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"Dès le début, il sait qu’il est au-dessus du club": Bodmer raconte le Zlatan version PSG

Diffusé ce jeudi soir sur RMC Sport 1, "Z, le film" retrace en trois épisodes la carrière et le caractère de la superstar suédoise Zlatan Ibrahimovic. Un document exceptionnel dans lequel on retrouve notamment Mathieu Bodmer, son ancien coéquipier au PSG devenu consultant, qui remonte le fil de son passage dans la capitale française. Un entretien passionnant.

Mathieu Bodmer, l’aventure de Zlatan au PSG commence fort avec l’épisode de la valise...

On est à table lors d’un stage à New York et Zlatan arrive. Il dit bonjour poliment à tout le monde, super gentil. On fait le repas puis une sieste et on avait une séance à 16h30-17h. Quand il redescend un peu avant, il dit: "Il y a un souci, je suis monté dans ma chambre et il n’y a pas de valise". Elle était restée dans la grande salle de restaurant. On lui dit que c’est à lui de la prendre et il nous répond non. Ça fait trois heures qu'il est au club, il n’a même pas vu le terrain et il dit à Leonardo: "Tu m’as fait venir, tu m’as dit que c’était un grand club et qu’on allait faire de grandes choses mais c’est à moi de porter mon sac? A partir de maintenant, tu vas prendre quelqu’un qui va porter le sac de toute l’équipe!" On s’est dit qu’il allait dans le sens de l’équipe car il ne l’avait pas fait que pour lui. Tout le monde a l’image d’un ego surdimensionné, d’un Zlatan qui ne pense qu’à lui, mais ses décisions étaient souvent pour tout le monde.

De l’intérieur, avez-vous vu la chose comme un caprice de star qui se la joue?

S’il avait dit qu’il fallait quelqu’un juste pour porter son sac…Mais ce n’était pas le cas. Il l’a fait pour améliorer le quotidien du groupe. Dans les grands clubs où il est passé, des grandes structures comme l’Ajax, le Milan ou le Barça, ils faisaient tout le temps ça. Quand on lui a dit que le PSG était un grand club, il s’est dit que c’était un club comme ceux-là sauf que c’était un degré moindre. Il a amené une exigence, des petits détails. Ce n’est pas parce que quelqu’un porte ta valise que tu vas gagner des matchs mais ça faisait partie de sa logistique. L’équipe doit se concentrer sur le terrain pour gagner des matchs et le reste, c’est à d’autres personnes de le faire.

Avez-vous d’autres exemples qui témoignent de sa façon de faire grandir le club?

Il y a les primes, par exemple. En France, souvent, tu avais des primes pour ceux qui jouent beaucoup et d’autres pour ceux qui jouent peu. Lui avait négocié que tout le groupe devait avoir la même, de celui qui marquait cinquante buts comme lui au troisième gardien. Il avait expliqué que même le vingt-cinquième joueur de l’effectif allait compter à un moment donné, pas obligatoirement en match mais plus il va s’entrainer correctement, plus il va pousser les titulaires à bien jouer. J’avais trouvé ça classe car il aurait pu dire: "C’est moi qui marque tous les buts, c’est normal si j’ai une prime et pas l’autre qui ne joue pas". Quand j’expliquais ce concept dans d’autres clubs moindres, il y a des gens qui ne comprenaient pas. Ibra a amené cette mentalité de l’exigence du très haut niveau avec d’autres comme Thiago Motta, Maxwell ou Thiago Silva. Avec eux, on comprend que toutes les compétitions se gagnent avec un effectif au complet et pas à onze ou quinze joueurs.

Nasser Al-Khelaïfi, Zlatan Ibrahimovic et Leonardo lors de la signature du Suédois au PSG en 2012
Nasser Al-Khelaïfi, Zlatan Ibrahimovic et Leonardo lors de la signature du Suédois au PSG en 2012 © AFP

Zlatan est connu pour ses punchlines au micro des médias. Quand on partage son vestiaire, comment voit-on cette facette du géant suédois?

