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OM: pourquoi les animations au Vélodrome font débat

Cette saison, de plus en plus d’animations sont mises en place autour des matchs au Vélodrome pour assurer le spectacle et permettre aux fans de vivre la meilleure expérience possible. Mais la sono et les jeux de lumière agacent certains supporters, qui ne veulent pas que l'ambiance du Vélodrome ressemble à celle du Parc. D'autres amoureux de l'OM, eux, apprécient le show.

A leur arrivée aux commandes de l’OM en octobre 2016, Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud avaient fait de la "fan expérience" une de leurs priorités. Un axe stratégique visant à accompagner le supporter avant, pendant et après une rencontre en lui proposant des services pour qu’il vive la meilleure expérience possible. Cette saison, de plus en plus d’animations sont ainsi mises en place autour des matchs au Vélodrome pour assurer le spectacle.

L’OM, qui est désormais exploitant du stade, a notamment installé une nouvelle sono ("digne des meilleurs concerts", affirme le club) et des éclairages LED. L’avant-match est "événementialisé" avec chansons et jeux de lumières, notamment au moment de l’entrée des joueurs ou de l’annonce de la composition d’équipe marseillaise. Les buts inscrits par les joueurs d’André Villas-Boas sont aussi célébrés par quelques effets lumineux.

L’OM affiche quand même sa volonté de respecter les animations en tribunes (tifos et chants) et avoue être en phase de test. Le club devrait ajuster ces animations selon les circonstances et en collaboration avec les groupes de supporters. "On apprivoise la sono et on respectera les animations des groupes de supporters. Le meilleur speaker, c’est le public!", affirme-t-on du côté du club phocéen (*).

Certains fans ne veulent pas voir le Vélodrome devenir... le Parc des Princes ou Disney

Mais ces animations ne font pas l’unanimité à Marseille. Certains supporters, notamment en virages, y voient là un manque d’authenticité et craignent que "ce show à l’américaine" vienne masquer la passion des tribunes. Les fans de l’OM ont souvent critiqué "l’ambiance disco et karaoké" du Parc des Princes, où se rendront dimanche Dario Benedetto et ses coéquipiers en clôture de la 11e journée de Ligue 1 (21h).

Les fans marseillais ne veulent surtout pas que le Vélodrome, qui reste un stade très populaire - notamment en virages - avec des abonnements à tarif bon marché (environ 190 euros la saison, soit 10 euros le match) et une atmosphère assez chaude en tribunes latérales, se rapproche de l’ambiance du Parc. Les Ultras ont d’ailleurs brandi une banderole au message explicite dimanche dernier lors de la réception de Strasbourg: "Arrêtez avec vos jeux de lumières. Respectez nos tribunes et nos animations!"

"On se croirait à un concert d’AC/DC ou des Rolling Stones, explique Christian Cataldo, leader du groupe de supporters des Dodgers, à RMC Sport. Ça n’a rien à voir avec le football. Nos chants avant les matchs sont couverts et on ne voit qu’à moitié nos animations. S’ils voulaient casser l’ambiance, ils ne feraient pas mieux. On se moquait de Paris quand ils faisaient ça à l’entrée des joueurs, mais on devient exactement comme eux. Je pense que ça va péter si ça continue. La sono est pourrie, elle nous casse les oreilles! Investissez moins dans la sono et achetez des joueurs! On préfère avoir des lumières qui brillent sur le terrain plutôt qu’autour du terrain. A la rigueur, quand il y a un but, on peut lancer de la musique. Mais pendant l’échauffement et à l’entrée des joueurs, ça dure des plombes! C’est du grand n’importe quoi! On n’est pas à Disney World ici! Il faut que l’ambiance marseillaise se ressente."

