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Saint-Etienne s'enfonce dans la crise, Puel cristallise les tensions

Après une défaite à domicile 3-0 face à Nice, les Verts sont bons derniers de Ligue 1.

Avec seulement 3 points pris en huit matchs, Saint Etienne se retrouve dans les bas-fonds du classement de Ligue 1. À une semaine du derby, l’état de crise est indéniable et certains signes ne trompent pas. A l’issue de la rencontre face à Nice ce samedi (0-3), ponctuée par une cinquième defaite de rang, certains joueurs se sont rendus aux pieds des kops pour tenter de calmer la fronde. 

Si la semaine dernière encore face à Bordeaux, le mot d’ordre était de supporter sans compter, les trois défaites de la semaine ont entamé l’esprit d’union sacré voulu par les associations de supporters. Alors qu’une partie du public avait quitté les travées du Chaudron avant la fin, les premiers "Puel démission" sont descendus des tribunes au coup de sifflet final. Les joueurs ont échangé avec les leaders des Green Angels et des Magic Fans, admettant ne comprendre ni les choix ni les consignes de Puel. L’absence du coach au pied des kops a l’issue du match n’a pas vraiment été appréciée par les groupes de supporters.

Avec 1.08 point pris par match depuis le début de son mandat, Puel affiche le pire bilan des entraîneurs ayant dirigé l’ASSE plus de 50 matchs. Pourtant, sa position de manager général au board du club (et un salaire supérieur à 200.000 euros qui obligerait le club à signer un chèque conséquent en cas de limogeage) semble déjà lui avoir offert une mansuétude inhabituelle en Ligue 1. 

Un vestiaire disloqué 

La volonté de bien faire du groupe n’échappe à personne, pas même à Claude Puel qui le répète comme un mantra à chaque conférence de presse. "Je tiens à souligner que les joueurs donnent. Il y avait beaucoup d'envie dans la préparation à l'échauffement dans les mots entre eux. On a été trop impacté dès le départ." Mais cela ne suffit pas.

Les changements de dispositif commencent à agacer le groupe qui n’entend pas la logique de ceux-ci et qui a minima peine à s’y adapter. Par ailleurs, la composition du dit groupe lève de sérieuses interrogations dans les rangs même des Verts. 

Les choix de Puel en question 

Claude Puel s’est évertué depuis sa prise de fonction en octobre 2019 à rajeunir le groupe stéphanois et à en évincer certains joueurs expérimentés. Disposant de l’argument financier, il a ainsi, de Ruffier à Debuchy (en passant par Monnet-Paquet, Moulin, Perrin…) purgé l’ASSE de ses gros salaires, certes, mais aussi de son expérience. 

Les tauliers ne sont plus là et cela se ressent et questionne en interne. Puel a certes assis son autorité sur un groupe junior, mais il a aussi éclaté le noyau de joueurs d’expérience capable de relever la tête quand les vents sont contraires. Or, de sources proches du vestiaire, l’équipe admet elle-même son manque d’expérience et peine à se fédérer.  

Le discours de Puel passe de plus en plus difficilement auprès du groupe. S'il a réussi à nouer individuellement certains liens avec des joueurs qu’il souhaite voir s’affirmer comme cadres, le groupe dans son ensemble ne répond plus, à l’image du naufrage face a Nice. 

Puel, par son autorité et sa volonté de se séparer des joueurs charismatiques enclins à saper celle-ci, a fracturé un vestiaire laissant beaucoup de responsabilités à un groupe jeune, possibilement talentueux, mais trop inexpérimenté.

Ce qui inquiète d’autant plus, c’est l’absence de ressorts pour Puel. Le courant ne passe pas entre les joueurs et le staff dans son ensemble, dont il ne reconnaissent pas la légitimité. Une scission existe entre les membres du staff présents au club avant l’arrivée du coach castrais et ceux arrivés dans les bagages de celui-ci. Difficile dans ce climat de prôner la sérénité.

Enfin, la direction qui pourrait taper du poing sur la table est préoccupée par d’autres enjeux liés à la cession du club. 

Cette semaine d’avant-derby s’annonce donc orageuse à Saint-Etienne. Les groupes ultras réfléchissent aux moyens de faire part de leur inquiétude. Les banderoles fleuriront aux abords du centre d’entraînement Robert-Herbin, c’est certain. D’autres actions plus marquantes sont également envisagées. 

par Timothée Maymon