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Portugal-Serbie: Jovic, ce buteur "à la Suarez" que le Barça veut attirer

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Buteur lors du nul de la Serbie contre l’Allemagne mercredi (1-1), Luka Jovic incarne la jeune garde serbe, qui affronte le Portugal ce lundi dans le cadre des éliminatoires de l’Euro 2020. Un attaquant de 21 ans très fortement courtisé par le Barça, qui l’a supervisé à de nombreuses reprises.

Elle monte, elle monte, la cote de Luka Jovic. Le Barça, qui pensait peut-être faire cavalier seul sur le dossier, serait en concurrence avec le PSG pour attirer l’attaquant de 21 ans. Prêté par Benfica à l’Eintracht Francfort – qui pourrait lever l’option d’achat… pour le vendre dans la foulée – le buteur jouit d’un statut de futur grand qui en fait un véritable objet d’attraction avant la rencontre entre le Portugal et la Serbie ce lundi (20h45), pour l’entrée en lice de sa sélection dans les éliminatoires de l’Euro 2020.

Une éclosion en forme de conte de fées

"Je vous dirais qu’il n’a jamais eu d’enfance", confiait avec émotion son père, Milan Jovic, en 2013, au média serbe Mozzart Sport. Parce qu’il fallait que la famille survive et s’extirpe, au moins un peu de la pauvreté. Parce que le jeune garçon avait le talent et l’envie de tâter le ballon surtout. Né en Bosnie, courtisé par le Partizan, c’est bien à l’Etoile Rouge de Belgrade que le minot a fait ses gammes. Tomislav Milicevic, ancienne figure de la maison en charge des équipes de jeunes du club jusqu’en 2012, n’y est pas pour rien.

"J’ai eu la chance qu’il regarde ses matchs", confiera plus tard le père de Luka Jovic. En 2005, le gamin de huit ans est repéré lors d’une séance de sélections pour ses qualités techniques et son sens du but. Déjà. Malgré un manque criant de moyens financiers, le père fait des aller-retour entre la maison et Belgrade, pour emmener son prodige sur les terrains. Quitte à dormir dans la voiture. Quitte aussi à devoir snober des intermédiaires un peu douteux souhaitant envoyer le gamin à Stuttgart ou Dortmund, lui faisant envisager un changement de nationalité.

L’exil au Portugal

Mais par reconnaissance, Luka Jovic reste à l’Etoile Rouge, y fait ses gammes et progresse dans les catégories jeunes, avant ses débuts professionnels lors de la saison 2013-2014, à l’âge de 16 ans, cinq mois et cinq jours. Et devient le plus jeune buteur de l’histoire du club dans un match de championnat, face au FK Vojvodina… deux minutes après son entrée en jeu. Le match nul (3-3) valide le titre de champion du club.

L’attaquant enchaîne les records de précocité à l’Etoile Rouge : plus jeune joueur à jouer le derby contre le Partizan, il y gagne en temps de jeu et fait forte impression et grimpe les échelons en équipe nationale, enchaînant toutes les catégories d’âge. Mais la sombre réalité le rattrape. Fin 2015, le journal serbe Blic rapporte que le joueur est victime d’intimidations, menacé de "ne plus jamais pouvoir courir après un ballon" ou de se contenter de "tennis de table en fauteuil roulant". Derrière les mots, des tentatives d’extorsion de fonds qui s’éternisent pour l’attaquant et sa famille.

En février 2016, il s’engage avec Benfica jusqu’en 2021 et découvre la Primeira Liga le mois suivant, le temps d’un match et surtout de s’aguerrir en réserve. "Quand j’étais petit, je voulais marquer contre le Partizan. Je ne l’ai pas fait. Maintenant, je veux jouer en Ligue des champions, marquer contre le Sporting et Porto. Je veux donner aux supporters de Benfica le plus de joie possible", expliquait-il à son arrivée. Il n’en aura guère l’occasion.

