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Pourquoi Margarita Louis-Dreyfus a décidé de vendre l’OM

DOCUMENT RMC SPORT. Margarita Louis-Dreyfus, la propriétaire de l’OM, n’a plus l’intention de financer le club et a demandé à Vincent Labrune de le mettre dans les meilleures conditions pour une vente. Le point sur ce dossier avant le classique OM-PSG, ce dimanche (21h, 25e journée de Ligue 1).

C’est une réflexion qui a mûri, petit à petit, dans l’esprit de Margarita Louis-Dreyfus. Obsédée par la volonté d’honorer la mémoire de son défunt mari, la patronne de l’OM avait accepté de prendre la succession de Robert Louis-Dreyfus à la tête du club olympien. D’y investir de l’argent, d’abord, avec à la clé un titre de champion en 2010 et, au début de la même saison, un hommage du Vélodrome à RLD qu’elle et ses trois fils n’oublieront jamais. D’y combler les dettes, ensuite, pour garder le club à flot et passer chaque année sans encombre les tracas d’un passage devant la DNCG. Mais le temps est passé. Et la perspective d’une vente de l’OM n’est plus, aujourd’hui, un fantasme, ou un argument prétexte pour calmer les supporters, comme se plaisent à le distiller ci et là les adeptes de la théorie du complot.

Selon nos informations, Margarita Louis-Dreyfus a clairement annoncé à Vincent Labrune qu’il fallait s’y résoudre : elle ne mettra plus d'argent dans l'Olympique de Marseille.

Le déclic a eu lieu en 2014. L’OM ne se qualifie pas pour la Ligue des champions. Le Vélodrome est frappé par le désamour de son public et les querelles entre supporters anti-Anigo ou anti-Labrune, voire les deux. Margarita - qui n’a pas que le club olympien en tête puisque sa holding établit chaque année un chiffre d’affaires de plus de 60 milliards de dollars - comprend véritablement, cette année-là, que l’OM ne pourra jamais vivre en autogestion.

La mise en garde à vue de nombreux dirigeants ou ex-dirigeants marseillais, dans le cadre de l’enquête sur les transferts suspects à l’OM, la confortera dans sa volonté de vendre le club. Le souvenir de la condamnation de RLD dans le procès des comptes de l’OM est trop vivace. Et encore douloureux. « Voir Labrune inquiété par la justice, cela a fait beaucoup de mal à Margarita », confirme un proche de l’actionnaire. « Elle sait que ce club est ingérable. Elle dit depuis le début que l’OM n’est pas un enjeu majeur pour elle, mais que ce sont au contraire des soucis permanents. Comme le dit Labrune, elle n’a pas vocation à rester toute sa vie à la tête du club. Mais cette année 2014 a été sûrement un déclic dans son esprit, c’est vrai. »

Les signes d’agacement de MLD

Sauf qu’au moment de cette nouvelle affaire judiciaire, l’OM est en tête de la Ligue 1. Vincent Labrune, revigoré par son choix gagnant de Bielsa, prend acte des envies de vendre de sa patronne, mais garde au fond de lui l’espoir que l’arrivée de l’Argentin permette au club olympien de développer un autre modèle économique : miser sur la jeunesse, vendre de futurs talents et rester compétitif, malgré tout. La deuxième saison sans Ligue des champions confortera finalement MLD dans sa volonté de se séparer de l’OM.

Pour la première fois, la patronne montre même des signes d’agacement. L’épisode rocambolesque de la démission de Bielsa réserve encore de nombreuses zones d’ombres, mais la fermeté de Margarita Louis-Dreyfus - plus que jamais décidée à ne pas sortir le carnet de chèques - n’aurait pas, selon certaines sources, favorisé la gestion du cas Bielsa.

Le cahier des charges, confié à Vincent Labrune et à Olivier Grimaldi, un avocat et intime du président, prend alors des allures de mission plus urgente : finir de régler, un par un, tous les dossiers stratégiques, susceptibles de représenter un obstacle à la vente du club.

En 2013, déjà, MLD n’avait pas hésité un seul moment quand l’opportunité d’acheter les terrains de La Commanderie (devenu centre Robert Louis-Dreyfus) s’était présentée. Aujourd’hui estimé à 20 millions d’euros, le centre d’entrainement de l’OM - avec son bâtiment sportif, ses bureaux administratifs, ses terrains d’entrainement et son centre de formation - est un actif non négligeable dans la perspective d’une vente.

