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PSG-Monaco: Ben Yedder, le chemin de l’exemplarité

Absent lors de la victoire monégasque face au PSG au match aller (3-2), Wissam Ben Yedder sera cette fois au rendez-vous au Parc des Princes ce dimanche (21h), pour le choc de clôture de la 26e journée de Ligue 1. A 30 ans, le capitaine de l’AS Monaco est l'un des joueurs les plus influents du vestiaire, un exemple pour le jeune groupe de Niko Kovac.

Wissam Ben Yedder n’a que 20 ans, en 2010, lorsqu’il débarque à Toulouse en provenance d’Alfortville. Venu du futsal, le natif de Sarcelles n’a pas connu de centre de formation comme les autres joueurs qu’il rencontre en Occitanie, et se heurte alors à la rigueur du monde professionnelle. Alain Casanova, à l’époque entraîneur du Téfécé, se souvient des difficultés rencontrées par le jeune homme: "Quand Wissam arrive à Toulouse, il n’est pas prêt à intégrer le monde professionnel. Il est totalement en décalage avec les codes de ce monde, avec les autres, avec la discipline sur et en dehors du terrain."

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Le coach s’interroge, se demande si un prêt ne pourrait pas lui être bénéfique... mais décide de le conserver, malgré les doutes de la direction. Après 18 mois, le pari est gagnant: l’attaquant passe un cap et se fait une place dans le onze de départ toulousain au poste d’attaquant axial. Pour ne plus en bouger.

"Il m’a surpris au quotidien. De par sa volonté, sa motivation et son exigence, il n’a cessé de progresser, se remémore avec joie l’entraîneur aujourd’hui sans club. Qu’un petit bonhomme comme ça, qui n’a pas eu de formation, se révèle au plus haut niveau sur le plan physique, technique, tactique et mental, me surprendra toujours. Je lui disais souvent de ne pas se fixer de limites car il avait un potentiel et une marge de progression énormes."

Une personnalité proche de Messi, selon Casanova

Pascal Dupraz a partagé les quatre derniers mois de Wissam Ben Yedder sous la tunique violette: "Dès mon arrivée au Téfécé, j’ai très vite vu que c’était un leader sur le terrain. Il était exemplaire par l’attitude qu’il déployait sur et en dehors du terrain. C’est un garçon facile à vivre, qui ne parle pas pour ne rien dire, le caractère nécessaire qui sied aux grands joueurs, détaille l'actuel entraîneur de Caen. Lors d’un match Angers, à la mi-temps, alors que nous étions menés, Wissam a pris la parole. On m’a dit à l’époque que c’était la première fois qu’il le faisait en six ans. Des mots simples. Ses interventions sont rares mais l’essentiel, c’est que ses mots aient une portée pour le groupe."

Alain Casanova se souvient lui aussi du côté taiseux de l'attaquant: "Il me fait penser, toutes proportions gardées, à Lionel Messi au niveau de sa personnalité. Des hommes timides et introvertis en dehors du terrain, mais totalement libérés une fois sur le terrain." Pascal Dupraz poursuit: "Effectivement il n’est pas volontiers disert, il pèse ses mots, il est parfois difficile de savoir ce qu’il pense mais je trouve des analogies entre son relatif mutisme en dehors du terrain et tous les problèmes qu’il pose à ses défenseurs parce qu’il est difficile à démasquer. Il est indéchiffrable et parle balle au pied. A cela vous ajoutez un garçon adorable. Durant ces quelques mois ensemble, je n’ai eu qu’à louer son comportement et son état d’esprit, tourné vers les autres sans jamais tirer la couverture à lui."

Alain Casanova abonde dans ce sens: "Quand vous avez un joueur calme, posé, qui ne se met pas en avant et qu’en plus c’est un joueur de très haut niveau, il est normal qu’il soit apprécié, remarqué et très valorisé dans le groupe. C’est une personnalité attachante qui a une vraie reconnaissance envers les gens qui l’ont aidé. Ça ne m’étonne pas qu’il soit devenu le capitaine de l’AS Monaco, c’est quelqu’un à suivre."

