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Jet de brassard, bagarre et buts à la chaîne... Qui est Eran Zahavi, le meilleur buteur des qualifs de l'Euro 2020?

Il a fait mieux que Harry Kane, Cristiano Ronaldo ou Romelu Lukaku. Avec déjà neuf buts au compteur, l'Israélien Eran Zahavi est actuellement le meilleur réalisateur des éliminatoires de l'Euro 2020. L'attaquant de 32 ans tentera de poursuivre sur sa lancée durant la trêve face à l'Autriche et la Lettonie, et de se faire connaître un peu plus du grand public, lui qui a surtout brillé dans des championnats secondaires, ou pour des coups de sang.

Déjà deux triplés lors des qualifs…

Au classement des meilleurs buteurs des éliminatoires de l’Euro 2020, il est seul en tête. Devançant un peloton d’attaquants à six réalisations (Kane, Sterling, Arnautovic, Dzyuba), l’Israélien Eran Zahavi a déjà fait trembler les filets à neuf reprises en six rencontres, pour un ratio d’un but et demi par match. Sa recette? Les planter par trois.

A deux reprises déjà, Zahavi a en effet signé des coups du chapeau. Face à l’Autriche en mars (4-2), et face à la Lettonie en juin (3-0). Deux fois où l’ambidextre attaquant a pu montrer sa palette, avec des buts sur coups de pied arrêtés, des grosses frappes, mais aussi des buts de renard. Malheureusement, cela n’a pas suffi à porter Israël jusque-là. Après six journées, sa formation n’est que cinquième du groupe G, à cinq points de la Pologne, et à trois de la Slovénie.

… alors qu’il avait annoncé sa retraite internationale

Zahavi n’a pourtant pas vécu que des bons moments en équipe nationale. Il y a deux ans, en septembre 2017, l’attaquant avait fait parler de lui pour un coup de sang. Ecoeuré par les sifflets du public israélien lors d’un match contre la Macédoine pour les éliminatoires à la Coupe du monde 2018, le capitaine d’alors avait balancé son brassard, et annoncé dans la foulée sa retraite internationale alors que sa fédération voulait le suspendre. "Je n'en peux plus, nous sommes dans un pays qui ne sait pas honorer ses grands sportifs, alors je préfère partir, avait-il confié au quotidien Yedioth Ahronoth. C'est incroyable que le public siffle son équipe, cela ne se produit nulle part ailleurs dans le monde. Je ne voulais pas réagir comme je l'ai fait, mais j'ai implosé…" L’événement avait fait grand bruit, puisque même la ministre des Sports s’en était mêlée, accusant Zahavi d’avoir "foulé au pied les valeurs que nous tentons d'inculquer aux générations futures".

Israël ne s’étant de toute façon pas qualifié pour le Mondial, Zahavi, après un apaisement de la situation, a finalement fait son retour en sélection en septembre 2018, en Ligue des nations. Sans jamais récupérer son capitanat, mais en trouvant la réussite. "Jeter ce brassard a peut-être été un geste stupide, mais c’est la meilleure chose qui a pu arriver à l’équipe, observait-il en mars dernier. J’ai appris de cet incident, tout comme les supporters et la fédération…"

Une machine à buts… dans les championnats secondaires

S’il flambe aujourd’hui durant les qualifs, Eran Zahavi cartonne aussi en club. Mais là, ce n’est pas nouveau... Depuis la saison 2013-2014, le joueur de 32 ans a inscrit 203 buts, en 240 matches. En 2015-2016, avec le Maccabi Tel-Aviv, il avait même fait trembler les filets à 63 reprises, en 71 apparitions, marquant notamment 35 buts dans le championnat israélien, ce qui lui avait permis de faire tomber un record vieux de 61 ans.

Et depuis son transfert en Chine à l’été 2016 – 7,5 millions d’euros, du jamais-vu pour un club local – Zahavi continue d’affoler les compteurs. Avec Guangzou R&F, il a signé en 2017 un exercice à 27 buts en championnat, lui permettant de décrocher quelques mois après son arrivée le trophée de joueur de l’année. Et devinez qui est actuellement le meilleur réalisateur de la Chinese Super League en 2019? C’est lui, évidemment. L’équipe de Zahavi, dirigée par Dragan Stojkovic, n’a beau être que 11e, l’Israélien a marqué 23 fois, contre 16 pour Alex Teixeira ou 15 pour Paulinho. Il y a quelques semaines, il s’est illustré par un superbe coup du foulard, qui a fait le tour des réseaux sociaux.

Alors oui, Zahavi ne brille que dans des championnats secondaires, remarquerez-vous. C'est la vérité. En 2011, à tout juste 24 ans, l’attaquant (qui a régulièrement évolué comme milieu offensif) avait été acheté par Palerme, pour remplacer Javier Pastore. Résultat: deux buts en un an et demi et 26 rencontres, et un retour en Israël dès que l’occasion s’est présentée. "Je pense qu’il préfère être la plus grande star de notre championnat plutôt que de (vraiment) tenter sa chance en Europe", observait en 2015 un journaliste israélien auprès de So Foot. Au moins, c’est assumé…

Détesté par les amoureux de l’Hapoël

Eran Zahavi est sans aucun doute l’attaquant le plus célèbre en Israël, et a déjà porté le brassard à plusieurs reprises en sélection, avant l’épisode précédemment raconté. Pourtant, une partie du pays reste particulièrement remontée après le joueur: celle qui soutient l’Hapoël Tel-Aviv, son club formateur. Avant de partir à Palerme, Zahavi faisait la fierté du club. Mais le fait de choisir le Maccabi à son retour d’Italie a brisé des cœurs. Et déchaîné les passions. En novembre 2014, en plein derby, un fan de l’Hapoël a ainsi fait irruption sur la pelouse, pour en découdre avec le buteur. Zahavi s’est battu avec lui, tout le monde s’en est mêlé, et le match a été arrêté. Sympathique.

Une relation particulière avec la France

Difficile d’en trouver l’origine, mais Eran Zahavi a une petite particularité: en plus de la nationalité israélienne, l’attaquant possède aussi un passeport… français. Ce qui lui a permis de ne pas être compté comme un joueur extra-communautaire lors de son passage en Serie A. L’intéressé est pourtant né à Rishon LeZion, au sud de Tel-Aviv, et n’a jamais évolué dans l’Hexagone. Son nom doit en revanche rappeler un souvenir aux supporters lyonnais. Un mauvais souvenir. En 2010, lors d’une rencontre de poule de Ligue des champions contre l’OL à Gerland, Zahavi avait inscrit un superbe retourné acrobatique, trompant Hugo Lloris et permettant alors à l’Hapoël de repartir avec un inespéré match nul (2-2).

"Ce but-là reste très spécial pour moi, se souvenait-il en 2017. Quand j’avais cinq ans, je priais pour un jour pouvoir jouer un match de Ligue des champions, et montrer au monde entier ce que je savais faire. Alors quand vient ce moment et que vous mettez un but aussi beau dans une compétition si importante, vous vous sentez juste fier de vous-même…"

dossier :

Euro 2021

Clément Chaillou