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Tapie : « Deschamps, il ne faut pas qu’il se dégonfle »

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EXCLU RMC SPORT – Invité de l’Intégrale Sport ce samedi sur RMC, l’ancien président de l’OM a pris le parti d’être derrière Didier Deschamps, son ancien capitaine, et d’être optimiste pour les Bleus avant le barrage retour contre l’Ukraine, mardi au Stade de France.

Bernard Tapie, avez-vous été surpris par cette défaite en Ukraine ?

Il faut être réaliste. On ne fait pas partie des 5-6 meilleures équipes du monde. On est à égalité avec une douzaine d’équipes qu’on peut battre et par lesquelles on peut se faire battre. Le match de vendredi en est la démonstration. On n’a pas un niveau qui nous permet d’être tranquilles face à des équipes comme l’Ukraine. Il faut accepter la règle du sport. Au match retour, l’équipe de France peut gagner 3-0 comme perdre 1-0 parce qu’on n’a pas de marge de sécurité face à des équipes de ce niveau-là.

Avant la rencontre, on entendait pourtant qu'on avait une équipe plus talentueuse mais cette équipe de France ne joue pas vraiment en équipe...

J’entends tous les experts raconter qu’il n’y n’avait pas d’envie, que les joueurs ne se battent pas…. Ce n’est pas vrai. Ce sont des joueurs, ils ont envie d’aller à la Coupe du monde. Cela ne fait pas de doute. Physiquement, je les ai trouvés un poil en-dessous de leurs adversaires. Ce n’est pas le problème qu’ils jouent ou pas en équipe. Il y a un joueur, peut-être deux, de classe mondiale. Tous les autres sont des joueurs de classe internationale, mais en face aussi. Hier, j’étais tellement énervé que j’ai regardé le match de la Suède. Zlatan n’a pas été à son niveau du PSG parce qu’il n’a pas à ses côtés les mêmes joueurs. Quand vous avez 2-3 très grands joueurs dans une équipe moyenne, ce sont les 2-3 très grands qui deviennent moyens. Pas les moyens qui deviennent très bons.

Comprenez-vous que les Français ne se reconnaissent pas dans cette équipe de France ?

C’est aussi un argument que je ne reçois pas. Ça ne veut rien dire. Est-ce que les joueurs du Paris SG incarnent Paris ? Est-ce vous croyez qu’on se reconnait dans le caractère ou la manière de jouer des joueurs du PSG ? Non, mais Paris a une super équipe qui gagne, joue des matches formidables et le public parisien est derrière elle. Le public français est comme les autres. Il est exigeant. Il a une histoire, il a eu des bonheurs qu’il a pu partager. Il est très déçu de ne pas avoir la même chose.

Vous n'êtes pas devenu supporter du PSG ?

Je m’en fous. C’était mon adversaire quand j’étais président de l’OM. Aujourd’hui, c’est l’équipe qui me régale quand je la vois jouer. J’aime le football pour le football même si je préférerais que ce soit l’OM plutôt que le PSG (rires).

"Les mots, c'est comme le soufflet au fromage"

Y croyez-vous encore ?

Ce n’est pas du rêve ni de la méthode Coué. On n’est pas en face d’une équipe qui est plus forte que nous, mais on n’est pas non plus en face d’une équipe qui est moins forte que nous. Deschamps a une carte énorme à jouer. Il ne faut pas qu’il se dégonfle ! Si on prend un but, on est éliminé. C’est la difficulté de ce match. En mettre quatre, on n’y arrivera pas. Il faut dire banco. Il faut avoir le public derrière soi. Il y a autant de chances de gagner 2-0 dans le temps réglementaire et d’en mettre un « petit » dans la prolongation.

Didier Deschamps, qui a été votre capitaine à l'OM, aura-t-il les mots justes pour sortir les joueurs de leur torpeur ?

Les mots, c’est comme le soufflet au fromage. Les causeries qui consistent à dire : « Allez les gars ! C’est un match d’hommes ! Il faut se battre »…. Vous sortez le soufflet du four et hop, il se dégonfle. Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Il faut un dialogue, homme à homme. Il faut qu’il les rassure. Il ne faut pas qu’ils refassent trois fois le match dans la nuit qui précède. Il faut qu’ils se disent qu’il y a un match fabuleux à faire, parce que : « Regardez ce qui se passe en France, si après tout ce qu’ils vous ont mis dans la gueule, vous les mettez KO parce qu’on gagne 3-0. Vous imaginez le challenge ? » C’est dans le bonheur qu’on peut faire du sport de haut niveau, pas dans la trouille ! J’ai fait cette connerie avant la première finale de Coupe d’Europe (de l’OM, défaite 1-0 contre l’Etoile Rouge de Belgrade en 1990). J’ai tellement mis de pression que je les ai fait déjouer. La 2e (gagnée en 1993 contre l’AC Milan, 1-0), on a fait venir les femmes la veille, on organisait des matches de tennis ballons entre les journalistes et les joueurs le jour même de la finale. Moralité, ils étaient désinhibés. Ils n’ont pris que le bon côté des choses. Deschamps sait faire ça.

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La rédaction