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Evénement RMC: l'interview intégrale de Kylian Mbappé dans Rothen s'enflamme

C'est une interview exceptionnelle. D'abord parce que Kylian Mbappé parle peu et rarement pour ne rien dire. Lors de 50 minutes d'interview avec Jean-Louis Tourre et Jérôme Rothen dans "Rothen s'enflamme" ce mardi, l'attaquant du PSG et des Bleus n'élude aucun sujet.

Le début de saison du PSG

Quel est ton ressenti sur le PSG sur ce début de saison?

On a fait un super recrutement. Le monde entier a vu que le Paris Saint-Germain voulait se donner les moyens de ses ambitions. Après, les joueurs sont arrivés à différentes dates. Certains sont revenus tard de sélection, d’autres blessés, pas en forme. On a mis du temps à aligner notre équipe. On n’a toujours pas eu tous nos joueurs. On doit en récupérer encore quelques-uns. Mais on a fait le travail en championnat. En Ligue des champions, c’est assez satisfaisant quand même aussi avec cette victoire à domicile contre Manchester City. On avance tranquillement. On essaye de se préparer au mieux, pour être prêt aux moments vraiment cruciaux de la saison.

Contre Manchester City, on vous a senti en progression collectivement…

Bien sûr, bien sûr. Il ne faut pas non glorifier plus que cela cette victoire. C’est quand même un match de poules. On est attendu tout au long de la saison. C’est sûr que ça fait du bien de gagner contre une grande équipe comme Manchester City et de montrer ce qu’on a montré sur ce match-là.

Vous avez souffert, vous avez preuve d’abnégation. Vous avez fait les efforts ensemble. C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu à Bruges par exemple…

Tu le sais autant que moi: pour gagner, il faut souffrir. Le match de Bruges, c’était autre chose. C’était vraiment la première de plein de joueurs. Il n’y avait aucun automatisme. Je suis sorti tôt dans la partie (blessé en début de seconde période, ndlr). C’était un match un peu étrange. On a réussi à ramener le point du match nul. On était déçus, mais pas abattus. On savait qu’il y avait de belles choses qui se présageaient pour nous. C’est vrai que ce match contre City nous a donné un nouvel élan. Tu gagnes à domicile contre l’une des meilleures équipes du monde, une équipe qui a pour habitude d’avoir la possession dans ton camp donc tu subis. On a l’habitude d’avoir le ballon, mais là on ne l’a pas. Ce sont des efforts différents du quotidien. On était tous prêts à se sacrifier l’un pour l’autre et je pense qu’on l’a bien montré.

Sur certains matchs, tu es seul en pointe. Est-ce que ce poste te convient? Ou est-ce qu’il y a un peu de frustration?

C’est différent. C’est un poste différent. Il faut regarder aussi les joueurs de l’effectif. On a Ney et Messi qui sont des joueurs beaucoup plus créatifs, qui ne peuvent pas jouer tous seuls devant. Moi, je suis là aussi pour libérer des espaces pour eux, pour qu’ils puissent jouer, donner des bons ballons. C’est ça aussi un trio. Il faut qu’on soit complémentaires, que chacun mette de l’eau dans son vin pour que le collectif en sorte grandi.

Avec l’arrivée de Messi, c’est ton poste qui a évolué le plus. Tu aimes bien partir du côté gauche quand même…

Oui, c’est là où j’ai le plus de repères, d’automatismes. C’est là où je me sens le plus dangereux. Mais quand tu joues avec Messi et Neymar, tu peux être dangereux partout. Ils te mettent dans des conditions quasi optimales, que tu peux être dangereux partout. Et il y a beaucoup de liberté, donc on permute beaucoup aussi. Ce n’est pas non plus une position qui est figée. Je ne suis pas le numéro 9 à la Lewandowski, qui ne quitte pas l’axe, ou Cavani et Ibra à l’époque. Je suis un joueur totalement différent, qui prend les espaces, qui est capable de décrocher, de s’éloigner sur le côté. J’ai quand même une assez grande liberté.

