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Mercato: Oui, Neymar peut quitter le PSG cet été, mais ça va être compliqué

En vertu d'un règlement FIFA assez récent, agité par la presse espagnole à la fin de l'été, Neymar pourra bien quitté (presque) unilatéralement le PSG l'été prochain. Mais une telle hypothèse impliquerait une lourde indemnité à payer pour le Brésilien et ne serait pas sans risque pour son futur club.

Trois mois après la fin du feuilleton estival du départ de Neymar du PSG, les supporters du PSG n'ont pas oublié. Et les relations entre la star brésilienne et son public sont toujours aussi compliquées, en témoignent les sifflets mercredi soir face à Nantes et le doigt sur la bouche de Neymar après son but.

Et si personne ne fait vraiment d'effort pour se rabibocher, c'est aussi parce que chacun sait que l'histoire pourrait tourner court dès l'été prochain. Car si le PSG était en position de force à l'été 2019, pouvant refuser toutes les propositions catalanes en vertu du contrat qui liait Neymar au club jusqu'en 2022, cela ne sera pas le cas l'été prochain, puisque le joueur aura effectué trois saisons dans la capitale sans prolonger et ne sera donc plus dans la période protégée.

Explications, avec le "Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs de la FIFA" en main. Celui-ci présente deux hypothèses permettant à un joueur de résilier prématurément son contrat de façon unilatérale.

L'hypothèse de la "juste cause sportive"

Les textes prévoient tout d'abord la possibilité pour un joueur de rompre son bail pour "juste cause sportive". Cela est permis lorsqu'un "joueur professionnel accompli" - selon les termes de la FIFA - a pris part à moins de 10% des matchs officiels joués par son club lors d'une saison.

Les textes précisent: "Lors de l'évaluation de tels cas, il conviendra de tenir compte de la situation du joueur. L'existence d'une juste cause sportive sera établie au cas par cas. Dans ce cas, aucune sanction sportive ne sera imposée, mais une indemnité pourra être due". Autre contrainte, cette rupture de contrat ne peut être effectuée que dans les quinze jours suivant le dernier match officiel de la saison de son club. Mais tout cela est peu probable dans le cas de Neymar.

Sans "juste cause", une lourde indemnité financière...

Il reste une option: la rupture sans juste cause. Sauf que cette procédure est coûteuse et expose le footballeur (et son nouveau club) à une lourde pénalité financière. Le calcul de l'indemnité se fait en fonction du droit en vigueur dans le pays concerné, en l'occurrence la France, et d'autres données objectives. Parmi celles-ci, le salaire du footballeur et la durée restante de son contrat. Cette indemnité ne peut être cédée à un tiers, mais son nouveau club peut être désigné comme "solidairement et conjointement" responsable du paiement.

Il convient de prendre en compte une donnée temporelle très importante: la période protégée. Celle-ci désigne une "période de trois saisons entières ou de trois ans suivant l’entrée en vigueur d’un contrat (...) si le contrat en question a été conclu avant le 28e anniversaire du joueur professionnel". Pour les footballeurs de plus de 28 ans, la période protégée est ramenée à deux saisons ou années (à chaque fois, la période qui s'achève en premier est retenue). Cela concerne le premier contrat mais aussi les renouvellements.

Pour Neymar, qui n'a pas prolongé depuis son arrivée début août 2017 au PSG, sa période protégée s'achève donc au terme de la saison 2019-2020. Il serait donc libre de quitter le club moyennant une indemnité qu'on peut imaginer lourde, même si les précédents de cette ampleur n'existent pas.

Pas de sanctions sportives après trois ans de contrat

Lorsqu'une rupture de contrat sans juste cause survient pendant la période protégée, l'indemnisation (obligatoire, qu'importe la temporalité) est potentiellement plus lourde. Car il faut ajouter "les frais et dépenses occasionnés ou payés par l'ancien club". Cela correspond notamment au montant payé par l'équipe lésée pour recruter le joueur concerné (222 millions d'euros pour Neymar, pour la seule levée de la clause libératoire). Le montant à verser par le joueur est fixé par la FIFA, par le biais de sa commission.

Surtout, une résiliation en période protégée implique des pénalités sportives très importantes contre le joueur: "Cette sanction se traduit par une suspension de quatre mois pour les matchs officiels. En cas de circonstances aggravantes, la sanction est de six mois. Les sanctions sportives prennent effet immédiatement après notification au joueur de la décision concernée". Le nouveau club du joueur risque gros également: "Un club qui signe un contrat avec un joueur professionnel ayant rompu son ancien contrat sans juste cause est présumé, jusqu'à preuve du contraire, avoir incité ce joueur professionnel à une rupture de contrat". La sanction prévue est une interdiction de recrutement sur deux fenêtres de transferts.

Mais si la rupture a lieu après la période protégée, aucune sanction sportive n'est automatique. Des "mesures disciplinaires" sont néanmoins envisagées, sans qu'elles ne soient précisées, s'il n'y a pas eu de préavis de résiliation donné dans les 15 jours suivant le dernier match officiel de la saison. La FIFA souligne enfin que des sanctions seront infligées à tout agent, officiel de club ou autre footballeur qui incite un joueur à une rupture de contrat.

Possible pour Neymar, risqué pour le club

Techniquement, Neymar a donc la possibilité de rompre unilatéralement son contrat à la fin de la saison 2019-2020, qui marquera la fin de sa période protégée. Cela lui permet alors de ne pas s'exposer à des sanctions sportives. Il pourrait aussi s'éviter des mesures disciplinaires avec un préavis dans les quinze jours suivant le dernier match du PSG (coupes comprises). Au terme d'une procédure qui serait sans doute longue entre lui et le Paris Saint-Germain, il serait cependant obligé de s'acquitter d'une indemnité difficile à calculer, mais sans doute très élevée et fixée par la commission de la FIFA.

Il est aussi clairement établi que les représentants du joueur, ses avocats, mais aussi le futur club pourraient subir des sanctions s'il était démontré que le joueur a été incité à rompre son contrat par un tiers. Dans le cas évoqué ici, le FC Barcelone serait particulièrement fébrile, aussi bien à cause de l'indemnité à payer que pour le risque d'être interdit de transferts pendant un an.

Julien Absalon avec Loïc Tanzi