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Internationaux retenus par les clubs: la colère des Comores contre les clubs français

Parce que les clubs français ne libéreront pas les joueurs internationaux jouant des matchs hors zone UE/EEE lors de la prochaine trêve, les Comores risquent de manquer leur toute première qualification pour la CAN. Leur sélectionneur Amir Abdou fait part de sa colère.

La décision des clubs français, basée sur une circulaire de la FIFA, de retenir pour la prochaine trêve les joueurs internationaux jouant des matchs hors zone UE/EEE, est lourde de conséquences pour bon nombre de nations, notamment africaines. Ainsi, les Comores, deuxièmes du Groupe G des qualifications pour la CAN 2022, se retrouvent privés de cinq joueurs évoluant en Ligue 2: Zahary (Pau FC), M’Changama (Guingamp), Bourhane (Niort), Youssouf (AC Ajaccio), et Matoir (AC Ajaccio). Au moment où ils sont proches d'une qualification historique pour la Coupe d'Afrique.

Face au Togo, jeudi 25 mars et à l’Egypte au Caire, le 29 mars, il suffit sur le papier aux Coelacanthes de prendre un point en deux matchs. Mais sans la moitié de l'équipe, l'affaire se complique forcément... Face à cette situation, le sélectionneur Amir Abdou crie à l’injustice.

Amir Abdou, comment vivez-vous cette nouvelle?

Je vous le dis sincèrement: je suis choqué et très déçu de la tournure que cela prend. La FIFA a ouvert une fenêtre et modifié sa circulaire. Les clubs se sont engouffrés dedans et ils ont profité de cette circulaire pour bloquer nos joueurs. Nous ou d’autres fédérations, on est dans le même bateau. Actuellement, la CAF n’a même pas réagi par rapport à cette situation-là. C’est gravissime et c'est un manque de respect au niveau du football africain.

Après qui êtes-vous en colère? La FIFA? La LFP?

Le calendrier est très chargé. Mais il y avait aussi une solution au niveau de la LFP, elle aurait pu modifier son calendrier. La CONMEBOL (la confédération sud-américaine) l’a modifié de trois ou quatre jours. Les clubs français auraient pu faire la même chose. On n’est pas considéré.

Etait-il possible de modifier des dates?

On pourrait avoir cet arrangement-là. Il n’y a quasiment que des binationaux et des joueurs africains dans ces championnats. Comment allez-vous retenir les joueurs dans les clubs? Je ne connais pas la sanction. En les menaçant d'une retenue sur salaire? Je me pose la question. Le joueur part sur une date FIFA. Je veux que l’on m’explique. Au Kazakhstan (adversaire de la France), il n’y a pas de Covid? Comment un joueur va être bloqué dans son club et quelle attitude va-t-il avoir? Mes joueurs à moi, sont au fond du trou. Psychologiquement, ils sont au fond du trou. Vous leur enlevez une chance inouïe d’une qualification dans leur pays.

La FIFA est-elle responsable?

Vous ouvrez une porte, les gens s'y engouffrent. Les clubs en profitent. Sans cette circulaire modifiée, il n’y aurait pas eu de problème. On sait que ce sont des dates FIFA. C’est la haute instance. Les clubs, les ligues, n’auraient rien dit, ils auraient laissé partir les joueurs.

Comment se sentent vos joueurs retenus?

Les joueurs sont frustrés. C’est historique pour les Comores. Il y aussi le Gabon et le Bénin. Vous vous rendez compte de la frustration que l’on peut avoir? C’est un rêve que l’on est en train de vivre, et on est en train de nous le gâcher. On nous met des bâtons dans les roues pour cette histoire de Covid. En Europe, il n’y a pas de Covid? Alors pourquoi les Européens ne sont pas concernés?

Dans quel état d’esprit êtes-vous?

On va se battre. Bien sûr que l’on est résigné mais on va relever la tête et trouver des solutions, bricoler. Cela ne va pas être facile. On ne nous met pas dans les meilleures conditions.

Comment a réagi le peuple comorien?

C'est la stupeur. Le peuple n’arrive pas à comprendre. Les gens sont en fête depuis une semaine. Ils n’attendent que ça. C’est historique pour nous, notre fédération est née en 2006. On est des petits. Là, on arrive à l’apogée. Mais au moment d’écrire l’histoire, vous n’avez plus d’encre...

Propos recueillis par Arnaud Valadon