Ça me faisait rire parce qu’il jouait un rôle. C’était un jeu. C’est un très bon acteur. Même au niveau du faciès, il est capable de sourire puis d’être énervé, de changer d’attitude rapidement. On l’a vu plusieurs fois en rigoler. Il y a le Zlatan qu’on voit devant la caméra mais dans un vestiaire, ce n’est pas le même. Il est jovial, il blague mais il est très sérieux dès que l’entrainement commence. Ce n’était pas un caractère particulier à gérer. J’ai joué avec des mecs qui étaient dix ou cent fois plus compliqués que ça, qui boudaient, etc, et qui au final n’étaient pas souvent bons sur le terrain. Lui, le week-end, il te montrait comment faire. C’était une locomotive.

Est-ce que vous réagissiez à ses sorties médiatiques entre vous?

Pas spécialement. Franchement, ça nous amusait, mais quand tu joues dans des clubs comme ça, tu ne regardes pas tout ce qui se dit. Le truc bien quand tu joues avec Ibra, c’est que tout le monde parle de lui et que tout le reste de l’effectif est tranquille. Tout le monde l’attend et tu passes quasi inaperçu. Tu n’as presque plus de pression. C’est lui qui la prenait avec Leonardo et deux-trois autres joueurs majeurs.

Certains de ses coéquipiers étaient-ils jaloux de Zlatan?

Je ne pense pas. Au contraire. On était très heureux de passer incognito dans Paris alors que lui ne pouvait pas sortir. Ça posait peut-être plus de problèmes dans différents clubs, comme à Barcelone où ça s’est moins bien passé. Il y a des gens qui ont du charisme, qui attirent les regards quand ils rentrent dans une pièce. Ibra, c’était la même chose. Quand il rentrait dans une pièce, tu savais qu’il était là car tu avais un mix entre le silence et un murmure. Les gens chuchotent et se demandent ce qu’il va faire. En bien ou en mal.

Certains de ses anciens coéquipiers nous dont dit qu’il leur faisait peur.

Qu’ils ne jouent pas au foot, les mecs… Blaise Matuidi, par exemple, a été énorme à ses côtés pendant plusieurs saisons. Il l’a adoré car il le voyait courir pour lui, pour permettre de gagner des matchs. Tous les jours, Zlatan fait le travail à l’entraînement puis il te met trente à quarante buts par saison. Il ne va pas comprendre que le mec d’à côté ne soit pas bon ou ne fasse pas les efforts pour l’être. Il est impressionnant physiquement et peut-être que la relation avec certains est compliquée à cause de ça. Tu ne vas pas lui répondre comme tu réponds à quelqu’un d’1m70. A notre époque, en tout cas, c’était agréable.

Zlatan Ibrahimovic sous le maillot du PSG en mai 2014
Zlatan Ibrahimovic sous le maillot du PSG en mai 2014 © AFP

L’avez-vous parfois vu abuser de son statut de star?

C’est arrivé, il ne faut pas se mentir. C’est le revers de la médaille. Je n’étais pas là à cette période mais à un moment, il ne voulait plus se garer donc il rentrait par l’autre porte du Camp des Loges, il laissait la voiture devant en mode "démerdez-vous!" Il va te faire gagner des matchs, et 90% du temps il est plus que respectueux, mais parfois il y a des dérapages. La saison avec lui, je n’ai pas trop vu de côté négatif. Son passage au PSG a été beaucoup plus positif que négatif. Il a apporté beaucoup de choses, pas que sur le terrain, pour faire grandir grandir le club: le sérieux au quotidien, la structure en elle-même, le nombre de kinés… Et ça a bonifié les gens qui étaient autour. Blaise, par exemple, était déjà quelqu’un d’exigeant mais cette hausse de son exigence fait qu’il finit sur un titre de champion du monde. Et ceux qui n’ont pas eu cette exigence-là, comme moi, ne sont pas restés au club pour diverse raisons. C’est un des joueurs les plus importants des cinquante ans du PSG dans le fait d’avoir fait passer des niveaux au club.

On peut donc dire que Zlatan a changé le PSG.

C’est la personne qui a fait que le PSG est passé dans une autre ère. Quand tu fais la présentation devant la Tour Eiffel… Quand il arrive, Ibra avait déjà tout prouvé, joué dans les meilleurs clubs. Il avait de l’aura et c’était vraiment le joueur qu’il fallait pour passer du projet marketing à celui sur le terrain. Quand il vient, tu gagnes le titre et c’est trente-quarante buts tous les ans. Tu ne gagnes pas la Ligue des champions mais tu passes des paliers.