La reprise des abonnements primordiale

L’intransigeance avec laquelle le dossier du loyer du Vélodrome avait été menée (à l’été 2014, la direction de l’OM avait menacé d’aller jouer à Montpellier si la Ville ne baissait pas ses prétentions, NDLR), est aussi un indicateur. L’OM fera plier la mairie de Marseille, en obtenant un loyer fixe de 3 millions puis désormais 4 millions d’euros par an. Un tarif préférentiel qui ne pèse pas lourd dans les comptes de l’OM, et qui compense, pour un futur investisseur, le fait de ne pas être propriétaire de son stade.

Un autre dossier est aujourd’hui considéré comme un tournant dans cette volonté de rendre « la marque OM » plus attractive : la convention sur les abonnements. Labrune en avait fait depuis plusieurs semaines sa priorité. « La signature de jeudi, c’est un acte majeur et capital dans l’hypothèse d’une vente du club », se félicite un proche de la direction de l’OM. C’est la garantie pour un investisseur de connaitre l’identité de ses supporters, mais aussi d’avoir les mains plus libres concernant la tarification des places. »

Selon nos informations, l’OM s’est en effet engagé, dans cette convention, sur les tarifs des abonnements de la saison prochaine. Mais un repreneur aura ensuite les mains libres pour faire évoluer ces tarifs, s’il estime que les investissements sportifs doivent déboucher sur des prix de places et d’abonnements plus élevés.

Les feux sont au vert

Travailler en coulisses pour susciter l’intérêt d’investisseurs solides. Le processus, pas très compatible avec une véritable politique sportive, toucherait même à sa fin. « C’est un travail sur le long terme car, en fait, tout a commencé quand Vincent Labrune a été nommé président (en 2011, NDLR), confie un proche du club. Sa première mission était à l’époque d’assainir les comptes de l’OM. Evidemment, si quelqu’un vient et met 100 ou 200 millions d’euros sur la table, il veut arriver, prendre le fauteuil et ne pas avoir de dettes à éponger. »

Vincent Labrune, dont la prochaine et dernière étape serait de restructurer le centre de formation de l’OM, s’est concentré depuis le début de son mandat, il est vrai, sur le fait d’assainir les finances du club. Quitte à brader certains joueurs (Lucho, le premier), à laisser les plus gros salaires aller à la fin de leur contrat (Gignac, Ayew, les derniers)... et à ne pas s'engager sur des contrats trop onéreux ou contraignants (une multitude de joueurs prêtés cette saison).

Aujourd’hui, les feux sont donc au vert. Et la question n'est plus de savoir si l'OM sera vendu. Mais quand il sera vendu. Information révélée par France Football, la banque d’affaires Rothschild a bien été mandatée, mais « c’est le cas depuis cinq ans », précise un dirigeant marseillais, qui « préfère aussi rigoler des annonces de Didier Poulmaire, qui veut se faire de la pub en annonçant connaitre des repreneurs pour l’OM ».

Pas encore de repreneur sérieux

Selon nos informations, aucun investisseur sérieux ne s’est manifesté à ce jour. « Margarita sera très exigeante envers le futur repreneur », explique un proche du dossier. Ce ne sera pas une question de prix d'achat (vaguement fixé à 80 ou 100 millions d'euros, ndlr), mais plutôt de capacité à investir pour refaire de l'OM un grand club et ainsi honorer la mémoire de Robert Louis-Dreyfus. Il est hors de question pour elle d’écorner son image en cédant le club à n’importe qui. » Vincent Labrune et l'entourage de MLD sont cependant bel et bien dans une démarche active de recherche d'un repreneur. Et ce, dans le plus grand silence.

« Si on trouve un investisseur, je le vends demain, le club ! », a simplement osé lâcher Labrune lors d’une récente réunion avec les supporters. Jeudi, après la signature de la convention, les responsables des groupes ont d’ailleurs quitté le Vélodrome avec la conviction qu’ils avaient eux-aussi vécu un moment historique et que la vente du club n’avait jamais été aussi proche.

Florent Germain, à Marseille