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OM: Payet-Thauvin, pourquoi ils ne s'aiment pas

Penalties, brassard de capitaine, individualisme sur le terrain… et niveau de revenus, les reproches et les rancœurs entre Dimitri Payet et Florian Thauvin ne datent pas d’aujourd’hui. Mais les tensions se sont accentuées ces derniers jours. Les deux joueurs de l'OM ont eu dimanche dernier une sérieuse explication, dans le vestiaire de la Commanderie.

La petite phrase d’André Villas-Boas a fait sourire, mais n’a au final surpris personne au sein de l’OM. "Le souci n’est pas que deux joueurs ne partent pas en vacances ensemble, confie un intime du vestiaire olympien. On n’est pas obligé de tous s’aimer quand on est collègue de travail. Ça devient juste embêtant quand cela a des répercussions sur l’ambiance, sur la qualité de jeu, et sur les résultats de l’OM." Et ce malaise entre deux joueurs majeurs est aussi une des raisons de la crise sportive que traverse l’OM, c’est une évidence.

Les deux leaders techniques du vestiaire ne s’apprécient pas. Et ils ont eu l’occasion de se le dire en face, dimanche, lors de la fameuse réunion qui a suivi la défaite contre Nîmes. Après le coup de gueule de Jacques-Henri Eyraud, plusieurs cadres du vestiaire ont pris la parole. Tout n’a pas filtré, secret de vestiaire oblige, mais quelques échanges ont été musclés.

Payet se lève, et vise Thauvin dans le vestiaire

Dimitri Payet, par exemple, s’est directement adressé à Florian Thauvin, pour lui reprocher en substance un comportement individualiste. Thauvin ne penserait qu’à ses statistiques et ne donnerait pas assez son ballon, selon Payet ; le jeu de l’OM pencherait trop à droite ; et Thauvin, toujours selon le Réunionnais, ne ferait pas assez d’efforts sur le plan défensif. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les déballages sont rares dans le vestiaire de l’OM. Les deux hommes auraient pu crever l’abcès bien plus tôt, mais il aura fallu attendre une crise sportive pour que Payet et Thauvin vident leur sac, et règlent leur contentieux. 

Ces reproches, Thauvin ne les a pas acceptés, révolté de voir Payet donner des leçons au vestiaire dans une période où ce dernier est loin d’être exemplaire. La réponse a donc été musclée. Thauvin a d’abord reconnu qu’il était sorti de son match après le penalty manqué face à Nîmes, précisant au passage à Payet qu’il devait savoir ce que l’on ressentait, quand on loupe un penalty. Thauvin a poursuivi qu’il n’acceptait pas de tels reproches, surtout venant de Payet, dont l’état de forme est loin d’être irréprochable depuis le début de saison. Ce que Thauvin a exprimé en des termes bien plus crus, évidemment. "Les murs ont tremblé, ça a beaucoup crié", reconnait l’un des participants à cette réunion. Plusieurs cadres, comme Steve Mandanda, ont d’ailleurs dû intervenir pour calmer les choses. L’altercation était virulente, mais elle est restée verbale.

Le brassard et les penalties, sources de tensions

Auparavant, les relations Thauvin-Payet ressemblaient plus à une guerre d’egos. Que certains épisodes récents, dans une période de mauvais résultats, ont accentué. L’histoire du brassard, d’abord. Derrière Steve Mandanda, patron indiscutable du vestiaire, André Villas-Boas a nommé deux vice-capitaines. La récente blessure du gardien et capitaine olympien a conduit André Villas-Boas à faire un choix. Le comportement de Payet n’ayant pas été des plus exemplaires ces dernières semaines, l’entraineur portugais a désigné Thauvin pour porter le brassard en l’absence de Mandanda. Payet a été vexé, et s’est mis en mode boudeur.

La concurrence entre les deux hommes pour savoir qui tire les penalties n’est peut-être pas aussi la meilleure idée qu’ait eue Villas-Boas. Avec AVB, un joueur qui loupe deux penalties cède sa place. Dans le vestiaire, on reconnait sans souci que ce petit jeu crée quelques tensions et participe au malaise ambiant entre Payet et Thauvin.

Ces tensions, ces non-dits, ces règlements de compte ont également été évoqués avec André Villas-Boas, qui a reconnu avoir reçu dans son bureau, un par un, Mandanda, Payet, puis Thauvin. Pour faire le point, revoir certaines décisions, écouter leur frustration. Mais André Villas-Boas ne pourra pas agir sur tout, notamment sur ce qui pourrait être aussi l’un des points majeurs, au cœur de l’embrouille Thauvin-Payet: le salaire.

Payet "baisse" son salaire, Thauvin reçoit une offre qui le déçoit

Dimitri Payet avait, avec Kévin Strootman, le plus gros salaire du club. "Avait", car le numéro 10 de l’OM a désormais prolongé jusqu’en 2024, ce qui a permis à l’OM de diminuer ses revenus, ou plutôt de les lisser dans le temps, avec un salaire divisé par deux pour la saison en cours. Le fait que Payet ait baissé son salaire n’était pas uniquement un cadeau fait au club pour le remercier d’en avoir fait un "Olympien à vie", avec reconversion au sein de l’OM. Il s’agissait aussi et surtout, pour la direction de l’OM et Jacques-Henri Eyraud, d’abaisser le salaire "référence" du vestiaire, autrement dit le plafond de revenus que peuvent réclamer certains joueurs phares de l’OM. Or, vu ses buts, ses statistiques et son statut, Florian Thauvin estime depuis longtemps, bien avant la crise, le confinement et ce signal envoyé par cette renégociation du contrat de Payet, qu’il aurait mérité d’avoir l’un des plus gros salaires du club, si ce n’est le plus gros. Thauvin et son entourage n’ont pas hésité à le faire savoir à plusieurs reprises à Jacques-Henri Eyraud. En substance: "Vous dites que je suis le joueur majeur de l’équipe, mais je n’ai pas la reconnaissance salariale qui va avec."

Le contrat renégocié de Payet a donc pu créer quelques remous dans le vestiaire de l’OM, notamment chez Florian Thauvin. Le dossier de la prolongation de Florian Thauvin est d’ailleurs dans une impasse. Selon nos informations, l’OM a fait une proposition de prolongation à Thauvin pendant la trêve hivernale, avec une très légère augmentation salariale. Elle a été jugée inacceptable par le joueur et ses représentants. Thauvin, qui estime avoir déjà fait par le passé des sacrifices financiers pour revenir à l’OM, s’est fait à l’idée qu’il allait quitter l’OM.

F.Germain