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Quand Suarez a compris qu’il avait besoin d’une aide psychologique

Luis Suarez (Barça)

Luis Suarez (Barça) - AFP

Le Guardian publie ce samedi un extrait de l’autobiographie de Luis Suarez qui paraîtra la semaine prochaine au Royaume-Uni. L’attaquant du Barça raconte notamment comment il a pris conscience de son problème psychologique après sa troisième morsure en plein match.

Sa peur de l’échec

« J’étais peut-être une cible facile. Mais il y avait quelque chose d’important que je devais affronter de face : je m’étais moi-même transformé en une cible facile. J’avais fait une erreur. C’était de ma faute. C’était la troisième fois que ça arrivait (sur Bakkal en 2010, Ivanovic en 2013, Chiellini en 2014, ndlr). J’avais besoin d’aide. (Après Uruguay-Italie à la Coupe du monde, ndlr) Il y a des joueurs, qui à ma place, auraient dit : ‘‘Bon, on est éliminé, mais j’ai marqué deux buts contre l’Angleterre, je suis la star’’. J’aurais pu dire aussi : ‘‘Mon genou me fait encore mal, j’ai marqué deux buts lors du dernier match, j’ai fait de mon mieux’’. Mais je voulais plus. La peur de l’échec obscurcit tout pour moi. Même le fait qu’il y a au moins 20 000 paires d’yeux qui m’observent. Ce n’est pas comme si je ne vais pas être vu. La logique n’entre pas en compte. (…) Pourquoi je prenais l’option la plus autodestructrice ? »

Sa volonté de ne pas changer son jeu

« Le problème, c’est que cette ‘‘coupure’’ se produit aussi quand je fais quelque chose de brillant sur le terrain. Et ça, bien sûr, je ne veux pas le perdre. J’ai marqué des buts sans réussir à pouvoir comprendre exactement ensuite comment je les avais marqués. Il y a quelque chose dans ma façon de jouer qui est inconscient, pour le meilleur ou pour le pire. Je veux libérer la tension, la pression, mais je ne veux pas perdre la spontanéité de mon jeu et encore moins l’intensité de mon style de jeu. »

Son refus d’être aidé à Liverpool

« Liverpool m’avait envoyé un psychologue du sport après l’incident avec Ivanovic. On avait passé deux heures à parler de ce qui me passait par la tête à ce moment-là. Il m’avait dit que je pouvais le revoir, mais j’avais résisté. Notamment parce que ce traitement m’aurait rendu trop calme sur le terrain. Et si la prochaine fois que le ballon vient devant moi, je le laisse passer au lieu de le chasser ? Je suis le joueur qui va se tuer juste pour éviter une touche à la 90e minute. D’une certaine façon, c’est normal aussi qu’un attaquant soit irritable et nerveux. Je suis irrité quand un défenseur me pousse dans le dos. Je suis irrité quand je manque des occasions. Si mes premiers ballons sont ratés, je me demande : ‘‘Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ?’’ Et je sais que quand un joueur va vouloir m’affronter, il y a un risque que je réagisse. »

Sa nervosité, déjà forte chez les jeunes

« Ça paraît étrange de le dire après un troisième incident, mais je me suis amélioré. Je suis plus calme. Quand j’étais gamin, j’ai été expulsé pour avoir mis un coup de tête à un arbitre. Je protestais après une décision, l’arbitre m’a mis un carton rouge et je lui ai mis un coup de tête. Je ne suis vraiment pas fier de ça. »

Sa déprime cet été

« Je ne voulais parler à personne après la morsure sur Chiellini, une fois de retour à Montevideo. Les volets étaient baissés, j’étais déprimé et je ne voulais pas comprendre ce qu’il s’était vraiment passé. Je regardais la conférence de presse de Tabarez à la télévision, lorsqu’il a annoncé que pour me soutenir, il démissionnait de son poste au comité stratégique de la FIFA. Depuis le match contre l’Italie, j’étais déprimé. J’étais en état de choc, engourdi. La tristesse m’accablait. Je le regardais et les larmes commençaient à couler sur mon visage. Je ne pouvais croire ce qu’il était en train de faire pour moi. Voir combien il m’aimait, voir ce qui était en train de se passer, était déprimant. »

Sa prise de conscience

« Sofi et moi sommes partis à la campagne pour parler de tout. Et j’ai finalement commencé à accepter ce dont j’avais besoin. Elle était en colère après elle-même pour ne pas avoir été plus ferme avec moi. Elle m’a dit : « Tu vas m’écouter maintenant ? » Cette fois, c’était comme s’il n’y avait pas d’alternative. Et j’ai pris l’initiative.

J’ai fait des recherches et j’ai trouvé les bonnes personnes. Si j’avais été à Liverpool, je serais peut-être retourné voir les personnes avec lesquelles j’avais déjà parlé. Et si j’avais déjà été installé à Barcelone, j’aurais vu ça avec le club. Mais j’étais entre ces deux clubs. Donc je suis allé moi-même trouver les bonnes personnes pour m’aider. C’est toujours quelque chose de très personnel, mais je sens qu’ils m’aident à comprendre que je ne dois pas retenir les choses, que je ne dois pas ressentir une si forte responsabilité quand je suis sur le terrain. »

Son travail sur lui-même

« Je suis déjà en train d’apprendre à composer avec cette pression. J’ai toujours préféré garder les choses pour moi, plutôt que les partager avec quelqu’un d’autre. Mais je suis en train d’apprendre le fait que si vous laissez aller les choses, vous vous sentez mieux. Ne pas tout garder, ne pas tout prendre tout seul. »