Contre Manchester City, vous avez plus permuté. C’est Pochettino qui l’a mis en place? En seconde période, j’ai l’impression que Messi était plus dans l’axe et toi sur un côté…

Non, pas forcément. Il faut s’adapter aux joueurs avec qui tu joues. Messi, c’est un joueur qui est attiré par l’axe, qui a besoin de cette densité. Et il libère le côté droit. Donc il faut aussi y aller. C’est naturellement que j’y vais. Je le vois qui rentre dans l’axe…

Il n’a pas ton volume, il ne peut pas courir autant que toi…

Il est différent. C’est pour ça qu’il faut accepter les joueurs avec les qualités et avec leurs défauts aussi. Messi, il est comme ça, il faut s’adapter. Quand il rentre à l’intérieur, il faut lui libérer l’espace et aller sur le côté. C’est ce que je fais et Ney aussi.

Pour ce trio, Pochettino vous donne-t-il des consignes claires ou vous laisse-t-il beaucoup de liberté? Quel est le boulot de Pochettino sur les trois attaquants?

Il laisse quand même une liberté, mais tu dois quand même quadriller. Tu dois rentrer dans un cadre collectif, dans un bloc. Tu ne peux pas non plus donner les clés du camion comme ça, "allez-y les trois". Il y a bien sûr de la liberté. Je pense que, pour que les trois soient bons, il faut qu’il y ait un minimum de liberté, qu’on puisse être libre de nos déplacements pour créer. C’est ce qu’on va nous demander, faire la différence. Mais on doit toujours rester dans ce cadre collectif. C’est primordial si on veut gagner de grandes compétitions.

En début de saison, quand Messi et Neymar n’étaient pas là, tu touchais beaucoup plus de ballons…

Oui, mais quand tu joues avec trois joueurs comme ça, il faut partager le gâteau. Tu joues avec trois joueurs qui font partie des meilleurs du monde. Tu ne peux pas dire "je donne à l’un, pas à l’autre". Les trois doivent manger. C’est là où on doit être intelligent. Il y aura toujours de la frustration, dans l’action. Mais il faut être intelligent. Le seul intérêt qu’on a, c’est de faire briller le Paris Saint-Germain.

On l’a vu sur le match contre Montpellier. Ney ne te donne pas le ballon quand il faut et on a senti que tu étais un peu énervé…

(Rires) Ça arrive. Ce sont des choses qui arrivent. Il faut bien sûr qu’on prenne sur nous. J’aurais sûrement dû prendre un peu plus sur moi. On en a discuté, sérieusement, pendant 20 secondes.

Tu ne regrettes pas ? C’était à chaud…

Je ne regrette pas… Tu connais ce monde-là, tu sais comment ça marche un vestiaire. Mais je peux comprendre que dehors, ils disent : "Putain, il parle de son pote, de son coéquipier, comme d’un clochard, qu’est-ce qu’il nous fait?" Mais quand tu as été dans ce monde-là, tu sais comment ça fonctionne. Mais je peux comprendre que ça heurte.

Est-ce que c’est juste l’histoire d’une action? Ou est-ce qu’il y a un mal-être profond?

Non, non, non. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour le joueur et l’homme qu’est Neymar. Il n’y aucun problème. Il y a déjà eu ça plein de fois. Après, c’est sûr qu’avec l’arrivée de ces joueurs, de Messi, il y a beaucoup plus de caméras donc on est épié, même quand tu sors, sur le banc. C’est un peu dommage. Je suis sorti, tu filmes le terrain. En plus, il y a un but. C’est comme ça, c’est le jeu. Il n’y a pas de problèmes avec ça.

La complicité dans le jeu avec Neymar, elle reviendra…

Elle n’a pas disparu. C’est juste qu’il faut intégrer un nouveau joueur, et pas des moindres.

On sent qu’il y a de la complémentarité qui se crée avec Messi…

Jouer avec Messi, c’est facile. C’est LE gaucher, LE joueur. Franchement, c’est vraiment facile de jouer avec lui. Il sent le foot. Il a toujours le geste juste. Si le jeu appelle à dribbler toute l’équipe et marquer, il va dribbler toute l’équipe et marquer. Si le jeu appelle à jouer en une touche, il jouera en une touche. C’est vraiment son respect du jeu qui fait ce qu’il est, l’un des plus grands de l’histoire, si ce n’est le plus grand. Ça, c’est chacun sa sensibilité.

Il y a eu plus d’échanges entre vous trois qu’à Bruges…

Bruges, c’est un peu faussé. Je suis sorti à la 49e minute. A partir de la 30, je ne pouvais plus jouer. C’était un peu faussé pour tirer des conclusions.

L'Euro raté

Avec le recul, referais-tu la même chose sur les déclarations avec Giroud? Et que s’est-il passé dans le groupe pour qu’il y ait des failles entre vous?

