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Football amateur: "Ils tuent un peu notre sport", un arbitre agressé par quatre individus témoigne

Le 02 avril, Théo, jeune arbitre de 18 ans, se fait agresser à la fin d'un match au stade Marc-Lourselle, vers Amiens. Le RC Salouël-Saleux (RC2S) recevait le USOAAS d'Albert en championnat des moins de 17 ans (U17). L'officiel raconte à RMC Sport les circonstances de l'agression et réagit après les premières décisions de justice tombées mardi dans cette affaire. Quatre personnes, dont une mère de famille et ses deux enfants, ont été interpellées à la suite de cet incident.

Comment se sont déroulés les incidents ?

J'ai été désigné pour le match entre le RC Salouël-Saleux (RC2S) et le USOAAS d'Albert, le samedi 02 avril à 15h. J'arrive à 14h et je réalise mon protocole normalement. Le match débute et au bout de 15 minutes, des parents présents derrière le but commencent à contester l'ensemble de mes décisions. Des réflexions assez débiles. Mais j'avais surtout deux parents à l'œil. En première période, l'équipe visiteuse marque et à ce moment-là les contestations de mes décisions deviennent plus importantes. En deuxième période, il n'y a pas eu de but. L'équipe de Salouël-Saleux perd 1-0. Je siffle la fin du match et au moment où je me rends face aux vestiaires, les deux parents que j'avais à l'œil commencent à être assez très agressifs avec moi. Je continue mon chemin et là un joueur de Salouël-Saleux se met devant moi, m'insulte et me dit que je ne savais pas arbitrer. Je le sanctionne avec un rouge. Une mère arrive vers moi avec son chien et me dit "vous avez mis un rouge à mon fils". Cette personne me gifle. Je n'ai pas pu répondre à ça. Il y avait beaucoup de monde. Les dirigeants ont vu la scène et ont décidé de m'escorter vers les vestiaires. 

Sur le chemin, j'ai senti qu'on était en train de me monter sur le dos. C'était le grand frère du joueur que j'ai expulsé. Je suis poussé et je tombe violemment à terre, la tête la première. Dès que j'ai ouvert les yeux, le joueur numéro 8 est sorti du vestiaire pour me porter des coups. On m'a ramené au vestiaire et puis j'ai appelé les forces de l'ordre. Je n'étais vraiment pas bien sans aucun repère, je tremblais et je faisais des allez-retour dans le vestiaire, stressé. Quand même, quand on y pense et qu'on reprend le début du match, je me suis juste dit que c'était des parents, normalement ça devait bien se passer.

Des joueurs sont-ils venus prendre de vos nouvelles ? 

Des joueurs seniors de Salouël-Saleux sont venus prendre de mes nouvelles depuis les incidents. J'ai eu aussi beaucoup de messages de soutien après cette agression il y a deux semaines. Et même Ruddy Buquet, qui arbitre en Ligue 1, m'a appelé vendredi matin pour prendre de mes nouvelles. 

Vous êtes stressé pour votre prochain match ? 

Je vais y retourner, c'est sûr et certain. J'aurai quand même une boule au ventre avant ce prochain match. Je n'aurai pas la même vision du match aussi. Je serai un peu plus sur mes gardes. Ca ne sera plus jamais pareil. 

Des arbitres se font agresser au niveau amateur depuis quelques semaines, vous en pensez quoi ? 

Tous les week-ends, c'est pareil. Des gens crient sur nous. Le week-end dernier, il y a encore eu des arbitres agressés. C'est assez dommage de la part de parents ou de dirigeants qui se disent amoureux du football. Ils tuent un peu notre sport. Ce que je trouve bizarre c'est qu'on voit ça surtout dans le football. On terni l'image du football. Les arbitres de rugby ne subissent pas ça. Il faut peut-être mieux cadrer les supporters. Je trouve ça dommage que l'image du foot soit représentée par les images de violences et en particulier sur les arbitres.

"Le problème des parents, c'est qu'ils voient leur fils comme des futurs champions du monde"

Ca vous surprend que ça provienne d'une maman ?

Je me suis dit, c'est un parent... C'est une maman qui doit éduquer ses enfants, on a plein de devoirs en tant que parents. Dans ma tête je n'ai pas compris. J'étais vraiment surpris, ça vient d'une mère d'enfants qui doit avoir du respect envers les autres. Elle a 44 ans, à 44 ans on ne fait pas ça et on réfléchit avant ses actes.

L'ACBB a suspendu ses entraînements pour des violences envers ses entraîneurs, vous trouvez ça bien ?

Le problème des parents, c'est qu'ils voient leur fils comme des futurs champions du monde. C'est ça le gros problème. Si les entraîneurs ou les dirigeants suivent, ça permet de prendre conscience qu'il faut mettre fin à cette violence. C'est punissable, il faut éviter ça. C'est une très bonne idée. Ma mère était présente pour voir le match, et mon père était présent pour les quarante premières minutes de la rencontre. Ma mère était tout simplement choquée. Elle a entendu les insultes, elle n'a pas vu quand je prends les coups. Quand j'étais enfermé dans le vestiaire, elle était paniquée et très énervée. Heureusement, des parents présents après la rencontre ont approuvé ce que m'a mère a dit à propos de l'autre personne qui m'a giflé. 

Dans votre cas, la justice a été rapide...

Je me dis que si mon affaire n'était pas médiatisée, la justice n'aurait pas été aussi rapide. Avec l'enquête ouverte, c'est allé assez vite. Ca permet d'éviter les longues procédures aussi. C'est bien pour moi et aussi pour les autres personnes qui pourront subir des violences lors des prochains matchs de football. Par rapport à ce que la justice a rendu, je n'ai pas été prévenu, j'ai appris ça dans les médias. En tout cas, je vais continuer l'arbitrage, peut-être même dès ce week-end. 

Nicolas Pelletier