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Lemerre : "Sélectionner Henry, une superbe idée !"

Roger Lemerre et Thierry Henry, lors de la préparation de l'Euro 2000

Roger Lemerre et Thierry Henry, lors de la préparation de l'Euro 2000 - AFP

Adjoint d’Aimé Jacquet lors de la Coupe du monde 1998 puis sélectionneur des Bleus lors de la victoire à l’Euro 2000, Roger Lemerre garde un souvenir ému de Thierry Henry, un vrai « gentleman ». Pour lui, voir l’attaquant de 37 ans porter une dernière fois les couleurs de l’équipe de France serait une superbe idée.

Roger, que vous inspire la possible fin de carrière de Thierry Henry ?

Ça m’inspire que c’est dommage d’arrêter ! S’il en a encore la possibilité, qu’il continue parce qu’après, il va aborder une autre vie, totalement différente. Mais je pense que s’il arrête, c’est qu’il a bien réfléchi et peut-être que son corps ne suit plus. L’esprit aussi certainement. Mais je ne peux pas parler pour lui. C’est une chose assez logique, qui arrive à un moment donné.

Vous qui avez été champion d’Europe avec lui, que garderez-vous de lui ?

C’est un joueur qui a été champion du monde, champion d’Europe, qui a un palmarès exceptionnel et c’est quelqu’un d’exemplaire concernant son comportement dans le football. Il est l’égal des meilleurs. Et quand je dis les meilleurs, je pense à Pelé, à Platini… C’est vrai qu’à un moment, il y avait Zidane donc c’est toujours difficile. Mais avec ce qu’il a fait, je considère qu’il a été aussi performant que les plus grands champions.

Et en tant qu’homme…

J’ai aussi le souvenir d’un gentleman. Il avait une approche de la profession qui était peut-être individuelle mais qui a renforcé l’esprit de groupe, par son exemplarité.

« La main contre l’Irlande ? Le fun »

Avez-vous un souvenir précis qui vous a marqué ?

C’est paradoxal mais la main qu’il a faite et qui a qualifié la France (barrage contre l’Irlande en 2009, ndlr), ça me reste. Le football pour Thierry, même si c’était une profession, c’était avant tout du plaisir, un jeu. Quand il a fait cette main, c’était un réflexe parce que pour le fun, de temps en temps à l’entrainement, il s’amusait à tromper les gens… Je trouve que ça matérialise bien le plaisir qu’avait Thierry. Je l’ai connu s’amusant, se défiant : chassez le naturel, ça revient. On a donné de l’importance à cette main alors que pour lui, c’était un réflexe. Comme il le disait : c’est le fun.

Thierry Henry après sa main et le but de William Gallas contre l'Irlande en 2009.
Thierry Henry après sa main et le but de William Gallas contre l'Irlande en 2009. © AFP

Seriez-vous favorable à ce qu’il joue une dernière fois avec l’équipe de France ?

Tous ceux qui s’en vont méritent une reconnaissance. Lui pas plus que les autres mais pas moins non plus. Je ne veux pas influencer le président de la fédération ni Didier Deschamps. Mais quand Deschamps a eu l’opportunité de battre le record de sélections, je l’ai fait rentrer (record de sélections en tant que capitaine avec 52 apparitions, ndlr). C’était tout à fait logique. Ce n’est pas une récompense, c’est un mérite. C’est son mérite.

Par le passé, on vous a entendu dire qu’en France, on ne félicitait pas assez les grands champions…

Je n’ai pas dit qu’on ne félicitait pas. Je n’ai pas de jugement à faire, je crois qu’il y a beaucoup de reconnaissance en France : les médailles, le mérite, la Légion d’honneur… Mais beaucoup de gens restent dans l’ombre et on n’a pas assez de reconnaissance pour eux. Qu’on ait pensé à sélectionner Henry, je trouve que c’est une superbe idée ! Je ne dis pas qu’on doit. Mais le chemin qui a mené à cette idée est superbe. Et c’est Thierry Henry qui l’a parcouru.

M.Bo