Déjà, pour l’Euro, on s’est loupé, sur tous les aspects. Des fois, on pousse l’analyse très loin. Là, il n’y a pas besoin. On s’est loupé, on a raté notre compétition. Que ce soit individuellement ou collectivement, on a raté notre compétition. Après, cette histoire… Moi, j’ai été déçu. Mais je pense pas qu’on l’a trainée vraiment longtemps. Moi, j’ai été déçu deux jours. C’est la vérité. J’avais la rage le soir. C’est vrai, je suis honnête, j’avais la rage le soir. C’était plus le truc… tu marques deux buts, je viens te féliciter et tu ne me dis rien. C’était plus ça. Mais au bout de deux jours, c’était terminé. J’ai parlé avec lui. On a discuté, on est des grands garçons. Maintenant, je ne lui en tiens même pas rigueur. Il n’y a aucun problème avec lui. J’espère qu’il va performer. Et s’il revient en équipe de France, c’est avec grand plaisir. Je lui ouvre la porte, grande ouverte. Et il va nous aider. En plus, il était proche du record de buts de Titi (Thierry Henry). Je pense que c’est important pour lui aussi.

C’était après le match amical contre la Bulgarie. Tu as pris les déclarations d’Olivier Giroud pour toi, tu as voulu t’expliquer…

C’était pour moi, j’étais concerné (rires). Comme je l’ai expliqué, c’est une question de profils. Je ne dis pas: "Lui, je ne lui donne pas la balle". Je ne suis pas un con. Mais il a un profil différent. On m’a reproché de faire plus de passes à Benzema. Benzema, il vient toucher des ballons à 60 mètres du but. Je regarde souvent les après-matchs: "Lui, il lui a donné 16 ballons". Mais il y a combien de passes-clé, de passes pour marquer? Si le ballon vient, tu fais une remise, on peut en faire 50… L’adversaire, il prend un café, il dit quand t’as fini, tu viens devant nos cages. Ce sont des joueurs différents. Olivier, c’est plus un joueur de surface, qui respire le but. Il touche moins de ballons. C’est une question de profils. Les gens ont cru que c’était une perception personnelle. Moi, je n’ai rien contre lui ! Je n’ai absolument rien contre lui.

Tu as un nouveau statut par rapport à la Coupe du monde 2018. Est-ce que ça a été bien géré ? J’ai l’impression que ça a égratigné certains dans le groupe…

Je ne sais pas. J’ai toujours essayer de ménager le collectif. Si j’ai obtenu ce statut, c’est grâce aux différents collectifs que j’ai eu. Les performances sont liées au collectif. Ils m’ont mis dans les meilleures conditions pour performer. Après, bien sûr, le talent fait la différence. Je n’ai jamais voulu égratigner le collectif pour m’élever moi-même. J’ai toujours voulu rester dans cette logique de collectif, encore plus avec la sélection.

Tu mets la barre très haut pour toi…

Oui, l’exigence envers moi-même, peut-être envers mes coéquipiers aussi. C’est peut-être ça qui est mal perçu. Je ne prétends pas être parfait. J’ai travaillé sur moi-même. Ça n’a pas marché à l’Euro. On s’est complètement loupé. Je me suis loupé aussi. J’espère que ça va nous servir pour la Coupe du monde. Ça vient vite. Avec la génération et l’équipe qu’on a, ce serait vraiment dommageable de louper deux grosses compétitions comme ça.

Le penalty que tu rates contre la Suisse, ça peut arriver à n’importe quel joueur. J’ai quand même vu un manque de soutien…

J’ai entendu ça, ça a fait pas mal de débats, sur le fait que personne n’est venu me voir. Moi, je n’ai pas de problèmes avec ça. J’ai raté mon penalty, je voulais rentrer aux vestiaires. A aucun moment, je ne me suis dit : "Ils ne sont pas venus me voir". Franchement, j’ai raté mon penalty, je voulais juste rentrer, prendre ma doucher et oublier au plus vite. Le truc de venir me câliner… Je ne recherchais pas de soutien. Tu rates ton penalty, tu assumes. Quand tu gagnes, on te fait des louanges. Quand tu perds, tu as des critiques. C’est la loi du foot. Quand je m’élance pour tirer, je sais ce qui m’attend si je marque ou si je rate. Il n’y avait pas de problèmes.

