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Le Hyères FC entre rêves et espoirs après l’arrivée du duo Boudjellal-Anelka

Créé en 1911, aujourd'hui pensionnaire de National 2 (7e à l’arrêt de la saison), le Hyères Football Club s'apprête à entrer dans une nouvelle dimension grâce à l'arrivée de Mourad Boudjellal à la présidence et Nicolas Anelka à la direction sportive. Mais si les supporters se mettent à rêver, les nouveaux dirigeants ne veulent pas se précipiter.

Il est à peine 9 heures quand le maire d’Hyères-les-Palmiers, accompagné par son directeur de cabinet, est déposé au pied du Stade Perruc par une berline noire. Jean-Pierre Giran est en poste depuis 7 ans mais suit le HFC depuis bien plus longtemps. Dans son bureau trône un cadre d’une rencontre passée entre Hyères et l’OM. "Je préfère taire le score. D’ailleurs, j’ai mis une étiquette sous la photo pour le cacher", plaisante l’ex-député.

En fin d’année 2020, Giran reçoit un coup de téléphone du président d’Hyères FC, Jean-Pierre Blasco. "Il me demande si je veux recevoir Mourad Boudjellal, ils s’étaient rencontrés et avaient convenu qu’il y avait une possibilité pour reprendre le club. J’ai écouté, j’ai indiqué que cela traduisait l’attractivité du club et pouvait lui tracer un avenir prometteur", explique le premier élu, surpris par l’intérêt de l’ex-président du Rugby Club Toulonnais. "Avec Mourad Boudjellal il y a toujours des surprises, la surprise serait de ne pas l’avoir, sourit-il. Il avait abandonné les projets du Sporting Club Toulon et révoqué l’Olympique de Marseille, alors pourquoi pas Hyères, bien sûr dans des conditions d’avenir différentes que celles de l’OM."

Un casting 5 étoiles  

L’officialisation se fait le 1er février à la mairie d’Hyères-les-Palmiers. Mourad Boudjellal devient le nouveau président du Hyères FC et arrive avec un directeur sportif de renom: Nicolas Anelka. "On avait des connaissances en commun, je l’ai appelé, je lui ai expliqué le projet et il a accepté, raconte l’ex-patron du rugby varois. Il faut beaucoup d’humilité pour revenir dans le monde amateur quand on s’appelle Nicolas Anelka, c’est l’un des plus grands attaquants du football français. Il a envie de transmettre, de partager sa vision du football, c’est un challenge pour lui aussi. Jean Roch disait 'qui réussit à Toulon réussit dans le monde'. On peut aussi l’appliquer à Hyères et Nicolas Anelka en est conscient."

A la tête du club depuis un mois, les deux hommes ont déjà travaillé sur de nombreux aspects. Si l’idée d’un stade neuf à Hyères est dans les esprits, le recrutement de nouveaux joueurs est déjà lancé. "Le National 2 est atypique. Il faut des joueurs calibrés qui ne soient pas surpris par ce championnat, des gars qui savent où ils mettent les pieds. J’ai l’intime conviction que si vous mettez Ronaldo en N2, il va faire 30 minutes sur le terrain et le reste à l’hôpital." Les joueurs en place devront donc s’attendre à une rude concurrence à partir de la saison prochaine, une évidence pour le capitaine et gardien Jérôme Scolan. "C’est normal, la concurrence fait partie du sport, philosophe l’ex-portier de Clermont-Ferrand. Le club évolue depuis un moment déjà et là c’est encore autre chose. Nicolas Anelka a un palmarès grandiose, Mourad Boudjellal a réussi dans le monde professionnel, ça ne peut que donner envie de réussir. Le club va entrer dans une autre dimension. Mais pas tout de suite, il faudra attendre."  

Boudjellal: "Je n’envisage pas de jouer la Ligue des champions, je suis lucide"  

De la patience, c’est aussi ce qui est demandé par le maire Jean-Pierre Giran. "Je ne sais pas si Monsieur Boudjellal est montagnard mais il faut qu’il apprenne à l’être si ce n’est pas le cas. Il faut y aller step by step, une fois que c'est solide on continue. Si on veut atteindre les sommets brutalement, on risque de manquer la marche." Et ça tombe bien, le président semble être (devenu?) montagnard. "On a des ambitions: avoir un des plus gros budgets du championnat, avoir de gros sponsors, de belles structures, une belle équipe et se donner le droit de rêver, détaille Boudjellal. Je découvre, je sais que je vais être bizuté. Il faut prendre le temps de construire ce club. Je vais tout faire pour réussir mais je n’envisage pas de jouer la Ligue des champions, je suis lucide, je pense que le PSG la gagnera avant nous. (Il réfléchit) Quoi que pas sûr… En tout cas, si le championnat reprend et qu’on monte cette saison c’est catastrophique car on n’est pas du tout prêt."

