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OM: "On me demandait des autographes", Apruzesse se confie sur sa carrière atypique

A 34 ans, Fabrice Apruzesse, héros d’un soir de novembre 2012 durant lequel il a joué 20 petites minutes d’un Bordeaux-Marseille (1-0), a pris sa retraite. Interrogé par RMC Sport, l’ex-joueur de la CFA revient sur ce fameux match, sa notoriété dans la cité phocéenne et ses souvenirs du groupe pro marseillais. L’attaquant qui a l’OM dans la peau n’a qu’un regret: ne pas avoir joué au Vélodrome.

Fabrice Apruzesse, quel a été votre parcours depuis ce fameux Bordeaux-Marseille (1-0) où vous avez joué 17 minutes?

Je suis arrivé à l'OM en 2012. J'ai marqué des buts en CFA. Et au bout de deux-trois mois je crois, des attaquants se sont blessés. Jordan Ayew était suspendu, Loïc Rémy et André-Pierre Gignac étaient blessés. Et vu que moi, je marquais en CFA, ils m'ont fait apparaître en pro. Puis, j'ai fini mes années à l'OM en 2017. J'y suis resté quatre ans. On est monté en CFA (aujourd'hui le National 2) et on s'est maintenu. Puis, il y a eu le changement de propriétaire avec M. McCourt. Ils ont voulu faire confiance aux jeunes, ce qui est tout à fait normal. Donc nous, les anciens en fin de contrat, avons dû partir ailleurs.

Vous attendiez-vous à être convoqué lors de ce match, et encore plus à jouer?

Je pensais être dans le groupe, mais entrer en jeu, non honnêtement. Il y avait des pros avant moi comme Billel Omrani, qui était déjà entré en jeu. Sur le banc, il ne restait plus que Florian Raspentino et moi, et je pensais que si quelqu'un devait entrer, ce serait Raspentino. Et au final, on a fait appel à moi pour jouer en profondeur et en vitesse. Je ne m'y attendais pas honnêtement.

"On me reconnaissait, on me demandait des photos, des autographes…"

Sur le coup, comment ça s'est passé dans votre tête?

En fait, c'est allé tellement vite. Je suis parti à l'échauffement, ce qui ne veut pas forcément dire qu'on va entrer en jeu. Mais d'un coup, on a fait appel à moi. Je n'ai pas vraiment eu le temps de me poser des questions. Je suis rentré en me disant que j'allais donner tout ce que j'avais. 'C'est ta première et peut-être ta dernière'. Je ne voulais pas avoir de regret. J'ai couru partout. Je pense que ça a été un défaut car je devais me concentrer dans l'axe et faire le jeu si un ballon arrivait. Le niveau n'est pas le même non plus. C'est un monde d'écart avec la CFA.

Marc Planus et Fabrice ApruzesseA
Marc Planus et Fabrice ApruzesseA © AFP

Qu'avait pensé Elie Baup de votre prestation?

Il m'a dit que je n'avais rien à me reprocher, que j'avais fait ce que j'avais à faire. Il ne m'avait rien dit de particulier.

Grâce à ce match, vous êtes devenu du jour au lendemain une star à Marseille. Comment avez-vous vécu cette notoriété?

Ça fait toujours plaisir hein. Bon, il y a eu beaucoup de critiques, mais aussi beaucoup de gens contents. Ils disaient que j'avais réalisé le rêve de beaucoup de petits, que c'était du jamais-vu à l'OM et que moi, j'avais réussi à le faire. Ils disaient que je pouvais être très fiers. Des gens critiquent, mais ça fait partie du football et ça ne m'atteint pas. Tous les joueurs sont critiqués, ça ne me dérange pas. Du jour au lendemain, où j'allais avec ma femme et mes enfants, on me reconnaissait. On me demandait parfois des photos, des autographes. Je n'étais pas habitué à tout ça, j'étais un petit joueur de CFA!

"Je ne suis pas gros!"