D'autres supporters apprécient le spectacle

D’autres amoureux de l’OM, en particulier les familles, apprécient à l’inverse le spectacle. Et il s’agit d’un public que l’OM veut séduire avec cette modernisation. "Les animations avec les lumières, c’est sympa! On a un propriétaire américain, c’est logique qu’il fasse des choses à l’américaine. Ça change un peu, c’est fun et ça n’empêche nos virages de faire leurs animations", relève Catherine Brun, mère de famille et supportrice inconditionnelle du club phocéen.

A ses yeux, la comparaison entre l’ambiance du Vélodrome et celle du Parc ne tient pas. "Ce n’est pas parce qu’on met des spots et un peu de musique qu’on va devenir le Parc des Princes, assure-t-elle. Dans nos cœurs et nos âmes, on est là pour le foot. Mais en mettant un peu d’animation, ça peut faire venir des jeunes. Il faut attirer de nouveaux supporters. Les femmes, par exemple, représentent au moins un quart du stade. La passion se partage, on peut contenter tout le monde." La mission de l'OM.

Stade Vélodrome de Marseille
Stade Vélodrome de Marseille © ICON SPORT

(*)Les réponses de l'OM

La sono et les jeux de lumières sont-ils encore en phase de test?

Des réglages ont lieu entre chaque match pour trouver le volume adéquat. La difficulté réside dans le fait qu'il est impossible de retrouver les mêmes conditions de match en semaine (présence du public, chants, bruit ambiant…). Concernant les jeux de lumières, leur utilisation est très cadrée par les règlements de la LFP: il n’est pas possible de les utiliser pendant toute la période d’échauffement des joueurs (H-45m à H-15m), ainsi qu’après la fin du protocole d’entrée des joueurs sur la pelouse, jusqu’à la sortie des joueurs du terrain après match. Il reste donc trois "fenêtres de tir" d’utilisation: à l’entrée des joueurs à l’échauffement (une séquence très courte sur "Belsunce Breakdown") ; entre la fin d’échauffement et l’entrée des joueurs sur la pelouse (nous attendons la fin de la composition de l’équipe adverse pour lancer notre séquence qui consiste en une vidéo institutionnelle sur "Bad Boys de Marseille" et la compo des joueurs de l'OM) ; pendant le protocole d’entrée des joueurs (nous nous refusons de jouer avec la lumière à ce moment-là et au moment du lancement de "Jump", compte tenu du travail, du spectacle et des tifos proposés par nos groupes de supporters).

Y a-t-il une volonté de séduire les familles?

Les animations de ce type ne sont pas un "gadget" pour attirer les familles. Un récent sondage du site Le Phocéen, réunissant 9.000 votants, semble indiquer que près de 80% sont satisfaits du jeu de lumières. Il est toutefois évident que l’expérience unique ainsi vécue renforce l’intérêt que peuvent y trouver les familles à venir voir un match au stade, car il n’est pas possible de vivre ce spectacle et ces animations devant sa télévision. Nous voulons toutefois garder une authenticité marseillaise dans ce que nous faisons, raison pour laquelle les morceaux choisis (qui rythment les jeux de lumière) sont des grands classiques à Marseille ("Belsunce Breakdown", "Bad Boys de Marseille", "Jump").

Quid de l’agacement des groupes de supporters?

Le dialogue avec les groupes est continu et a commencé avant même l’installation du dispositif. Ils ont d’ailleurs été les premiers à être invités par le club un soir de juillet pour une démonstration et un échange sur la sonorisation et les jeux de lumières, dès que les systèmes ont été installés. Nous organisons régulièrement des réunions avec eux pour parler de l’animation du stade, des futurs tifos… Du fruit de l’une de ces réunions est venue la volonté commune de rendre un bel hommage à Gunnar Andersson. Le but n’est absolument pas de masquer les animations des groupes, dont nous savons qu’elles sont vraiment une de nos forces. L’idée est au contraire de les mettre en valeur. Les discussions vont se poursuivre pour trouver la bonne formule.

Rodolphe Ryo avec Florent Germain