Le PSG s’est-il trop prosterné devant lui, créant un rapport de force néfaste?

L’institution est toujours au-dessus du joueur. Mais Ibra quand il arrive au PSG, il est au-dessus du club. Tout le monde parlait de lui comme tout le monde parle de Neymar et Mbappe aujourd’hui. Ils sont au-dessus de l’institution et c’est le problème du PSG. Mais c’est un club plus jeune, avec une histoire européenne moins riche que d’autres, donc il faudra du temps pour que l’institution parisienne soit au-dessus des joueurs. Pour l’instant, ils ont besoin de ces gens-là pour grandir: les followers sur les réseaux sociaux, les maillots, le nombre de partenariats, etc. Pour ceux qui ont connu le PSG il y a quinze ansz, c’est inimaginable. C’est bien pour tout le monde, le championnat de France aussi, et Ibra a contribué à ces choses-là.

Zlatan aime les gens qui s’opposent à lui. Le PSG aurait-il dû un peu plus serrer la vis?

Sûrement, oui. Mais comment faire? Au départ tu veux que ce soit ta tête de gondole car tu ne peux pas avoir Ronaldo ou Messi, hors de prix et compliqué sportivement. Donc quand tu vas chercher, et tout le monde est au courant de cette histoire, il dit: "Mets-moi tant". Et eux disent oui à tout. Il se dit que c’est des fous mais il aurait tort de s’en priver, on l’aurait tous fait. Mais à partir du moment où on accepte tout, tout le monde sait qu’il a gagné. Dès le début, il sait qu’il est au-dessus du club. Mais eux savent qu’ils ont besoin de lui pour grandir. C’est donnant donnant. Dans le vestiaire, ça ne s’est pas ressenti plus que ça. Il avait son leadership mais beaucoup de respect pour ses partenaires.

Zlatan Ibrahimovic avec le PSG en décembre 2013
Zlatan Ibrahimovic avec le PSG en décembre 2013 © AFP

En mars 2015, il y a sa sortie médiatique à Bordeaux, où il s’en prend aux arbitres et à la France de manière générale en évoquant un "pays de merde" qui "ne mérite pas le PSG"…

C’est un sentiment sur ce match-là, ou il est un peu dégouté. Il a été trop loin mais c’était pour marquer le fait qu’en France, beaucoup de gens aiment le PSG mais beaucoup le détestent. Mais comme Lyon dans les années 2000 et Marseille dans les années 90, il ne faut pas oublier que c’est le PSG qui fait avancer le championnat aujourd’hui. Il fallait le prendre dans ce sens-là: "On est la vitrine du championnat, il faut nous respecter". C’était un manque de respect pour la France et la Ligue 1 mais ce n’était pas une question de mégalomanie. Il a juste pété un plomb ce jour-là, fin de l’histoire.

Zlatan était-il reconnu à sa juste valeur à Paris?

C’est un sentiment avec toutes les vedettes. Neymar, Mbappé, dès qu’il ne marquent pas pendant deux-trois matches, ils sont critiqués. Ce sont les Français. On est un peuple qui râle pour tout, une loi, un but mis ou pas mis. On est champions du monde mais on n’est pas content parce qu’on n’a pas bien joué. C’était la même chose. Certains étaient contents de l’avoir, d’autres non. Mbappé, par exemple, quand il est un peu moins bon, certains supporters disent: "Il faut qu’il aille au Real". Et comme toujours, quand il va y aller et mettre 300 buts, on dira que ça aurait été bien qu’il reste.

Une théorie veut qu’il ait voulu être le plus connu après avoir échoué avec le plus fort. Il y a du vrai?

Possible. Il faudrait deux heures là… Tu as quelques joueurs par génération qui dépassent le cadre du football. Ibra, tu peux en parler dans le monde entier, ce n’est pas qu’un joueur de football. Peut-être qu’il est arrivé un peu tôt, pas à la bonne époque, et il a changé la mentalité. Et puis quand il part en MLS, tout le monde a dit qu’il était fini, mais il revient au top à Milan. Le mec est toujours là.