Donc pour toi, ce n’est pas lié à certaines tensions…

Non. Les gens sont déçus, les joueurs aussi. Peut-être qu’ils n’ont pas pensé tout de suite à : "On va voir Kylian". Ils se sont dit : "Putain, on est éliminé de l’Euro, c’est fini, on rentre chez nous". Et après : "Ah Kylian, mince". Parce que dans le vestiaire, les gens, ils sont venus me voir.

Comment tu expliques cet échec à l’Euro?

C’est compliqué. On perd dans un match où on mène 3-1 à la 80e, contre une équipe qui est supposée être inférieure. Tu te dis que le match est gagné, tu te projettes. Et tu perds. En phase de poules, on fait un premier match contre l’Allemagne qui est satisfaisant. Après, on est tenu en échec par la Hongrie. On est quand même en difficulté mais il n’y a pas de prémices sur quelque chose de négatif qui va arriver. On se dit que c’est un couac, dans un stade de 60.000 personnes et après le Covid, on est surpris. On joue le Portugal, on assure la première place. On se dit que pour l’instant, c’est une phase de poules, comme à la Coupe du monde, ça va au petit trot. Les matchs à élimination directe arrivent, mais ça ne passe pas. Dans la défaite, chacun tire ses conclusions. Personne ne détient la science infuse. La vérité, c’est qu’on s’est loupé.

Ce n’est pas un problème de discours de Didier Deschamps, qu’il ne s’est pas réinventé?

C’est difficile de parler de discours. Si on ne prend pas les deux buts en dix minutes, on ne dit pas ça. C’est lié à un fil. On dit quoi? Si on gagne 3-1, c’est le meilleur entraîneur de l’histoire ? Et là, il n’a plus les compétences?

A-t-il un peu lâché dans son management, en vous laissant plus de liberté?

Non, il a toujours été pareil. Après, son management a évolué parce que le groupe a vieilli avec lui aussi. Ça fait longtemps qu’on est avec lui, donc c’est sûr qu’il ne va pas être avec nous comme au premier jour. Il y a des liens qui se sont créés. On est lié à vie avec ce titre de champion du monde. Je ne pense pas qu’il y ait eu des différences. C’était le même. Ça n’a pas marché, tout simplement.

Donc ça va marcher à la Coupe du monde, tu nous en donnes la certitude…

La certitude, non (rires). Mais la certitude, c’est qu’on va tout faire pour. Ça, c’est sûr.

Un mercato agité

Peux-tu nous expliquer comme ça s’est passé cet été?

Oui. J’ai demandé à partir. A partir du moment où je ne voulais pas prolonger, je voulais que le club ait une indemnité de transfert, pour avoir un remplaçant de qualité. Parce que c’est un club qui m’avait beaucoup apporté. J’ai toujours été heureux sur les quatre années que j’avais passées ici. Et je le suis encore. Je l’ai annoncé assez tôt, pour que le club puisse se retourner.

Au mois d’août?

Non, fin juillet, même avant. Ça n’a pas fuité. J’ai vraiment voulu que tout le monde sorte grandi, qu’on sorte tous main dans la main, on fait un bon deal, et chacun trace sa route.

A qui tu l’as dit ? Au directeur sportif ou au président?

A tout le monde. Comme ça, il n’y a personne qui dit qu’il n’est pas au courant.

Quand tu expliques ça, ils te répondent quoi?

Ils disent que le projet est fait, qu’ils n’avaient pas imaginé ça sans moi et qu’ils ne veulent pas vendre. Moi, j’ai respecté ça. J’ai dit: "Si vous ne voulez pas que je parte, je reste, il n’y a pas de problème."

Et tu ne prolongeras pas…

J’ai appris quelque chose : la vérité d’hier, ce n’est pas celle d’aujourd’hui, ce ne sera pas celle de demain. Tu savais que Messi allait venir jouer au Paris Saint-Germain, toi? La vérité, c’est que j’ai voulu partir cet été.

Ça peut évoluer?

Je ne veux pas baratiner les gens avec ça. C’est fatigant pour tout le monde. Je pense qu’on peut créer quelque chose d’extraordinaire cette année. Venir perturber tout le monde avec des discours, des interviews d’après-match où on ne te parle même pas du match, juste : "Alors, ça avance ?"… Non, non.