Francfort, l’heure de la révélation

En manque de temps de jeu au Portugal, Luka Jovic est prêté à l’Eintracht Francfort à l’été 2017. Un prêt de deux saisons avec option d’achat. 22 matchs de Bundesliga pour sa première saison – le plus souvent en qualité de remplaçant – qui lui valent une première convocation chez les A serbes en mai, une première sélection en juin… et une place dans la liste des 23 joueurs retenus pour disputer la Coupe du monde. Le temps de jouer contre le Brésil (défaite 2-0).

La deuxième saison allemande du buteur est celle de l’explosion. Deuxième meilleur buteur de l’élite à égalité avec Marco Reus (15 buts)… en 24 matchs et 18 titularisations, il est aussi le précieux auteur de sept buts en Ligue Europa, au sein d’une équipe qualifiée pour les quarts de finale et qui affrontera… Benfica (match aller le 11 avril sur RMC Sport). Et forme un trio en grande forme avec Sébastien Haller et Ante Rebic. Un club qu’il a quitté adolescent et qu’il retrouvera comme un homme. Non pardon, comme un joueur courtisé par les plus grands.

Des stats qui pèsent

36 matchs toutes compétitions confondues dont 24 en championnat (26 titularisations au total, 18 en Bundesliga), pour 22 buts (18 en championnat). Soit une réalisation toutes les 105 minutes toutes compétitions confondues. "L’année dernière, celle de son arrivée, il s’est bien débrouillé. Mais cette saison, il est tout simplement fantastique, s’emballe Lothar Matthaus dans The Sun. J’ai vu beaucoup de ses matchs. […] C’est un vrai talent, un énorme talent. Ce n’est pas encore un grand joueur mais il en a le potentiel."

Buteur né, il a l’instinct du tueur… de sang-froid. "Il reste calme quand les occasions se présentent, salue l’ancien joueur du Bayern. Il garde la tête froide et fait ce qu’il faut pour marquer. Mais sa plus grande qualité, ce sont ses courses. Il sait trouver l’espace, être au bon endroit au bon moment et a la vitesse pour arriver à se placer. Peu importe le moment où son équipe attaque, il donne l’impression de faire la bonne course. C’est un énorme atout."

Le Barça le suit de près pour son profil "à la Suarez"

Sa justesse face au but et dans les débordements, autant que son "esprit de guerrier" en ont donc fait une hypothèse pour le PSG ou Liverpool, mais surtout la cible prioritaire du Barça. Un peu étonnant de la part d’un club qui aime tant combiner dans les petits espaces et pratiquer un pur jeu de possession? Pas tant que ça.

Le club catalan, où Josep Maria Bartomeu n’a de cesse de dire qu’il doit préparer l’après-Messi, se penche surtout sur l’après-Suarez. "Je le comparerais à Luis Suarez, c'est un buteur classique, très doué balle au pied et avec une très bonne vision du jeu", notait d'ailleurs son sélectionneur cette semaine sur le site T-Online. Avec pour atout – particulièrement apprécié chez le leader de Liga – une capacité à évoluer en faux neuf, sur les ailes ou un peu plus bas, en milieu offensif, bien aidé par son ambidextrie.

"Il n’a que 21 ans et est très ouvert aux critiques, salue son coach Adi Hutter. Il y répond remarquablement et ce qu’il a déjà montré est incroyable pour un joueur de son âge. Pour moi, il a le potentiel de devenir un attaquant de classe mondiale." Que les Blaugrana auraient déjà supervisé plus d’une dizaine de fois. Selon Mundo Deportivo, Eric Abidal et Pep Segura étaient notamment à Milan pour assister à la victoire de Francfort le 14 mars dernier contre l’Inter (1-0)… sur un but de Jovic. C’était avant de marquer contre l’Allemagne en amical mercredi (1-1). Une belle semaine en somme.

A.Bouchery