RMC Sport

Ribéry-Evra, le chemin sera long…

-

- - -

Mardi, lors de France-Croatie (0-0), la bronca réservée à Franck Ribéry lors de son entrée en jeu montre bien que les « mutins » de Knysna devront faire encore des efforts avant de reconquérir le cœur du public français. Plongée dans les coulisses d’un retour controversé.

France-Croatie va débuter dans quelques minutes. Dans le vestiaire tricolore, la concentration est maximale avant d’affronter l’équipe au damier. C’est le moment choisi par Laurent Blanc pour faire passer un message à ses joueurs. Devant le groupe, « le Président » prend la parole. Deux joueurs sont principalement concernés : Patrice Evra et Franck Ribéry. Les deux bannis de Knsyna font leur première apparition devant le public français depuis l’épisode du bus. Laurent Blanc met ses joueurs en garde : le Stade de France risque d’être un terrain hostile.
De toute évidence, les Bleus doivent s’attendre à des sifflets. Si Patrice Evra est épargné, restant « au chaud » sur le banc durant toute la rencontre, l’entrée du Bavarois à l’heure de jeu est effectivement accompagnée par une véritable bronca. « Je m’y attendais », assure Franck Ribéry. Le Munichois ne tire pourtant pas un bilan négatif de ces singulières retrouvailles. « Je suis content car le public a bien réagi par la suite, poursuit-il. Ça m’a fait penser à mes débuts en équipe de France… »
Pour Ribéry comme pour Evra, le contexte n’est pourtant plus du tout comparable. De retour de suspension, les deux mutins avaient beaucoup à se faire pardonner. « Le contexte était particulier, reconnaît Laurent Blanc. Il y avait l’intégration de deux joueurs qui ont crée beaucoup d’émulation durant la semaine. Mais le stage s’est globalement bien passé. » Témoin intéressant de ce retour, Kevin Gameiro ne connaissait pas les deux joueurs. « Il n’y a pas eu de problème pendant ces dix jours, note le Lorientais. Ce sont de bons chambreurs. Ça met de la vie dans le groupe. Et on a vu sur le terrain qu’ils étaient à l’aise. » Le jugement de Blanc est plus critique : « Sur le plan individuel, Patrice et Franck sont capables d’apporter beaucoup plus. »

Ribéry se met la pression

Les deux hommes en sont conscients. Ancien cadre du groupe, Patrice Evra, capitaine déchu, a adopté une attitude profil bas au sein du groupe. Franck Ribéry, lui, est resté le même. Chambreur et farceur. Mais il s’est mis une énorme pression. L’enjeu est de taille pour l’ancien chouchou du public français. A 27 ans, il ne peut plus se permettre le moindre faux pas sous peine de voir sa carrière internationale, déjà bien ternie, partir définitivement en fumée.
Après un discours maladroit pour son retour à Clairefontaine, une réconciliation (de façade ?) avec Yoann Gourcuff et une triste prestation au Luxembourg, les sifflets du SDF sont clairs : le public français n’a pas encore tout à fait pardonné. « Ses excuses n’ont peut-être pas été assez entendues, remarque Michèle Tabarot, la présidente de la commission des affaires culturelles de l’Assemblé Nationale qui avait auditionné Jean-Pierre Escalettes et Raymond Domenech après le Mondial. C’est normal qu’il y ait une période de crise. Les choses ne sont pas effacées. S’ils arrivent à se racheter une conduite, les amateurs de foot les supporteront à nouveau. »
« Ce joueur a besoin d’encouragements, note Bernard Laporte, ancien Secrétaire d'État chargé des Sports. Il a fait son mea-culpa. On doit passer à autre chose. » L’opération reconquête ne fait que débuter. Elle s’annonce longue, ardue et sera évidemment tributaire des résultats de l’équipe de France…