Les dirigeants ont dit que tu ne partirais jamais libre…

Moi aussi, j’ai entendu ça. Au départ, quand j’entends ça, ça fait peur, un peu. Je parle honnêtement. Ça fait peur quand tu as ton président qui dit ça, "il ne va jamais partir libre". J’étais devant ma télé, j’ai avalé de travers. Je me suis dit : "Il va se passer quoi?". Après, quand tu as une réflexion, tu te dis que c’est une marque d’affection, que c’est sa manière à lui de montrer que le club tient à toi. Après, il faut toujours rester calme, ne jamais répondre à chaud. Moi, quand j’ai entendu ça la première fois, je me suis "oh là"…

Sont-ils revenus vers toi dernièrement, pour essayer d’avancer?

Non, rien. Je n’ai rien eu. J’ai entendu que j’avais refusé six ou sept offres de prolongation, que je ne voulais plus parler Leonardo. Ce n’est pas vrai. Vous pouvez lui demander. Jamais on n’a dit, ni moi, ni mon entourage, qu’on ne voulait pas parler à Leonardo. Le président a voulu prendre le dossier en main. Ok. On me dit: "Kylian, maintenant, tu parles avec le président". Je vais dire: "Non, ramène Leonardo"? Non, je vais parler avec le président.

Peut-être parce que Leonardo n’a pas réussi à trouver une solution avec toi?

Je ne sais pas. Ce n’est pas à moi de le juger. Moi, ma position a été claire. J’ai dit que je voulais partir. Et je l’ai dit assez tôt. Personnellement, je n’ai pas trop apprécié le fait de dire : "Il vient à la dernière semaine d’août". Non, ce n’est pas vrai. Ça fait voleur, ça fait le mec qui veut se saisir de l’opportunité pour partir en douce. Je l’ai annoncé assez tôt.

Ils ont dû mélanger avec l’offre du Real qui est arrivée tard…

Elle est arrivée tard. Mais moi, j’ai dit fin juillet que je voulais partir.

La porte n’est pas fermée pour prolonger à Paris?

Je l’ai dit, on ne sait pas dans le football ce qu’il peut se passer. On ne sait rien du tout. Il y a six mois, je ne savais pas que je voulais partir. J’ai pris cette décision pendant l’été. Et j’ai décidé de partir.

On a aussi dit que Kylian Mbappé mettait la pression aux dirigeants du PSG pour avoir une grosse équipe…

Ça, j’ai fait une interview en vidéo. Si les gens écoutent bien ce que je dis, j’ai des propos clairs. Moi, mettre la pression? Le président, c’est quelqu’un de très important dans le monde du football. Moi, à 22 ans, je vais aller lui dire: "Fais ça"? Et lui, il va écouter? Non. C’est parce que le Paris Saint-Germain a un projet compétitif. Et ils veulent gagner. Ils ne font pas ça pour me faire plaisir. Ce n’est pas une fleur qu’ils me font. Bien sûr, j’étais content, ce sont des super joueurs. Mais à aucun moment, je n’ai donné un nom, une ligne directrice. Si les gens sont là, c’est qu’ils font très bien leur travail. Moi, je suis là pour jouer au foot. On discutait d’une éventuelle prolongation. Pour, au final, discuter d’un départ.

Et Nasser Al-Khelaifi a dit que maintenant, Kylian Mbappé n’avait plus d’excuses pour prolonger…

Je ne lui en veux pas, au président. Je m’entends très bien avec lui. Il défend sa position, les intérêts du club. Et c’est respectable, parce qu’il met beaucoup de passion à défendre le club. C’est un très grand président. Il n’y a pas de problème avec ça. C’est dommage. Mais c’était le jeu.

Kylian et sa personnalité

Comment tu perçois les critiques? Qu’est-ce que tu mets en place pour que rien ne t’atteigne?

Les critiques, je l’ai toujours dit: quand c’est le terrain, c’est normal. Et ça fait avancer un joueur. Des critiques sur un terrain, c’est absolument normal. Je vais aller encore plus loin: quand tu fais un mauvais match, dire que tu fais un mauvais match, ce n’est pas une critique, c’est une vérité. Je n’ai aucun problème avec ça. Argument ou non, ça se respecte. C’est dans un esprit sportif, de jeu. C’est la sensibilité de chacun. Attaquer la personne, c’est autre chose. Pour attaquer une personne, il faut la connaitre. Je ne vais pas non plus faire la victime. Je fais un métier public. Si je ne voulais pas être jugé sur ma personne, j’aurais fait un truc, j’aurais mis un casque à la Daft Punk (rires). J’accepte, c’est comme ça. C’est dommage parce que les gens ne te connaissent pas, ne connaissent pas la personne que tu es. Je suis tranquille avec ça.

