne peut pas tout accepter. J’ai été joueur et consultant. Tu peux ne pas être d’accord sur une prestation mais il y a une barrière à ne pas franchir, c’est l’aspect humain et le respect de l’homme. N’oubliez pas qu’on a des parents, de la famille et des amis qui nous aiment. »

Le critère le plus important pour être dans la liste des 23

« Un peu tout. La forme du moment n’est pas le critère le plus important. L’état d’esprit a toujours compté. Trois ou dix jours, ça va, mais pour plusieurs semaines, il faut bien vivre ensemble. »

Redorer l'image des Bleus, autre objectif du Mondial ?

« C’est quoi une bonne image ? J’ai envie que mon groupe et les gens qui nous suivent vivent de fortes émotions. Je ne peux pas garantir qu’il ne se passera rien avec moi, je n’ai pas cette prétention, mais on fera en sorte qu’il n’y ait pas de problème. Les joueurs connaissent les règles du jeu. Si quelqu’un met en difficulté l’équilibre interne et collectif, peu importe qui c’est, ils savent très bien à quoi s’attendre. Je vous vois venir et il faut arrêter de me parler de 2010. C’est indélébile mais on ne va pas vivre en regardant toujours dans le rétroviseur. Pour mieux se préparer au Mondial et à l’Euro 2016, il faut regarder devant nous. Si on pousse à l’extrême, je ne veux pas non plus que des agneaux et des clones. Il faut aussi des gens de caractère mais que ça reste dans un cadre. La difficulté est un peu générationnelle, notamment sur la capacité à vivre ensemble, mais ce n’est pas spécifique au football. A eux de tout faire pour être plus aimés. Les images du bonheur collectif à la fin du match contre l’Ukraine, notamment chez certains qui ne sont pas très démonstratifs, montrent qu’ils sont tous attachés à ce maillot car il n’y a rien de plus beau. L’équipe nationale, c’est au-dessus de tout. Ça change leur vie professionnelle et leur vie privée. C’est une fierté et un honneur. »

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Luis Attaque