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Crise des droits TV: les GAFAM à la rescousse du football français?

Au lendemain de l'annonce de Maxime Saada, le patron de Canal+, l'incertitude demeure en cas de nouvel appel d'offres. Pour les dirigeants de la LFP, une option pourrait faire office de solution miracle: l'arrivée des GAFAM. Mais l'implication des géants du numérique sur le marché paraît assez improbable à ce stade.

Une implication inégale des GAFAM dans le monde du sport

Alors que le football français traverse une crise inédite, qui a pris un nouveau tournant hier avec les déclarations du patron de Canal+ Maxime Saada souhaitant rendre ses droits sur la saison en cours, les GAFAM ont tout pour être les sauveurs d'un secteur en panique. Depuis l'annonce de la fermeture de la chaîne Téléfoot, les dirigeants de clubs et de la Ligue de football professionnel (LFP) rêvent de pouvoir s'en remettre à la manne financière considérable des Google, Facebook, Amazon ou encore Netflix.

Mi-décembre, Vincent Labrune, le patron de la Ligue, affirmait même lors d'un conseil d'administration avoir échangé avec les GAFAM. Et alors qu'un nouvel appel d'offres pour les droits de diffusion de la Ligue 1 sur la période 2020-2024 pourrait avoir lieu, comme l'a réclamé Saada, l'implication des GAFAM semble être la solution miracle à tous les problèmes du football français.

En réalité, voir Netflix, Google ou Facebook racheter un ou plusieurs lots en cas de nouvel appel d'offres semble aujourd'hui très improbable. Le modèle économique de ces géants du numérique ne correspond pas réellement à la diffusion d'événements sportifs en direct et leurs patrons respectifs ont déjà écarté l'idée d'acheter pour le moment des droits de diffusion de compétitions. Signe de ce désintérêt? Lors de l'appel d'offres pour les droits de diffusion de la Bundesliga en juin dernier, les GAFAM étaient très attendus. Finalement, aucun de ces géants n'a obtenu le moindre lot et les droits ont baissé. 

Parmi ces GAFAM, seul Amazon semble être une option envisageable. Début décembre, Frédéric Duval, le patron France de la plateforme Amazon, déclarait sur BFM Business "s'intéresser à tout", et notamment aux droits de diffusion de la Ligue 1. Mais en réalité, il est très peu probable de voir Amazon miser sur les lots que possédaient jusque-là Mediapro et Canal+. 

En 2019, Didier Quillot, ancien directeur général exécutif de la LFP, indiquait à L'Équipe: "On avait rencontré Amazon et Alex Green (patron des sports, ndlr) cinq ou six fois, à Paris, à Londres, aux États-Unis. J’ai sincèrement cru qu’ils seraient là sur notre appel d’offres de la Ligue 1 (en mai 2018, ndlr). (…) Mais pour le moment, ils ciblent les franchises mondialisées comme la Premier League."

La qualité plutôt que la quantité

Depuis quelques années, Amazon diffuse en effet des événements sportifs en direct sur Prime Video. Mais pas n'importe quelle compétition. En décembre 2019, la plateforme d'Amazon a diffusé pour la première fois deux journées complètes de Premier League, soit 20 matches au total. Un produit attractif acquis par Amazon jusqu'en 2022 qui a entraîné une forte augmentation des abonnements à Prime Video en Grande-Bretagne.

Le géant du numérique a également acquis la diffusion, pour la période 2021-2024, de la meilleure affiche de Ligue des champions du mardi pour la retransmettre en Allemagne, et du mercredi pour l'Italie. En France, Amazon ne s'est pour l'instant placé que sur un produit: dix sessions de nuit de Roland-Garros seront retransmises sur Prime Video, à partir de l'édition 2021 et jusqu'en 2023.

Amazon vise donc des produits de grande qualité et des compétitions de premier plan pour inciter de nouveaux consommateurs à s'abonner à sa plateforme. Un pari sur l'attractivité plutôt que sur la quantité et pour des sommes loin d'être exubérantes. Difficile donc de voir Amazon miser aujourd'hui sur la Ligue 1, alors que les lots proposés lors de l'appel d'offres de 2018 incluaient des rencontres moins suivies par les téléspectateurs.

Redécouper les lots, la solution pour attirer les GAFAM?

En cas de nouvel appel d'offres, la LFP pourrait se pencher sur une solution à même d'attirer les GAFAM: un redécoupage de ses lots. En 2018, lorsque le football français avait atteint le milliard d'euros, sept lots étaient proposés aux diffuseurs. Le lot 1, le plus "attractif" et remporté par Mediapro, proposait ainsi l'affiche du dimanche soir à 21h.

Mais ce produit hebdomadaire pourrait ne pas convenir à un acteur comme Amazon. En redécoupant ses lots, la LFP pourrait tenter de commercialiser des "packages" plus adaptés au modèle proposé par Amazon. Mais en cas de découpage trop abrupt, certaines affiches entre petits clubs risqueraient de ne plus trouver preneur auprès des diffuseurs.

La Ligue se retrouve donc dans une situation complexe alors que les clubs professionnels traversent une période d'asphyxie financière. Outre les GAFAM, une autre solution pour le football français pourrait se nommer DAZN, le "Netflix du sport", qui a débarqué dans le monde du sport français en mars dernier en acquérant quelques combats de boxe.

DM