La communication sert à ça aussi…

La communication, c’est un peu biaisé. Sur des évènements, tu ne peux parler franc-jeu, dire qui tu es. Tu dois faire passer des messages, respecter les codes. Donc tu n’es pas réellement toi-même. Quand tu vas à une conférence de presse, on te dit que tu dois dire ceci ou cela. C’est le monde du football qui marche comme ça. Tu ne peux pas être toi-même tout le temps. On a quand même un statut. On est regardé dans le monde entier. On ne peut pas dire n’importe quoi.

Tu réponds quoi aux gens qui te trouvent arrogant?

Je peux comprendre. Je ne suis pas si vieux que ça. J’ai été dans cette peau, j’ai regardé les matchs, j’ai commenté. C’est de l’instantané: "Il se prend pour qui à faire ça, à dire ça?". Et dans une heure, t’as oublié. Je n’ai vraiment pas de problème avec ça parce que je suis au clair avec la personne que je suis, avec mes valeurs. Des fois, ça ne plait pas. Je peux comprendre. Et je ne suis pas têtu, entêté, sur: "Tout ce que je fais, c’est bien". Désolé de le dire: des fois, j’ai fait de la merde. Et j’en ferai encore. Mais je vais essayer de limiter le plus possible. Mais je suis au clair avec ça, avec les critiques. Ça fait partie du job. Tu ne peux pas vouloir être connu, reconnu mondialement, et faire l’unanimité. Ce n’est pas possible.

As-tu l’impression que ton ambition peut être mal perçue?

Non, pas mal perçue. Il y a un décalage. C’est clair qu’il y a un petit décalage. Comment l’expliquer? Je ne sais pas. Je suis comme ça, depuis que j’ai commencé le foot. J’y suis arrivé comme ça. Je vais rester comme ça, parce que c’est qui me motive. C’est mon moteur, ça me permet de repousser mes limites, de répéter des saisons de haut niveau chaque année, et de me persuader que je peux le faire.

C’est pour ça aussi que tu as envie d’aller à l’étranger? On te colle assez facilement une image, en France…

A l’étranger, tu n’es pas LE Français. Ce n’est pas ton pays. Quand tu es Français et que tu joues en France, il y a ce côté "il est à nous", "nous, on peut lui taper dessus". Les étrangers, on leur tape dessus. Mais ce n’est pas à nous. Tu viens, tu joues, tu fais ta prestation, tu t’en vas. Alors que quand tu es Français, il y a ce côté affectif : "Ce gars, il est à nous, c’est le nôtre". C’est pour ça que je n’ai pas de mal avec ça. C’est aussi une marque d’affection.

Il y a eu des sifflets contre toi…

Je te le dis honnêtement, c’est compréhensible. T’es dans un dossier où il n’y a que des rumeurs, à droite, à gauche… Qu’est-ce qu’on leur a donné? Des articles, des ragots, des gens avec des pseudos qui avaient des infos… Je te dis la vérité, en toute honnêteté, en toute franchise: moi, j’aurais sifflé aussi. C’est de la frustration. Ça ne veut pas dire qu’ils ne m’aiment pas, parce que les supporters m’ont soutenu. C’est une marque d’affection aussi. Je l’ai pris comme ça, pas comme un truc frontal. Je comprends. Ils ne sont au courant de rien. On leur a donné juste une offre du Real Madrid le 26 août, deux ou trois rumeurs dans la presse étrangère ou en France. Ils ne savaient rien. On m’a reproché le fait de ne pas parler. Mais tu ne peux pas parler.

Est-ce que le fait qu’on parle beaucoup de toi en France, ça fait partie de ta réflexion pour partir? Pour être plus tranquille peut-être au Real?

Est-ce qu’au Real, t’es tranquille? Le joueur que je suis devenu, il ne sera jamais tranquille. Tu ne fuis pas ta carrière pour ça. Tu ne peux pas aspirer à être un joueur qui va rester dans l’histoire et fuir parce que tu es critiqué. Ça n’a pas aucun sens. Ça défie toute valeur, toute ambition que tu souhaites prôner. C’était une envie, une conviction personnelle, que pour moi c’était peut-être le moment.