Vous avez reçu quel genre de critiques?

Les gens pensent que je suis gros! (rires) Je ne sais pas comment ils voient ça. Je ne suis pas gros du tout! Je suis quand même assez costaud. Je laisse les gens critiquer, ça fait partie de la vie. Le monde du football est comme ça. Moi, il en faut beaucoup pour m'atteindre.

Vous avez regretté de ne pas avoir joué davantage avec l'équipe première?

Mon seul regret, c'est de ne pas avoir joué au stade Vélodrome. J'ai joué en Ligue 1 avec mon club de cœur, mais mon seul regret, c'est de ne pas avoir joué au Vélodrome.

Vous avez fréquenté le groupe pro de l'OM avec des joueurs comme Steve Mandanda, Souleymane Diawara, Loïc Rémy, André-Pierre Gignac...

André-Pierre Gignac est un très bon ami. Je l'ai encore au téléphone. Il m'a dit qu'il allait descendre en mai et que je devais préparer les crampons pour un futsal. Dès qu'il peut descendre, on essaye de se voir, de se faire un futsal. C'est un ami, un gars simple. J'ai beaucoup apprécié sa façon d'être. Avec toutes les critiques qu'il a reçues... Il a montré qu'il a du caractère. Il a fini très fort et il est parti dans un club au Mexique où il a mis 100 buts. Il a gagné des trophées. Il a montré que c'est un grand joueur.

André-Pierre Gignac
André-Pierre Gignac © AFP

"C’est très bien, ce que l’OM fait avec les petits Lopez, Kamara…"

Vous suivez toujours l'OM alors?

Ah oui, oui. Quoi qu'il arrive, l'OM restera mon club de coeur. Gravé dans mon cœur.

Quel regard portez-vous sur l'OM actuel?

L'OM avance petit à petit. Tout ne se fait pas d'un coup. Ils intègrent les jeunes que j'ai connus, ça me fait plaisir. Des jeunes comme Maxime Lopez, qui m'a envoyé un message qui m'a fait très plaisir. Il m'a dit qu'il avait passé des bons moments avec moi et qu'il était content de ma carrière. Ça me touche énormément. C'est un petit que j'ai connu très jeune quand il est arrivé à l'OM. On l'a encadré, comme les autres jeunes. Je suis content de voir où il en est maintenant. Tout comme le petit Bouba Kamara, qui est devenu titulaire à l'OM en Ligue 1. C'est très bien ce qu'ils font. Plein d'autres jeunes vont suivre.

Boubacar Kamara, Maxime Lopez et Christopher Rocchia, accompagnés de Rudi Garcia et de Valère Germain
Boubacar Kamara, Maxime Lopez et Christopher Rocchia, accompagnés de Rudi Garcia et de Valère Germain © AFP

C'est l'heure de la retraite pour vous. Qu'allez-vous faire maintenant?

Je vais profiter de ma femme et de mes filles. Le ballon a beaucoup mis ma femme et mes filles de côté. Le football m'a pris beaucoup de temps et d'énergie. C'est une prise de tête, le football! Mes filles grandissent. Je veux profiter avec ma femme et mes enfants de mes week-ends. Après, on verra. Si le football me manque, je rejouerai dans un club où je suis passé étant petit, ou bien, je verrai peut-être pour devenir entraîneur ou entraîneur des attaquants. Pour le moment, je veux juste profiter. Je verrai plus tard. Si ça me manque vraiment, je rechausserai les crampons, histoire de m'entretenir en jouant avec des cousins. Pourquoi pas finir avec eux pour s'amuser...

Et entraîneur des attaquants à l'OM, pourquoi pas?

Oui, j'aimerais! J'ai quand même pas mal de vécu, j'ai connu pas mal d'entraîneurs qui m'ont fait énormément progressé. Si je peux apprendre aux attaquants comme j'ai appris... Je pense être capable de le faire. Si une opportunité se présente, je ne pense pas que je refuserais.

Nicolas BAMBA