Zlatan Ibrahimovic célèbre un but avec ses coéquipiers du PSG face à Chelsea en huitième aller de la Ligue des champions en février 2016
Zlatan Ibrahimovic célèbre un but avec ses coéquipiers du PSG face à Chelsea en huitième aller de la Ligue des champions en février 2016 © AFP

On a l’impression que plus il vieillissait, moins il pensait au foot…

Je ne pense pas. Je l’ai vu passer sept-huit heures au Camp des Loges pour se préparer malgré tout ce qu’il avait gagné. Tu lui dis que c’est à 10h, il est là à 9. Il fait sa muscu, ses étirements, ses soins. Pour nous, c’était une passion avec l’argent qui tombait, mais pour ces joueurs, Ibra, Maxwell, Silva, Motta, c’était un métier. Je dis pas qu’ils ne sont pas passionnés, au contraire, mais ils étaient capables de passer sept-huit heures au club, chose que personne ne faisait en France. Ils dormaient presque au centre. Pour nous, c’était inconcevable: quand tu habites à Paris, tu vas te balader l’après-midi, tu vas au restaurant, il y a tellement de tentations… Eux, non: "Je suis venu ici pour travailler. Et à la fin, il faut que je sois champion. Comme ça, on ne pourra rien me dire." C’était leur mentalité. Il n’y a pas de mystère: tu as beau avoir tout le talent du monde, si tu ne travailles pas un minimum, que tu n’es pas sérieux, tu ne peux pas monter les échelons.

Lors sa première saison, il marque son premier "classique" de son empreinte avec deux buts en deux minutes au Vélodrome contre l’OM (2-2). Ça fait quoi de voir ça?

Il marche sur Marseille avec deux beaux buts. Pareil lors du premier match de championnat: on joue Lorient, on est mené 2-0 et il met deux buts. Tu te dis: "Il est au-dessus". Il y avait les matches avec Zlatan et ceux sans. Quand il est parti, et encore aujourd’hui, c’était compliqué de le remplacer. Les adversaires, quand ils voient Zlatan, tu as presque un but d’avance car ils savent qu’ils vont devoir s’y mettre à trois. Il est costaud, grand, il peut prendre la profondeur mais aussi garder le ballon, il peut marquer de la tête malgré le marquage. Techniquement, c’est extraordinaire donc quand tu rentres avec un joueur comme ça sur le terrain… Les autres nous demandaient toujours: "Alors, ça fait quoi de jouer avec Ibrahimovic?" C’est un être humain mais comme pour certains, un Beckham par exemple, ça dépasse un peu le cadre de son sport. Ce sont des gens au-dessus du football.

Est-il arrivé qu’il vous "scotche" par ses performances?

Pas spécialement. J’étais content de jouer avec lui car c’est un grand joueur de foot et c’est plus facile : que tu mettes le ballon à dix centimètres ou à trois mètres au-dessus du sol, il est capable de la contrôler, de te la rendre propre puis de te regarder pour dire: "Mets là un peu mieux!" Je suis heureux de l’avoir côtoyé car il aura marqué l’histoire du football. Dans tous les clubs ou il est passé, il a été performant et a gagné des titres.

Zlatan Ibrahimovic célèbre un de ses deux buts pour sa première au Vélodrome avec le PSG contre l'OM en octobre 2012
Zlatan Ibrahimovic célèbre un de ses deux buts pour sa première au Vélodrome avec le PSG contre l'OM en octobre 2012 © AFP

On a l’impression d’un plafond de verre pour lui, notamment sur la scène européenne. Comment l’expliquez-vous?

Ce n’est plus deux heures qu’il faut mais deux semaines! En fait, tu te rends compte qu’il n’est pas arrivé au meilleur moment, sauf peut-être à Barcelone. Quand il arrive à Paris, le PSG n’a pas d’expérience en Ligue des champions. Il a fallu apprendre à tout le monde ce que c’était de sortir des poules. Quand je suis arrivé à Lyon, sortir des poules, c’était normal. Tes adversaires ne te regardent pas pareil. Mais les premières années au PSG, quand tu joues le Bayer Leverkusen ou le Celtic, ils arrivent pour gagner car ils ne connaissent pas encore bien le PSG. Aujourd’hui, ce n’est plus la même chose. Il a eu des circonstances atténuantes mais il n’a pas été bon dans les phases à élimination directs, où il a même pris des rouges. Mais l’année Barcelone, s’ils sortent l’Inter, je pense qu’ils vont au bout. C’est peut-être un des regrets de sa carrière. Après, quoi qu’on en dise et sans lui manquer de respect, il n’est pas dans la cour de Messi ou Ronaldo.