On parle souvent de plan de carrière…

J’aimerais bien rebondir sur ça. On m’a toujours collé une étiquette du joueur qui a fait son plan de carrière. Quand je signe au PSG, personne ne met le couteau sous la gorge. J’ai rencontré, avec l’autorisation de Vadim (Vasilyev, l’ancien dirigeant de Monaco), tous les clubs du monde. Tout le monde était à la table. J’ai choisi d’aller au PSG parce que je voulais jouer au PSG. Tous les critères étaient réunis. Moi, je voulais jouer au Paris Saint-Germain. J’ai passé quatre super années. Il y a eu des hauts et des bas. Mais à aucun moment, je ne me suis dit en rentrant chez moi: "Putain, pourquoi est-ce que j’ai mis les pieds ici?". Non, non, non. Peut-être que j’ai pensé que mon temps était fini. Et c’est respectable. J’avais fait quatre années. Je l’ai dit au club: "Moi, mon avis, c’est ça. Toi, qu’est-ce que tu veux faire?". Ils ont dit: "On ne veut pas te libérer". Je reste, je joue, je marque.

Tu n’as jamais fait un plan de carrière?

Non, tu as des ambitions, des aspirations. Mais tu ne peux pas faire un plan de carrière sur 15 ans. Tu ne sais pas ce qu’il va se passer. Je ne savais pas que j’allais rester, quatre, cinq, sept ans en Ligue 1. C’est normal de se dire: "J’aimerais bien, j’aspire à…". Mais il n’y a pas de truc figé. Dans le football, il n’y a pas de science exacte. C’est ce qui fait la beauté du sport.

Tu as un rôle auprès des jeunes aussi, notamment. Tu as conscience d’être un peu plus qu’un joueur de foot?

C’est dur (de répondre). Dire oui, c’est se sentir supérieur. Je suis un personnage public.

Tu es un exemple...

Bien sûr. Il faut accepter. Je n’ai jamais reculé devant ce que je suis devenu. Ça m’aide, pour me pousser, pour limiter mes erreurs. Je sais que si je fais une erreur, elle sera beaucoup plus vue et ça donnera un mauvais exemple aux enfants. Mais j’en fais quand même. Ça montre aussi aux enfants que je ne suis pas parfait. Tout le monde fait des erreurs. Le mieux, c’est de ne pas les répéter.

C’est pour ça que tu consacres au sportif…

Parce que je suis un passionné de foot. Bien sûr, quand tu deviens connu, il y a ce côté business, marketing. Mais moi, je n’ai jamais perdu l’essence même de pourquoi je suis là. Parce que j’aime le foot. Je kiffe de jouer, de gagner des trophées, de marquer. Si je n’ai plus ça, j’arrêterai. J’ai l’humilité de dire que j’ai fait assez d’argent dans ma vie. Le jour où ça ne me plait plus, j’arrête. Moi, je joue vraiment parce que j’aime ça. Quand je me lève le matin, je suis content. Même si on voyage, qu’on rentre à 4 heures du matin, le lendemain on est à l’entrainement et je suis content.

Ça veut dire qu’après ta carrière, tu feras toujours un truc dans le football…

Bien sûr. Tu es lié à vie. Tu gardes toujours un contact. Je regarderai toujours les matchs, même si je n’ai plus rien à voir avec le foot, parce que j’aime ça.

Ça peut t’intéresser de devenir entraîneur un jour?

Pourquoi pas. J’aime ça, j’aime le foot. C’est une suite, mais c’est tôt. Est-ce que j’aurai les compétences ? Vouloir, oui. Mais si tu n’es pas bon…

Tu es un grand consommateur de foot? Tu regardes beaucoup de matchs?

Tout le temps! Je connais quasiment tous les joueurs du championnat, je regarde les championnats étrangers.

Tu admires des joueurs?

Bien sûr. Tu admires toujours des joueurs, ce qui se fait de mieux. J’aime bien regarder aussi des matchs d’avant, pour voir l’évolution. C’est un football que je ne connaissais pas. C’est nouveau sur les chaines de mettre des matchs vintage. C’est un autre football. Quand on grandit, on nous raconte, on nous fait un condensé: "Lui, il était comme ça". Mais tu ne vois pas vraiment. Une carrière, on la résume à quoi? Les titres que tu as gagnés, un moment ou un but marquant, si tu as fait de grands clubs. Mais on ne voit pas vraiment les matchs, le quotidien. C’est pour ça que j’adore regarder les documentaires. L’évolution, les échecs…

Comment tu vois l’évolution depuis que tu as débuté?

