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Bielsa, Maradona, Messi: comment Pochettino est lié aux légendes du foot argentin

Mauricio Pochettino, qui s'apprête à succéder à Thomas Tuchel sur le banc du PSG, a appris le football au Newell's Old Boys, mythique club de Rosario. C'est aussi là-bas qu'il a découvert, ou noué une connexion, avec trois monstres du foot argentin: Marcelo Bielsa, Diego Maradona et Lionel Messi.

De Rosario, troisième cité la plus peuplée d'Argentine, le grand public ne connait généralement pas le Monument au drapeau, ni l'impressionnante cathédrale du 19e siècle. Mais les amateurs de ballon savent que c'est là, dans la province de Santa Fe, que bat le coeur du football argentin.

Rosario Central, et surtout Newell's Old Boys, les deux principales formations de la ville, ont vu passer la plupart des grands joueurs et coachs du pays, de Kempes à Batistuta, en passant par Berizzo, Sampaoli, Valdano, Heinze ou Di Maria. C'est aussi là qu'un certain Mauricio Pochettino s'est révélé. A Newell's, son club de coeur. Chez les "Leprosos", les lépreux, le futur entraîneur du PSG a découvert, voire côtoyé, la Sainte Trinité argentine: Marcelo Bielsa, Diego Maradona et Lionel Messi.

Pochettino et Bielsa

Milieu des années 80. Marcelo Bielsa, qui travaille avec Jorge Griffa à l’académie de Newell’s, sillonne l’Argentine à la recherche de nouveaux talents. Et débarque un jour avec son mentor à Murphy, bourgade de 4.000 âmes, ville natale de Pochettino. Un jour, ou plutôt une nuit.

Informés de l’énorme potentiel d’un gamin du coin, pisté par le rival Rosario Central, Bielsa et Griffa frappent à la porte de la demeure familiale des Pochettino à une heure du matin, en plein hiver. "Bielsa voulait voir un garçon de 13 ans, racontait Mauricio Pochettino il y a quelques années à ESPN. Il voulait voir mes jambes! Il a dit à mes parents: 'Ces jambes ressemblent à celles d'un très bon joueur'."

L'année suivante, Pochettino file chez les Rouge et Noir. A 16 ans, il y signe un contrat professionnel. A 17 ans, en 1989, il débute en équipe première, avant d'évoluer pendant deux saisons (1990-1992) sous les ordres de Marcelo Bielsa. Les deux hommes remportent ensemble deux championnats, atteignent la finale de la Copa Libertadores, et ne rompront jamais les liens.

Pochettino avec Bielsa et l'Argentine en 2002
Pochettino avec Bielsa et l'Argentine en 2002 © AFP

"J’aime Marcelo Bielsa, il est comme mon père, disait Mauricio Pochettino en 2017. Mon affection et mon amour pour lui sont sans faille. Il a été, lorsque j’ai décidé d’être manager, l’un des entraîneurs qui m’a inspiré." En novembre 2019, lorsque "Poch" a été remercié par Tottenham, le professeur Bielsa s'est montré touché par la nouvelle. "Le travail qu'il a accompli est brillant, a défendu l'entraîneur de Leeds. Il a emmené Tottenham à un très haut niveau. L'équipe qu'il a conduit jusqu'en finale de la Ligue des champions a été construite avec beaucoup de soin. (...) J'apprécie et je respecte énormément Mauricio. Quand quelque chose de mauvais lui arrive, je ne peux l'ignorer. Sa situation fait que je me sens triste. Mais d'ici quinze jours, il sera de nouveau au top."

Pochettino et Maradona

Si Bielsa quitte Newell's pour le Mexique à la fin de la saison 1992, Pochettino voit arriver quelques mois plus tard un autre monument. Un dieu vivant, même: Diego Maradona. Parti de Naples sur un contrôle positif à la cocaïne, le légendaire numéro 10 sort d'une saison compliquée à Séville et veut se relancer au pays avant le Mondial 1994. En septembre 1993, à 32 ans, le voilà avec le maillot des Leprosos sur le dos.

L'histoire durera moins de six mois, avec cinq petits matchs officiels à la clé. Mais pour Pochettino, elle est mémorable: et pour cause, dès son arrivée, Maradona se prend d'affection et de respect pour ce jeune et prometteur défenseur. Il en fait même son camarade de chambre lors des mises au vert. "Dormir avec lui, enfin dans la même chambre mais dans des lits séparés, c’était un rêve, racontait début 2019 l’entraîneur des Spurs. J’ai beaucoup appris de lui, je me souviens qu’il insistait toujours auprès des dirigeants pour que l’on soit traités de la même manière. S’il recevait quelque chose après un match, il demandait la même chose pour nous. C’était fantastique de l’avoir à nos côtés."

Mais Pochettino se souvient aussi de la fois où justement, Maradona n'est pas revenu dormir dans la chambre, le 2 février 1994: "Après le petit déjeuner, nous sommes allés nous entraîner, puis nous sommes retournés déjeuner. Personne ne savait où était Diego. Pendant que nous mangions, nous regardions les informations à la télévision: il tirait (avec un fusil à air comprimé, ndlr) sur des journalistes à Buenos Aires, à 400 kilomètres de chez nous!" Une nouvelle frasque qui lui vaudra condamnation, mais sur laquelle préfère ne pas s'attarder son coturne.

"Je l'aime, confiait Pochettino à ESPN en 2017. J'aime tout chez lui. Car je connais le vrai Maradona. On l'a vu sur le terrain, on l'a vu en public, où c'était la folie. Mais je vous promets qu'en privé, nous étions tous sous son charme. Son énergie, sa personnalité... Quand il est avec vous, il fait en sorte que vous vous sentiez le mieux possible. Il est très attentif aux gens qui l'entourent."

Pochettino et Messi

Parti de Newell's pour l'Espanyol de Barcelone en 1994, Mauricio Pochettino a peut-être aperçu cette année-là un enfant de sept ans débarquer dans les équipes de jeunes: Lionel Messi.

Séparés de quinze ans d'âge, l'ex-défenseur central et le sextuple Ballon d'or n'ont jamais eu l'occasion de jouer ensemble. Cela ne les a pas empêchés d'entretenir à distance certains liens: leur passion pour leur club de jeunesse, déjà, et leurs nombreuses années en Catalogne aussi, même si le maillot porté n'était pas le même.

En mars dernier, alors qu'il était libre de tout contrat, le technicien avait exprimé un rêve un peu fou au micro d'une radio argentine: "J'espère un jour revenir au club (Newell's), souriait-il. J'ai encore le temps, peut-être que ce sera dans dix ans, et peut-être que ce sera avec Messi." Si jamais Pochettino ne veut pas attendre, il lui reste aussi la possibilité de faire venir son compatriote à Paris...

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Lionel Messi

Clément Chaillou