Est-ce que ça le faisait douter?

C’est possible. Quand tu es une superstar, il faut le prouver. Ronaldo-Messi, c’était un petit peu plus compliqué cette saison, mais pendant des années tu savais que quand il fallait gagner, ils allaient mettre les buts. Et Zlatan, dans les matchs à élimination directe, il n’en a pas été capable avec le PSG.

Si on compare à des Benzema ou Lewandowski, peut-on dire que Zlatan est surcoté en raison de la beauté de ses gestes et de certains de ses buts?

Bonne question. Je ne pense pas car c’est vraiment un très grand joueur. Il a mis des buts extraordinaires et médiatiquement, il est au-dessus car c’est un personnage. Un Benzema est un joueur magnifique mais il ne parle pas trop, il s’exprime beaucoup moins donc on en parle moins. Lewandowski, pareil. Mais à la fin, quand il fera le bilan de sa carrière, et il le fera, il n’y aura pas de Ligue des champions quand d’autres en ont trois-quatre ou plusieurs Ballons d’Or pour citer les deux phénomènes. On ne peut pas résumer sa carrière à la Ligue des champions mais c’est LA grande chose qui lui manquera.

Zlatan a été champion partout, presque tout le temps. Est-il le joueur décisif dans ce palmarès?

Quand tu mets quarante buts par saison, évidemment. Mais cette histoire de Ligue des champions est bizarre. Dès que tu arrives en huitième ou quart, tu ne le vois plus et l’équipe est éliminée. Tu as eu le match à Chelsea ou il prend un rouge alors que tu comptes sur lui. Après, la saison dernière, Mbappé n’a pas été décisif dans les derniers matches européens. Ce n’est pas si évident que ça, même pour les grands joueurs. Des machines comme Messi et Ronaldo, je ne suis pas sûr qu’on en retrouve énormément dans le futur. Au PSG, Ibra a éclaté tous les records mais être là le jour J en Ligue des champions et ne pas rater l’action décisive n’est pas donné à tout le monde. Il y avait Zidane, aussi. Des joueurs rentrés dans la légende car capables d’être là au bon moment.

Zlatan Ibrahimovic soulève le trophée de champion de France avec le PSG en mai 2016
Zlatan Ibrahimovic soulève le trophée de champion de France avec le PSG en mai 2016 © AFP

Il est dans la légende, Zlatan?

Il y sera car il a gagné des titres nationaux partout. Je ne suis pas sûr qu’il en gagne avec Milan car d’autres clubs sont un peu plus costauds mais il a ramené le club en Ligue Europa. Depuis qu’il a démarré le football, il est tout le temps champion ou presque. Il n’y a pas de mystères.

On dit qu’il est le Benjamin Button du foot. C’est quoi son secret pour durer?

Il court moins! Il prend soin de son corps, il est sérieux, il ne fait pas ou peu d’écarts. Il a changé son jeu, aussi. Pour ceux qui connaissaient Zlatan il y a dix-quinze ans, il y a maintenant un peu moins de prise en profondeur, beaucoup plus en pivot, et il est capable de le faire encore longtemps vu son gabarit. S’il a envie de jouer jusqu’à quarante-cinq ans, il ne sera pas loin d’y arriver. Il joue aussi dans un championnat un peu moins contraignant pour les attaquants car les défenses sont basses. Je ne suis pas sûr qu’il puisse encore jouer comme ça en France avec des espaces plus grands, des joueurs qui vont plus vite et des défenseurs qui font mal. L’Italie lui convient très bien et tu peux mettre une pièce qu’il va continuer à mettre entre dix et quinze buts parce que c’est comme ça.

Pourquoi continue-t-il à jouer?