Kovac: "Je le supporterai jusqu’au bout"

Difficile de trouver un son de cloche différent chez ceux qui l'ont côtoyé. Wissam Ben Yedder semble faire l’unanimité, même lorsqu’il ne brille pas forcément dans le jeu. En fin d’année 2020, l’attaquant, arrivé sur le Rocher un an et demi plus tôt, connaît une période difficile, passant plus de trois mois sans marquer dans le jeu (quatre penalties), contractant un Covid-19 qui laisse des traces sur son organisme. Le club apporte alors à son capitaine un soutien total, à commencer par Niko Kovac, après une nouvelle victoire de l’ASM face à Angers sans réalisation de son buteur (victoire 3-0 le 9 janvier dernier): "Toute l’équipe l’aide, tout le monde attend qu’il marque mais pour moi, ce qui est important, c’est son travail formidable pour l’équipe. Je le supporterai jusqu’au bout. Il est sorti déçu et je le comprends mais je lui ai dit que ça allait revenir et que j’avais apprécié le cœur qu’il avait mis à défendre. Je suis certain qu’il marquera à nouveau."

Un pronostic payant. Le week-end suivant, face à Montpellier, Wissam Ben Yedder inscrit un doublé et délivre une passe décisive permettant à Monaco de l’emporter. L’entraîneur monégasque salue alors "un joueur très important pour l’équipe et pour les jeunes joueurs". Car à la trentaine tout juste, l’international français fait partie des plus expérimentés du vestiaire, au sein duquel son influence est importante.

Un modèle pour les jeunes

Sur le terrain, le capitaine montre la voie. "On menait largement mais on a vu Wissam continuer de presser haut, il nous a montré qu’il ne fallait pas lâcher", explique Youssouf Fofana après la victoire face à Bordeaux au stade Louis II (4-0 le 1er novembre dernier). "Wissam est un exemple, un guide pour nous tous, affirme le latéral gauche brésilien, Caio Henrique. Il travaille beaucoup pour le collectif, quand il ne va pas bien c’est à nous de le mettre dans les meilleures conditions."

Face à Lorient, la semaine dernière, le numéro 9 du club de la Principauté a disputé son premier match en intégralité depuis le 12 décembre. S’il n’est jamais ravi de sortir sur le moment, il comprend rapidement les choix de son entraîneur: "On a un effectif solide. On sait que tout seul on n’y arrivera pas car le plus important, c’est l’équipe. Si je sors, je sais que d’autres vont faire le job. On a beaucoup de jeunes joueurs qui montent en puissance et j’essaie de les aider." A l’image d’Aurélien Tchouaméni, 21 ans: "Wissam nous apporte beaucoup de sérénité. Dans le sacrifice, c’est un exemple pour tout le monde, avoue le milieu de terrain. A Bordeaux, j’ai aussi connu et eu la chance de jouer avec d’autres joueurs exemplaires comme Benoît Costil, Laurent Koscielny ou Jimmy Briand. Wissam n’hésite pas à nous donner des conseils, quand je suis arrivé à Monaco l’été dernier il m’a demandé de m’épanouir le plus possible, de jouer mon jeu. Il me donne aussi des conseils sur l’équilibre de l’équipe, sur le sérieux à avoir sur et en dehors du terrain."

Un modèle qui, grâce à ses performances, pourrait lui permettre de postuler une place dans la liste des Bleus pour l’Euro. "C’est important c’est sûr, mais les choses arriveront en temps voulu, préfère tempérer l’intéressé. L’essentiel est de se concentrer sur les performances avec Monaco." Pour ses ex-entraîneurs, cela ne fait aucun doute. "Je pense que Wissam n’a pas atteint sa plénitude, il a encore beaucoup à donner au football hexagonal et international. Il va encore performer en équipe de France", prévoit Pascal Dupraz. "Aujourd’hui, il est capitaine d’un grand club, il est international mais il peut encore aller plus haut, surenchérit Alain Casanova. Qui dit mieux?

Clément Brossard