D’un point de vue tactique. Et physique. Les joueurs sont beaucoup plus des athlètes, beaucoup plus prêts à performer. On les prépare à jouer 60 matchs dans l’année. Tactique aussi, parce qu’il y a de nouvelles inventions. Des coachs qui jouent à trois, à cinq… Des animations différentes, des contre-pressings… Tout est dans le détail, on ne laisse rien au hasard. On étudie l’adversaire toute la semaine. Le joueur que tu vas affronter, tu le connais depuis cinq jours.

Pochettino, il est comme ça?

Oui, il fait beaucoup de vidéos. Il veut analyser les faiblesses. Tuchel était comme ça aussi. Emery aussi. A Paris, les coachs que j’ai eus, ils ont tous été comme ça. Tu n’es jamais dans l’inconnu quand tu arrives au stade. Après, je regarde les matchs, donc je connais les joueurs. Je sais à peu près, mais j’apprends quand même des trucs un peu plus spécifiques.

Mais s’il y a un joueur qui t’impressionne?

Je me suis inspiré de Cristiano, quand j’étais plus jeune. Quand tu grandis, tu admires beaucoup plus de personnes, même dans d’autres sports. Ce qui se fait de mieux. J’ai lu pendant longtemps la biographie de Michael Jordan, avant de voir la série.

Tu avais l’impression de te voir pendant la série?

Michael, il n’y en qu’un (rires).

Le roi Pelé, il a dit que tu allais le remplacer…

C’est admirable. Mais ça, il faut toujours continuer à le prouver. J’aime admirer ce qui se fait de mieux. Là, j’ai de la chance d’être avec Lionel Messi dans un vestiaire. C’est une expérience, une chance inouïe. Je dis la vérité, je le mettais dans la catégorie: "Impossible que je joue avec lui". Je me suis dit qu’il allait rester à Barcelone toute sa vie. Le mieux que je pouvais faire, si j’étais bon, c’était de jouer contre lui. Là, le voir tous les jours, c’est un honneur. Il faut savourer cette chance.

Il t’apprend des choses au quotidien?

On a eu vachement de préjugés. Mais le mec est super tranquille. C’est un génie du foot. Il n’y a de réputation surfaite. Dès le premier jour, il n’avait aucun rythme, il revenait de la Copa America, mais tu vois le talent du mec. C’est un truc de fou. C’est vraiment un message du cœur: j’aimerais vraiment qu’on savoure ça. Le Paris Saint-Germain a ramené plein de grands joueurs, mais personne ne pensait qu’il allait quitter Barcelone. Il y a bien sûr cette quête de la Ligue des champions. Dieu seul sait qu’on va tout faire. Mais ça me chagrinerait, si on ne la gagne pas, qu’on dise : "Messi, il est venu, il n’a pas gagné la Ligue des champions". Il est venu faire kiffer les gens. Quand il a marqué (contre Manchester City), le stade était en furie. C’est pour ça aussi qu’on achète des joueurs comme ça.

Dans le vestiaire, il doit aussi avoir un impact important. Ça permet de ressouder un collectif…

Pas que lui. Lui, c’est "Monsieur Plus". Mais quand tu vois le recrutement, il y a de la qualité. Nuno Mendes, à gauche, 19 ans: c’est un jeune extraordinaire. Moi, je ne le connaissais pas trop. Je ne le connaissais que de Football Manager, les talents à suivre. Ce qu’il fait, c’est magnifique. Il faut l’accompagner, parce que peut-être qu’il aura un coup de moins bien à un moment et c’est là qu’il ne faudra pas l’enterrer. Hakimi, c’est un joueur qui fait partie des références à son poste. Donnarumma, c’est ce qui va se faire de mieux dans le futur comme gardien de but. C’est un gardien du présent et du futur. Wijnaldum, il a joué cinq ans à Liverpool. Et on a Sergio Ramos, qui n’a pas encore joué. Quand il va revenir, c’est un leader sur le terrain, il va ramener tout ce qu’il sait faire.

Ce serait dommage de ne pas gagner la Ligue des champions…

Tu n’es jamais sûr. Il y a d’autres équipes, on n’est pas tous seuls. Quand je regarde les autres équipes, il y en a qui ont un collectif vraiment ancré, des machines qui roulent. Personne n’est encore totalement au point. Mais tu sens, tu vois… Ça laisse présager des trucs. Les mecs sont prêts. Il faut créer quelque chose de nouveau. La victoire, ça aide.

Rothen s'enflamme