Il aime le foot, tout simplement. Neymar, on voit ses mauvais côtés actuellement mais à la base, tu lui donnes un ballon en final de Ligue des champions ou sur une plage au Brésil, il va jouer pareil car il aime ça. Ibra, c’est la même chose. Un cinq contre cinq à l’entraînement était aussi important que le match du samedi. C’est un compétiteur. C’est un beau message: il a quarante ans, il a gagné des titres, il a la gloire et tout ce que vous voulez, mais il a encore envie de jouer.

Avez-vous pensé qu’il était fini avec sa dernière blessure?

Non. Il ne peut pas sortir sur une blessure. C’est un mec comme ça. Il faudra qu’il finisse sur le terrain en ayant marqué trois buts et en levant les mains. On sait comment ça va se finir, et tant qu’il n’aura pas fait ça… On l’a vu à Paris avec sa dernière au Parc contre Nantes: le match était arrêté mais pas fini et il fait renter ses enfants au milieu du stade. Tout le monde laisse passer car c’est lui mais ça n’existe pas, en fait. Il terminera quand il l’aura décidé.

Zlatan Ibrahimovic ne cache pas sa frustration après une action ratée avec le PSG en décembre 2015
Zlatan Ibrahimovic ne cache pas sa frustration après une action ratée avec le PSG en décembre 2015 © AFP

A-t-il trop besoin de lumière pour quitter le foot?

Je ne suis pas convaincu de ça. C’est vraiment parce qu’il aime le foot, je pense. On l’a vu quand il a annoncé revenir pour disputer l’Euro. Il a encore envie de jouer, mais si demain il a envie de faire acteur ou un truc comme ça, on va lui donner du travail. Il pourra être dans la lumière toute sa vie, consultant vedette comme certains font. On parlera de lui jusqu’à sa mort parce qu’il a marqué le football, parce que c’est un personnage. Il fera peut-être de la politique dans son pays, je ne sais pas. On ne l’oubliera jamais. Je ne pense pas que ce soit la lumière qui l’attire mais qu’il n’a pas envie d’arrêter tant qu’il arrive à tenir la route physiquement.

On se souvient à Paris de ses duels animés avec Bayal Sall de Saint-Etienne, où vous aviez été prêté durant sa première saison au PSG.

Bayal était une masse, le seul capable de le tenir physiquement. Il n’avait pas peur. Quand je reviens à Paris, Zlatan me dit: "Il est costaud, c’est dur avec lui". Je lui réponds qu’il est costaud comme lui mais il me dit: "Ah non, lui il est vraiment costaud". Les duels étaient beaux et ils se respectaient. Ibra aimait rentrer sur le terrain et se dire que ça allait être dur, qu’il allait parler avec son adversaire, qu’ils allaient se chambrer, mettre des coups. Ce qu’il n’aimait pas, c’est quand il mettait un coup et que le mec se roulait par terre pendant des heures. Ibra n’est pas un joueur qui fait du cinéma. Tu lui mets un coup, aucun souci , il t’en remet un, mais il ne faut pas que tu plonges. Les petites altercations avec d’autres joueurs, c’est quand ils se roulaient. Il ne supportait pas. Bayal, c’était la même catégorie.

Il y avait aussi eu quelques altercations avec Paul Baysse à Nice, où vous étiez parti après le PSG.

Paul aime bien chambrer, Ibra aussi. Il y avait l’histoire du maillot. Il s’était retourné vers lui pour lui dire: "Je ne te connais pas". Mais encore une fois, ils se respectaient. Après le match, ils se serraient la main et ils remettaient ça au suivant. Ça fait partie du jeu. Ça avait aussi été compliqué avec Adil Rami mais il aimait ça car c’était un match "intéressant" avec du répondant en face. Avec Bayal, tu entendais parfois des bruits. Quand tu as deux mecs qui font quasiment 100kg et qui se rentrent dedans… Quand Ibra décrochait, l’autre le tamponnait et tu entendais un de ces bruits. Pareil au duel à la tête. Certains seraient morts avec ça. Tu te disais qu’il y en avait un qui allait tomber mais ils avaient beaucoup de fierté et ne voulaient pas perdre.

Nicolas LANSALOT (Transversales)