Les prochains adversaires du Hyères FC, eux, le seront, car motivés par l’envie de faire tomber le nouveau gros poisson de N2. Avec ce casting cinq étoiles, les Hyérois seront attendus. Lilian Compan, ex-joueur de Saint-Etienne et de Caen, coach du club depuis trois ans, en est conscient. "On a des idées, de l’expérience et on ne veut pas copier ce qui se fait ailleurs, confie-t-il. C’est une nouvelle ère, un nouveau projet qui débute. Le club va découvrir ce monde professionnel petit à petit et il va falloir être à la hauteur."  

"Des étoiles dans les yeux" des supporters

Les supporters, quant à eux, ne pouvaient pas rêver mieux. Clément a 22 ans, habillé du survêtement bleu du club et biberonné au HFC par ses parents. Il a encore du mal y croire. "Quand ç’a commencé à sortir dans la presse, on avait tous des étoiles dans les yeux, moi, ma famille, mes amis… C’est quelque chose de grandiose, raconte-t-il. Ça permet de mettre Hyères sur la carte, pas seulement en France mais aussi à l’étranger, c’est bénéfique pour tout le monde et nous supporters, ça nous permet de rêver."

Sur le plan médiatique, les demandes affluent en effet, de France mais pas seulement. "C’est fou, raconte Steven Billières, responsable de la communication du club et employé à la mairie au service jeunesse. On a beaucoup de sollicitations, c’est super intéressant à vivre. On a même reçu une demande du Daily Mail pour un reportage et des interviews de Mourad Boudjellal et Nicolas Anelka, qui a laissé une grande trace en Angleterre." Même engouement chez les partenaires du club.

Jonathan est responsable du restaurant VIPizz, une pizzeria du centre d’Hyères: "Le club est déjà sur une bonne ascension, il va pouvoir exploser un peu plus, c’est que du bon. On est une petite ville mais malgré tout on a un club qui en vaut la peine apparemment. Il va pouvoir décoller avec personnes-là", présage-t-il, loin d’être inquiet sur une éventuelle baisse de consommation de pizzas si le club venait à devenir professionnel. "Ils ne pourraient pas s’en passer, elles sont trop bonnes (rires). Mais bon, il faut qu’ils courent quand même!" A deux pas du stade, c’est Sébastien, autre partenaire et gérant de la Laverie des Palmiers, qui s’enthousiasme. "Les ambitions de Mourad Boudjellal sont sans limite, on peut s’attendre à tout. Il y a un engouement hyérois, il suffit d’une étincelle pour tout enflammer", observe-t-il. Avant d’encenser Nicolas Anelka: "C’est une chance exceptionnelle de l’avoir sur notre commune. S’il pourra venir laver sa voiture ici? Qu’il vienne, on l’accueillera avec grand plaisir."  

Boudjellal-Anelka vs Jean Tigana: le derby du Var 

Si une date est régulièrement cochée par les supporters en tout début de saison, plus que n’importe quelle autre rencontre, c’est bien le derby. Pour Hyères, il concerne l’opposition face au voisin toulonnais, et la rivalité varoise devrait être sous les feux des projecteurs cette saison car si le tandem Boudjellal-Anelka est arrivé à Hyères pour bâtir un club ambitieux, le Sporting Club Toulon s’est lui attaché les services d’un autre grand nom du football français, Jean Tigana.

Le 22 février dernier, le club toulonnais annonçait la signature de l’ex-international français et entraineur monégasque, avec qui il était en discussion depuis fin décembre, en qualité de manager général. Pour Mourad Boudjellal, il n’est pas question de parler de rivalité. "Vous avez d’un côté Toulon, le club d’une ville de 170.000 habitants, leader du département, qui devrait être en Ligue 1 et de l’autre Hyères, 60.000 habitants, une anomalie en N2 car le club devrait être beaucoup plus bas. On part de très loin, on va essayer de faire des miracles. Si on peut gravir un échelon on le fera mais je pense que Toulon sera déjà loin à ce moment-là." "C’est un derby et comme tout derby il y aura de la passion", avance toutefois le coach Lilian Compan, connaissance de Nicolas Anelka depuis les équipes de France de jeunes. "Ces deux projets amèneront forcément plus de visibilité au championnat de N2. Dans notre poule, il y a de grosses équipes, pas seulement nous et Toulon. En tant que varois, c’est illogique qu’il n’y ait pas de club professionnel dans le département, il en manque un. Qui le sera? Je ne sais pas, l’avenir nous le dira… Mais s’il faut choisir, le HFC avant tout."

Clement Brossard Journaliste RMC Sport