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Ligue 1: défense catastrophique, cadres défaillants… pourquoi Bordeaux va si mal cette saison

Bordeaux traverse une période inquiétante en Ligue 1. Battus 5-2 à Strasbourg, mercredi lors de la 16e journée, les Girondins sont aux portes de la zone rouge. Avec la pire défense du championnat, des tauliers en faillite, un coach qui n’y arrive pas et des finances toujours fragiles.

Mettre des mots sur le cauchemar. Pour tenter de provoquer un réveil. D’ordinaire si discret, Jimmy Briand est sorti de son silence après la claque reçue par Bordeaux à Strasbourg, mercredi, lors de la 16e journée de Ligue 1 (5-2). Affecté par la tournure des événements, l’attaquant de 36 ans a exprimé sa "honte" sur France Bleu Gironde, en demandant pardon aux supporters. Il a également promis une réaction imminente de son équipe. Il y a urgence. Après le fiasco de la Meinau, les Girondins sont désormais 18es du classement, en position de barragiste. Avec seulement deux victoires au compteur. La zone rouge leur brûle les pieds, à l’heure où Metz et Saint-Etienne sont à un point derrière…

Une défense catastrophique

C’est le vrai talon d’Achille de cette équipe bordelaise. Depuis le début de la saison, les Girondins n’ont pas réussi le moindre clean sheet en Ligue 1. Au fil des semaines, les filets de Benoit Costil tremblent à un rythme spectaculaire, à l’image des claques reçues à Nice (4-0), Monaco (3-0) ou Strasbourg (5-2). Il y a également eu ces trois buts encaissés à Montpellier (3-3), contre le PSG (2-3) ou à Metz (3-3).

Cette perméabilité plombe totalement le club au scapulaire, qui a récemment fêté son 140e anniversaire. Avec 37 buts encaissés en 16 journées, Bordeaux affiche la pire défense du championnat. Et de loin. Un constat d’autant plus fâcheux que les partenaires de Yacine Adli se montrent souvent efficaces devant. Avec 24 buts marqués, ils présent la sixième attaque de L1 (à égalité avec Montpellier). Devant l’OM, qui occupe actuellement la deuxième place (22 buts)...

Petkovic cherche la bonne formule

Vladimir Petkovic a débarqué au cœur de l’été avec une solide réputation. Le vent en poupe, après avoir éliminé l’équipe de France à l’Euro. Mais quatre mois après son arrivée, l’ancien sélectionneur de la Suisse n’a pas encore convaincu. A sa décharge, il a dû composer avec de nombreuses blessures et plusieurs cas de Covid-19. Plutôt apprécié pour son côté humain et son approche psychologique, le coach bosnien ne parvient pas à mettre ses idées en places sur le pré.

Influencé par l’école italienne, l’ex-entraîneur de la Lazio a une réelle appétence pour l’aspect tactique. Adepte d’un jeu offensif, il aime positionner haut son bloc sur le terrain. Mais cette volonté se heurte à un problème d’équilibre. Les Girondins sont trop souvent coupés en deux et subissent régulièrement les vagues adverses. Preuve de ces soucis, Petkovic a déjà changé sept fois de système. Pour passer depuis peu au 4-4-1-1. Sans grand succès. Malgré son mauvais bilan, le technicien de 58 ans reste tout de même confiant pour la suite. "Je pense être encore l’homme de la situation", a-t-il expliqué à Strasbourg. Reste à le prouver par les résultats.

Des cadres défaillants

C’est le symbole de la débâcle girondine. Laurent Koscielny est en grande difficulté depuis le début de saison. Lorsqu’il n’est pas à l’infirmerie, le capitaine de Bordeaux déçoit sur le terrain et ne tire pas les autres vers le haut. Le club attend beaucoup plus de l’un de ses éléments les plus expérimentés (36 ans, 51 sélections chez les Bleus) et les mieux payés. Otavio aussi ne donne pas satisfaction ces derniers temps. Le milieu de terrain brésilien, arrivé à l’été 2017, ne pèse pas assez dans le jeu de son équipe. Idem pour Mexer, le défenseur du Mozambique, transféré de Rennes en 2019.

Recruté pour 10 millions en janvier 2020, Rémi Oudin est de son côté trop inconstant. L’ancien attaquant de Reims, auteur de trois buts et deux passes décisives en 14 apparitions, est même parfois fantomatique. Dans ce contexte, Jimmy Briand joue nettement plus que prévu. Mais à 36 ans, l’avant-centre n’a plus l’impact nécessaire pour sublimer l’attaque des Girondins. Paradoxalement, Benoit Costil est sans doute le taulier qui donne le plus de satisfaction, malgré la rafale de buts qu’il encaisse.

En revanche, les recrues de l’intersaison sont plutôt intéressantes dans l’ensemble. Avec huit renforts, Bordeaux a en partie renouvelé son effectif cet été. Et certains nouveaux se sont bien adaptés, à l’image d’Alberth Elis (quatre buts en huit machs), Javairô Dilrosun ou Junior Onana. Stian Gregersen semble lui un peu léger, alors que Fransérgio, l’ancien capitaine de Braga (recruté pour 4,5 millions d’euros), fait office de principale déception.

Des finances stabilisées mais toujours fragiles

Il a sauvé les meubles. De justesse. Alors que Bordeaux était au bord du dépôt de bilan, Gérard Lopez a racheté le club durant l’été. L’hommes d’affaires hispano-luxembourgeois a assaini les comptes et présenté un plan de route jusqu’à la fin de la saison, qui a été validé la DNCG. Mais la situation financière reste fragile. Le recrutement et la masse salariale sont toujours encadrés, comme dans de nombreux clubs français.

Les Girondins se sont fixés l’objectif de terminer dans le top 10. Et c’est assez mal parti. Au Haillan, tout le monde a bien conscience qu’il va falloir renflouer les caisses lors des prochains mercatos. Mais pour bien vendre les éléments les plus convoités, il faut les voir briller sur le rectangle vert. Lopez a d'ailleurs fait passer un message clair à ses troupes après la défaite contre Brest dimanche dernier (1-2): "L'attitude des joueurs est inacceptable. On est dans le confort le plus total et c'est ce qui nous pénalise (…) Chacun doit vite se remettre en question. On doit faire preuve de fierté pour faire honneur au blason des Girondins de Bordeaux". Si possible dès dimanche, lors de la réception de l'OL au Matmut Atlantique (21h).

Alexandre Jaquin avec Nicolas Paolorsi