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L’OM va reparler de Michel… aux prud’hommes (avec un dossier bien salé)

Michel, l'ancien entraîneur de l'OM

Michel, l'ancien entraîneur de l'OM - AFP

Une audience de conciliation aura lieu ce lundi matin à huis clos aux prud’hommes de Marseille dans le cadre du litige entre l’OM et Michel, licencié pour « faute grave » le 19 avril. Le club marseillais a préparé des arguments... surprenants.

Michel et l’OM ont rendez-vous ce lundi matin. Ni au Vélodrome, ni à la Commanderie, mais devant les prud’hommes de Marseille pour une audience de conciliation à huis clos. C’est le premier acte du litige qui oppose le club olympien à l’Espagnol, licencié pour « faute grave » le 19 avril dernier, à la veille d’une demi-finale de Coupe de France contre Sochaux et deux jours après une défaite à Monaco. Un dixième match de suite sans gagner en Ligue 1 qui rapprochait dangereusement l’OM de la zone de relégation.

En ce printemps historique pour l’OM, puisque Margarita Louis-Dreyfus vient alors d’officialiser la mise en vente du club par le bais d’un communiqué, la patronne prend alors peur de voir l’équipe reléguée en Ligue 2, ce qui aurait pu remettre en cause la vente du club ou, plus probablement, obligé MLD à revoir son prix de vente à la baisse. Margarita et ses conseillers décident alors de licencier Michel pour faute grave.

L’OM publie donc un communiqué laconique pour annoncer l’éviction de l’ancien joueur du Real Madrid : « Compte tenu du comportement de Michel, notamment lors de ces trois dernières semaines, la SASP Olympique de Marseille l’a suspendu avec effet immédiat et convoqué à un entretien préalable. »

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MLD voulait gagner du temps

En voulant imputer une faute grave à Michel, Margarita Louis-Dreyfus a d’abord pour objectif de gagner du temps. A l’époque, MLD ne veut plus dépenser le moindre sou pour l’OM. Il est donc hors de question de payer les indemnités de départ du coach olympien, auquel il restait 14 mois de contrat, ce qui représente alors un chèque de 2,2 millions d’euros (le salaire de Michel était de 160 000 euros brut par mois). Cette procédure permet donc à l’ancienne propriétaire de l’OM, qui vendra le club sans garantie de passif (c’est-à-dire sans devoir assumer d’éventuelles dépenses ou condamnation a posteriori), de ne pas payer directement les indemnités dues à Michel, même si la perspective de devoir régler ces indemnités a pu être intégrée dans la négociation du prix de vente.

Les juristes et avocats qui défendent le club olympien ont donc monté un dossier pour tenter de prouver que Michel « n’était plus dans son rôle et plus aucunement consacré à sa mission d’entraineur ». Même si les dirigeants actuels de l’OM se veulent discrets sur ce sujet, quelques arguments, sur lesquels l’OM va tenter de s’appuyer, ont filtré ces derniers mois.

Lors du fameux entretien de Zurich (le 3 avril au soir, après une défaite à Bastia, Labrune, Michel et Passi s’étaient envolés en jet privé pour rencontrer MLD), un proche de l’ancien board olympien affirme que Michel aurait avoué à MLD qu’il souhaitait quitter son poste, à la seule condition de toucher son chèque d’indemnités.

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Des compos « suicidaires », des jours de congés pour les joueurs…

Une volonté de départ que Michel aurait annoncée à Steve Mandanda, le capitaine, avant de quitter la Corse. L’ancienne direction olympienne promet que plusieurs joueurs (six ou sept témoignages selon certaines sources olympiennes) ont témoigné dans ce sens, ce que ne veut pas croire Michel, qui assure avoir toujours entretenu une relation de confiance avec son vestiaire.

Les juristes de l’OM ont aussi décortiqué, avec les vidéos des entrainements (!), les trois dernières semaines de Michel pour y déceler la moindre attitude, lors des séances de la Commanderie, ou la moindre petite phrase, lors des rendez-vous avec la presse, à même de prouver que Michel avait démissionné, dans sa tête, de son poste d’entraineur.

L’OM dénoncerait également quelques compos d’équipe « suicidaires » de Michel, voire même des jours de congés accordés aux joueurs alors que le club olympien était au plus mal. Enfin, l’OM reprocherait à l’entraineur espagnol de ne pas avoir porté les couleurs du club lors des conférences de presse, d’avoir tenu tête à Basile Boli, qui avait vivement critiqué son management et son coaching après un match au Vélodrome, et d’avoir été maladroit en déclarant que Stéphane Sparagna ne pouvait pas être aligné car un de ses traitements médicaux l’aurait rendu positif en cas de contrôle anti-dopage.

Michel ne devrait pas être présent

La liste n’est pas exhaustive. Tous les coups sont donc permis pour économiser quelques centaines de milliers d’euros, car l’enjeu financier reste assez léger pour l’OM. Il est plus important pour Michel, même si le fait d’avoir retrouvé un banc du côté de Malaga pourrait l’inciter à lâcher un peu de lest et ainsi négocier à l’amiable avec la nouvelle direction olympienne. Pour cette première audience, Michel ne devrait pas être présent, représenté uniquement par ses avocats, qui ont à cœur de démontrer que ces accusations ne sont que pure invention ou qu’elles ne justifient en rien un licenciement pour faute grave.

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Même si Michel n’aura pas laissé de grands souvenirs du côté de Marseille, l’attitude de l’OM dans ce dossier apparaît pour beaucoup comme cruelle et manquant de classe. Ce litige est en fait l’épilogue d’une relation entre Michel et les anciens dirigeants de l’OM, notamment Vincent Labrune, qui n’a cessé de se dégrader de mois en mois, au fil des contre-performances de l’OM. La preuve avec cette déclaration, ironique, d'un ancien proche de MLD : « Si j’étais aux Prud’hommes ce lundi, j’aurais envie de dire : Monsieur le Juge, n’est-ce pas une faute grave de ne pas avoir gagné un seul match en huit mois au Vélodrome* (rires) ? »

*L’OM n’a gagné que trois matchs de championnat à domicile en 2015-2016, contre Troyes (23 août), Bastia (13 septembre) et Reims (7 mai). Deux sous Michel et un sous Franck Passi.

Florent Germain